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L’obscène "Dakar" encore une fois : se taire serait une faute, par Michel Caillat (déc. 2004)

Extrait de la Lettre d’Attac 45 n°28, décembre 2004/janvier 2005


Le 27ème Dakar a officiellement commencé le 31 décembre dernier par une épreuve spéciale de 4 km à Barcelone avant la première étape Barcelone-Grenade du 1er janvier. De peur de voir comme l’an passé à Millau quelques "anti-Dakar" manifester (des "brigands qui prennent le sport en otage" comme il fut alors écrit), les organisateurs, dans leur grand courage, ont éliminé tout trajet en France. Le rallye passe par l’Espagne, le Maroc, La Mauritanie, le Mali et le Sénégal.

En cette fin d’année 2004, nous risquons une fois encore de crier dans le désert. Peu importe. Hurler contre « la horde sauvage » ne changera sans doute rien pour les populations des pays traversés mais se taire serait une faute. Le Dakar devrait être le moment choisi par les écoles - si promptes à parler d’Europe au moment de l’Euro de football - pour parler de la situation économique et sociale de l’Afrique. Et ainsi mieux comprendre et mieux faire comprendre l’obscénité de l’épreuve.

Vingt-sept ans que ça dure, vingt-sept ans qu’à la même période, le silence se fait pesant, la colère diffuse mais toujours assourdie. Pour dénoncer l’utilisation, comme terre de compétition sportive, d’un continent meurtri par le SIDA, la disette et le surendettement, il y a chaque année depuis un quart de siècle quelques coups de gueule, mais toutes les voix de la révolte sont vite étouffées ou censurées pour des raisons simples : d’une part, l’unique quotidien sportif, la télévision et la radio dites de service public (France Info est la radio partenaire du Dakar) sont les principaux metteurs en scène de la course ; d’autre part, l’indifférence au mal semble malheureusement gagner toujours davantage du terrain.

En 1988 René Dumont déclarait : "Ce rallye est indécent. Je compare cela à une bande de fêtards qui organisent un banquet mais pas chez eux, et qui entrent chez un pauvre pour ripailler sans l’inviter à partager (...). La vraie aventure c’est la lutte contre la faim". Le cri du célèbre agronome se perdit dans les sables. Aujourd’hui, les sportifs et les non-sportifs, et la plupart des militants (y compris ceux des droits de l’homme) si accrochés au mythe du "sport pur, neutre et innocent", se retrouvent dans un consensus désespérant pour ne rien voir et ne rien savoir. Ils ne jugent pas utile de dénoncer clairement et sans détour cette escapade néo-coloniale.

On a tout dit et tout entendu sur le (Paris)-Dakar rebaptisé un temps Total-Dakar (au moment de l’Erika et de l’explosion de l’usine AZF !) puis Telefonica Dakar depuis 2003 afin de saluer l’arrivée du sponsor principal, la grande entreprise de téléphonie espagnole à la recherche permanente et boulimique de nouveaux marchés.
Tout dit sur cette course à la rentabilité, marquée par des exploits macabres et sur cet indécent étalage de luxe au pays de la pauvreté absolue.
Tout entendu aussi sur l’alibi humanitaire, comme si le passage d’une caravane bruyante et l’exposition d’un capital rutilant était un moyen sérieux et digne de lutte contre la misère et le sous-développement. L’oubli de la dimension symbolique de l’épreuve ajoute au cynisme de la pseudo-aventure. « La fausse pitié est pire que le mépris ».

Chaque année, les déclarations navrantes des responsables ("Nous ne faisons pas de politique"), les réactions triviales des pilotes (« Nous on est au volant en ne pensant qu’au sport et à la compétition ») et les enthousiasmes déplacés d’un Gérard Holtz tout droit sorti du Téléthon, occultent la réalité des terres que le Dakar va, une fois encore, traverser à pleine vitesse. L’invraisemblable déploiement de moyens matériels, financiers et humains, bref toute cette énergie gaspillée pour continuer à "faire joujou" alors qu’elle pourrait être mise au service d’une noble cause, ajoute à l’absurdité d’une épreuve dont il faut exiger la suppression.

S’il y a encore des forces capables de s’indigner dans la France d’aujourd’hui, si les militants progressistes jugent déshonorant de cautionner en silence ce rodéo publicitaire sur le continent de la pauvreté, qu’ils ne tardent plus à faire signe et à se dresser.

Pour le Mouvement Critique du Sport, Michel Caillat, Auteur de « Le Sport » (Collection Idées reçues, Editions Cavalier Bleu, 2002)

Mouvement Critique du Sport :
http//mouvement.critique.du.sport.chez.tiscali
critique.sport@libertysurf.fr
02.38.42.00.08
58, rue de la Bretonnerie, 45 000 Orléans



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