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Les ouvrières d’Yves Rocher au Burkina-Faso : une lutte exemplaire (février 2006)

Extrait de la Lettre d’Attac 45 n°35, février-mars 2006


La Gacilly, ville chef-lieu de canton dans le Morbihan, est le site emblématique du groupe Yves Rocher. A tel point que la commune, son maire et la société qu’il a fondée semblent ne faire qu’un. Le PDG, fondateur de l’entreprise qui porte son nom, l’a installée dans la commune dont il est le maire depuis 1962. En 1996, le premier magistrat-entrepreneur de la ville lance un projet de développement au Burkina Faso. Son but, selon lui, est "d’aider à l’essor économique d’un des pays les plus pauvres du monde en promouvant des initiatives économiques locales". Détenue à 97% par le groupe Yves Rocher, La Gacilienne est créée près de Ouagadougou, la capitale, et embauche 133 ouvrières pour fabriquer des sachets de plastique et des rouleaux de tombola qu’Yves Rocher distribue à ses clientes.

esthétique au nord, esclavage au sud

Mais les conditions de travail imposées aux ouvrières sont à l’opposé des slogans publicitaires de la marque de produits de beauté. Dans un entrepôt mal éclairé, mal ventilé, les femmes sont serrées sur des bancs. Les "bavardages"sont interdits sous peine de suppression d’une demi-journée de salaire. Un retard de quelques minutes occasionne une mise à pied allant de sept à dix jours. A ces pratiques d’un autre temps s’ajoutent l’absence de congés maternité, la non-prise en compte des heures d’allaitement dans le paiement des salaires, l’absence de visite médicale, les horaires à rallonge et des cadences intenables. Les périodes de production intenses sont suivies de longs moments de chômage technique, impayés. Du coup, la rémunération moyenne des femmes n’excède pas 15€ par mois, soit un tiers du salaire minimum légal au Burkina Faso.

En juin 2004, la Coordination des groupes de Femmes "Égalité"organise un voyage de 11 femmes au Burkina. Par l’intermédiaire de l’association Kebayina et du syndicat CGT-B, présent dans l’entreprise depuis 2001, cette délégation rencontre les ouvrières de La Gacilienne. Ces dernières, venues nombreuses, exposent leurs conditions de vie et demandent un soutien pour interpeller Yves Rocher.

En septembre 2004, dans une lettre adressée au PDG du groupe, la présidente d’Egalité lui demande de se "renseigner et d’intervenir rapidement pour mettre fin à la surexploitation et à la répression dont les ouvrières de la Gacilienne font l’objet". Fin octobre, un représentant d’Yves Rocher rencontre l’association. La discussion est ouverte et positive, celui-ci s’engageant à considérer les demandes des ouvrières burkinabè. Mais au lieu d’agir dans ce sens, le groupe fait réaliser en décembre une "inspection"au sein de La Gacilienne par un cabinet privé. d’après le rapport de ce dernier, les critiques de l’entreprise relèvent d’une "opération de dénigrement" pouvant même conduire à des "poursuites judiciaires" si elles devaient se poursuivre ! Indigné, le secrétaire Général de la CGT-Burkina fait remarquer à Yves Rocher que le cabinet s’est contenté d’une seule source d’information, "à savoir la direction de La Gacilienne" et a catégoriquement refusé les informations du Comité syndical. Pourtant le syndicat est prêt à fournir les nombreux éléments - y compris écrits - qui existent sur ce dossier, mais ne reçoit aucune réponse.

Solidarité internationale

Dès lors, les choses s’accélèrent. Le 16 avril 2005, l’avocat du groupe au Burkina annonce qu’Yves Rocher a décidé de quitter le pays et propose aux ouvrières de racheter l’entreprise. Celles-ci refusent car le projet, de toute évidence, n’est pas viable. Puis, le 1er août, La Gacilienne ferme purement et simplement. Sans explication ni préavis, 133 ouvrières se retrouvent sans rémunération ni moyen de subsistance. Depuis l’été, les ex-employées mènent la bataille. Le 13 octobre dernier, elles ont organisé une manifestation dans les rues de Ouagadougou pour revendiquer le versement d’indemnités décentes de licenciement, mais aussi des dommages et intérêts à hauteur de 2 830 € par ouvrière pour non-respect du Code du travail et réparation des préjudices subis pendant neuf ans.

En France aussi, la mobilisation prend de l’ampleur. Les syndicats des employés d’Yves Rocher en Bretagne se sont mobilisés malgré les pressions de la direction. Cinquante sections syndicales, associations féministes, altermondialistes et de solidarité internationale - dont Attac - ont apporté leur appui à cette lutte de femmes . Un appel a été lancé. Des cartes postales de protestation ont été envoyées au siège de la société. Des pétitions ont été signées, en particulier devant les magasins Yves Rocher (en novembre 2005, il y avait déjà 5 500 signatures récoltées). Nombreux sont les journaux et sites Internet qui ont relayé l’information, comme l’ont fait beaucoup de comités locaux d’Attac-France.

Mais le groupe Yves Rocher refuse toujours d’ouvrir une vraie négociation. Il préfère maintenir des propositions bien en deçà des demandes des ouvrières : 76 € d’indemnité de fin de contrat, 283 € de dommage et intérêt en échange d’une lettre d’engagement à cesser toute poursuite ! Un marchandage qui laisse pantois lorsqu’on pense aux moyens dont dispose une telle société. La direction parie peut-être sur l’essoufflement du mouvement en France et au Burkina. Ou sur le fait que certaines femmes, pressées par le besoin, soient contraintes d’accepter un accord inéquitable. Le géant du cosmétique s’honorerait pourtant plus en entendant ce nouvel appel, lancé le 26 novembre dernier par l’une des ouvrières licenciées : "Dites à Yves Rocher de se presser, nous sommes des femmes mais aussi des mères, nous avons des enfants à nourrir, nous n’avons pas pu payer les frais de rentrée scolaire...la situation est très dure".

Puis, à la suite d enombreuses semaines de lutte, et alors que se tenait le Forum social mondial à Bamako, un accord de principe a été conclu le 16 janvier entre les ouvrières de La Gacilienne et le groupe Yves ROCHER. Les principales dispositions de l’accord prévoient que le cas de la déléguée syndicale licenciée sans autorisation sera réglé à la satisfaction de l’intéressée ; que les compensations sous forme de « parts sociales » ne sont pas obligatoires et ne conditionnent pas les paiements. Les ouvrières ont par ailleurs obtenu environ 30 mois de salaire (il faut savoir que le SMIG burkinabé est à 28 800 FCFA -moins de 45 euros... quand il est respecté).
Tous les partenaires de cette résistance collective ont souligné le côté exceptionnel de cette lutte exemplaire car il n’est pas facile de faire reconnaître ses droits dans un pays très pauvre ; en outre ce combat a été mené main dans la main par le Nord et le Sud, exprimant ainsi des solidarités nouvelles.

Sur des informations du Réseau-Solidarité et de Chantal Dubois (Attac Gard-Rhodanien).

Contact de la Campagne de Solidarité Gacilienne :
c/o Egalité, Foyer de Grenelle
17 rue de l’Avre - 75015 Paris
coorfemmes@yahoo.com



Nous écrire : attac45@attac.org

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