Le Ptitgrain n° 444 Mardi 9 janvier 2018


Le Ptitgrain n° 444
Mardi 9 janvier 2018
Courriel : bordeaux@attac.org
Adresse postale : ATTAC33 - 8 rue de la Course - Bordeaux - 33000
web : http://www.local.attac.org/attac33

Local situé : 8 rue de la Course - Bordeaux - 33000
(Tram C, arrêt : Place Doumer) Tel : 05 56 44 08 05


INFORMATIONS


- CA ATTAC 33 LE JEUDI 11 JANVIER (19h au local 8 rue de la course, Bordeaux)


RENDEZ-VOUS


- Samedi 13 janvier

Pour la défense des services publics en Gironde !

Face aux orientations libérales de ce gouvernement, s’attaquant aux services publics (12000 suppressions de postes prévues) à la protection sociale et aux droits sociaux en matière de santé, de logement, de transports,
Nous pensons qu’il est important de nous faire entendre ensemble pour réhabiliter la dépense publique, redire le rôle joué par les agent-es de la Fonction publique au service de l’intérêt général, promouvoir l’emploi public et les services publics et exprimer nos besoins.

Appel au rassemblement samedi 13 Janvier Place de la Victoire à 14h30 !

Le Collectif 33 de convergence et défense des services publics réunit des organisations syndicales (CGT, FSU, Solidaires, UNEF), des associations (ATTAC33, la santé un droit pour tous, le collectif Robert Picqué, le mouvement de sauvegarde des services publics du Sud Gironde…) et des organisations politiques et de jeunesse (JC, MJS, UEC, Ensemble !, NPA, PCF, EELV, Nouvelle Donne, PG…)



LE MOT DE LA SEMAINE

Le commensal et sa bête immonde

La période des fêtes de fin d’année est traditionnellement marquée par une trêve dans l’affrontement politique, la vigilance et la réactivité citoyenne se relâchent, le monde syndical et associatif est plongé dans une sorte de léthargie, en dormance dans une ouate hivernale qui atténue sa vigilance et sa réactivité. Cette parenthèse éphémère est souvent mise à profit par le pouvoir pour officialiser des hausses de tarifs impopulaires ou pour promulguer des lois ou des décrets scélérats qui sont ensevelis par l’actualité doucereuse et lénifiante des médias dominants . Cette année, le Père Noël a gâté les publicitaires.
Le 24 décembre dernier un décret a été promulgué autorisant l’expérimentation de la publicité sur les trottoirs de quelques grandes villes (lire ici l’article de Reporterre à ce sujet https://reporterre.net/Un-decret-in...) ; le gouvernement a ainsi voulu donner un petit coup de pouce amical à un secteur économique qui repart à la hausse après quelques années de vaches maigres. Dans la société libérale et hyper consumériste prônée par Macron, la publicité est un appui essentiel. Elle représente par elle-même un secteur économique puissant et pourvoyeur d’emplois ( le chiffre d’affaires de la publicité dans le monde représente approximativement 550 milliards de dollars, en France, cette « industrie » génère un CA de 16 milliards de dollars environ), mais surtout un agent dopant de la consommation et de la croissance. C’est une sorte de commensal puissant du système, il se nourrit de sa sève mais lui apporte également le carburant nécessaire à son développement ; il est d’ailleurs particulièrement implanté dans les secteurs de l’économie les plus dynamiques puisque le secteur du numérique est désormais le premier média en terme d’investissements publicitaires (http://www.lemonde.fr/actualite-med...)
Si le PIB est réputé être un indicateur de richesse, la publicité peut être considérée comme un indicateur d’addiction à la société de consommation, un indicateur mais surtout un activateur. Pour les tenants du système, il est important de nous transformer tous en « fils de pub », de meubler le plus souvent possible notre « esprit disponible » avec des slogans, des images de marques , des invitations à la dépense. Notre environnement quotidien en est de plus en plus imprégné, envahi, par une pollution visuelle à laquelle il est quasiment impossible d’échapper sauf à vivre en ermite. Le décret du 24 décembre vise à parfaire ce conditionnement : pourquoi ne pas accompagner en permanence les piétons dans les villes, en attendant peut-être les images holographiques pour les marcheurs solitaires en campagne ?
A cette occasion le système révèle un peu plus sa vraie nature. En effet, ce décret a été pris sans concertation aucune avec les municipalités concernées et c’est bien la démonstration d’un mépris inouï pour la démocratie et la responsabilité citoyenne. Ce gouvernement réclame avant tout des consommateurs soumis et passifs, des individus en compétition pour augmenter leur pouvoir d’achat.
La publicité, sœur jumelle de la communication qui sert si bien notre nouveau roi, est sans doute le marqueur le plus fidèle du capitalisme contemporain « car la pub est violente. Les publicités des marques sont les acouphènes d’un monde violent qui n’est jamais muet. La pub vise à susciter, à provoquer, à être le désir. Elle met en place un surmoi terrifiant et dur, beaucoup plus impitoyable qu’aucune loi ou coutume ayant jamais existé, qui colle à la peau et répète sans cesse : Tu dois désirer. Tu dois être désirable. Tu dois participer à la lutte, à la compétition, à la vie du monde. Si tu t’arrêtes, tu n’existes plus. La pub est l’aiguillon qui pousse les bœufs ou les moutons, les oblige à bouger. Elle clignote et change sans cesse. Elle est la perpétuité du provisoire, la négation de toute éternité, la destruction créatrice permanente, le renouvellement impitoyable et saccadé. D’une cruauté inimaginable, elle transforme l’être en fantôme obéissant, sans lieu, sans lien, dans la vanité et la superficialité absolues. »(*)
Il n’y a pas d’alternative : la consommation doit s’imposer, la citoyenneté ne peut s’exercer que dans un cadre consumériste, et finalement productiviste, qui ne peut être contesté. La société peut de temps en temps arbitrer entre différents modèles de croissance mais jamais remette en cause le modèle global et s’y soustraire. La promesse d’un monde meilleur, servi par les communicants et les publicitaires, nous entraîne vers un asservissement implacable.
Aujourd’hui, le système ne paraît malheureusement pas amendable, c’est une bête immonde en guerre ouverte contre les hommes libres et la planète.
Jean-Luc Gasnier

(*) Extrait de « Houellebecq économiste » de Bernard Maris