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Non au barrage de l’Ousse

Article publié le mardi7 avril 2009 , par Admin2

NON AU BARRAGE DE L’OUSSE

Le projet de barrage de l’Ousse a déjà une longue histoire. Il a été concocté par la C.A.C.G. en 1998 et porté pour la première fois à la connaissance du public à la fin de l’année 1994. Il a déclenché immédiatement une réaction hostile dans les trois communes concernées : Aureilhan, Boulin et Orleix.
Cette hostilité se concrétise alors par la création d’une association de défense du site, l’A.I.D.O.T., à la mi-février 1995. L’A.I.D.O.T., c’est l’Association Intercommunale pour la Défense de l’Ousse et de son Territoire. Aïdot, c’est aussi “Aide-toi” en gascon. Tout un programme !

Pendant les années 1995, 1996, 1997, l’AIDOT a réalisé un important travail de sensibilisation et d’information auprès des populations du secteur. Pour cela, elle a utilisé largement la panoplie habituelle des moyens de communication : réunions publiques, articles dans la presse locale, campagnes d’affichage, distribution de tracts, pétitions.

L’A.I.D.O.T. a aussi pris contact avec des associations défendant l’environnement (Uminate 65 et TOS), qui lui ont apporté un soutien précieux. Merci à Michel Geoffre et Albert Danjau.
Elle a également sollicité l’opinion des représentants locaux des partis politiques. Tous, à droite comme à gauche, ont déclaré être opposés au projet.
Bien entendu, de leur côté, les tenants du barrage ne sont pas restés inactifs. Le préfet et le président du Conseil général ont tenu également des réunions publiques pour justifier la retenue d’eau. Le climat de ces assemblées était parfois tendu, les opposants sévèrement rabroués.

La CACG, elle, a préféré jouer la carte de la séduction. En octobre 1996, elle a affrété un car pour conduire des élus municipaux et une délégation d’A.I.D.O.T. à Verfeil (à 40 km à l’est de Toulouse). Le but du voyage était la visite de deux barrages de 2 Millions mètres cubes réalisés par la Compagnie… et la rencontre avec un partisan enthousiaste de ces grands travaux, en l’occurrence le maire de Verfeil.

L’enquête publique est lancée en septembre 1997. Elle va témoigner de l’importance de l’opposition. Les registres déposés dans les trois mairies vont vite se révéler insuffisants. Les commissaires-enquêteurs avouent n’avoir jamais vu une telle participation pour une consultation de ce type.
En février 1998, les commissaires-enquêteurs rendent leur verdict. Ils émettent un avis favorable mais assorti de quatre réserves :
 1. élaboration préalable d’un PGE respectant le SDAGE ;
 2. élaboration d’un règlement d’eau ;
 3. organisation d’une police des eaux ;
 4. restructuration foncière des exploitations touchées.

Entre-temps, changement de préfet. Le nouveau a jusqu’au 16 octobre 1998 pour se prononcer sur l’utilité publique du barrage. Considérant que les réserves ne sont pas levées, il ne signera pas la DUP et transmettra le dossier au ministère de l’Intérieur.
En outre, après une intervention d’Uminate 65, le Conseil d’État enfonce le clou : le 12 avril 1999, il déclare irrecevable le projet de DUP concernant le barrage de l’Ousse.
Cependant il ne s’agit pas de baisser la garde : la troisième version du PGE a été votée en février 1999 et le barrage figure toujours dans ce document. Suivent cependant quelques années de répit. L’Institution Adour a changé son fusil d’épaule : elle s’attaque maintenant au projet de Gardères-Eslourenties. Ne reculant devant aucune contradiction, elle va même, lors d’une réunion avec le secteur associatif, le 4 juillet 2002, jusqu’à annoncer son renoncement aux projets d’Arrayou, de Saint-Palais… et de l’Ousse. L’affaire va-t-elle en rester là ? Le croire serait faire preuve d’une naïveté coupable tant est retors le comportement de l’Institution Adour. En effet, après une trève de cinq années, elle revenait, le 13 septembre 2007, sur sa décision de 2002 et décidait “l’actualisation technique et financière du barrage de l’Ousse et l’engagement de la concertation avec les élus, les usagers, les responsables associatifs et socioprofessionnels concernés”.

Lors de la réunion publique du Conseil général des Hautes-Pyrénées le 19 décembre 2008, Jean-Claude Duzer, qui a remplacé Claude Miqueu à la tête de l’Institution Adour, a fait part à ses collègues de la relance du projet. Il a été chaudement approuvé par M. Fortassin, ex-président du Conseil général… et de la CACG. Déjà, en 1996, dans une déclaration aux mâles accents, il plaidait pour la réalisation du barrage. Citons-le : “N’ayons pas peur de noyer quelques chênes pédonculés et de déplacer quelques crapauds rêveurs pour garantir nos ressources.” Mme Durieu, qui préside actuellement le Conseil général, avait ajouté : “Il faut stocker l’eau et trouver les meilleures réserves.” Seul M. Dussert, conseiller général du canton d’Aureilhan, s’est nettement opposé au projet, mais personne n’a soutenu son intervention.

En avril 2008, nous avions exposé nos arguments contre le projet dans une lettre adressée à tous les conseillers généraux. Quatre seulement en ont accusé réception, quatre sur trente-quatre ! Le Conseil général considérerait-il comme mineurs les problèmes soulevés par la création du réservoir de l’Ousse ? Leur gravité n’a pas échappé pourtant aux maires d’Aureilhan et d’Orleix, que nous avons contactés. Ils sont solidaires de notre lutte, tout comme notre député Jean Glavany qui s’est engagé à nous apporter son aide “pour que soit enrayée cette course folle à la ressource en eau”.
Les raisons de notre lutte.
Elles sont d’ordre général, mais tiennent aussi au caractère particulier du site de l’Ousse. Pour nous, l’agriculture pratiquée dans la vallée de l’Adour va à l’encontre des principes du développement durable et de la protection de l’environnement. En effet la monoculture du maïs qui la caractérise favorise la dégradation des sols (terrains nus en hiver, d’où érosion importante), la pollution des nappes phréatiques (utilisation dense d’engrais et de pesticides), la concentration des propriétés et donc la diminution du nombre des agriculteurs.

Nous pensons qu’une diversification des cultures, la réintroduction des céréales à paille, par exemple sur un nombre limité d’hectares, améliorerait la qualité des sols et résoudrait les problèmes de pénurie d’eau en périodes d’étiage. Or nous constatons que les surfaces irriguées, réservées presque exclusivement à la culture du maïs, progressent régulièrement : elles avaient augmenté de 14,6 % entre 1999 et 2006, elles ont gagné encore 1,4 % (soit 785 ha) entre 2006 et 2007 (chiffres extraits du rapport de suivi 2007 de l’Institution Adour). Cette dernière augmentation nécessite à elle seule un accroissement de la ressource en eau d’environ 1,5 million de mètres cubes. Il est évident que si l’on continue dans cette voie le problème des barrages se posera indéfiniment…
Le rapport de l’Institution Adour cité ci-dessus montre en outre que, malgré la pose de compteurs, on ne connaît pas le volume de l’eau utilisée par l’ensemble des agriculteurs (chiffres non communiqués par certaines administrations). On ignore également le volume de la ressource, celui de la nappe en particulier. Malgré ces lacunes, on conclut quand même à un manque d’eau et donc à la nécessité de nouveaux barrages. Où est la logique ?

Venons-en maintenant aux éléments locaux qui confortent notre opposition.

1. Le barrage est prévu dans un site inadapté à ce genre de construction
- la vallée de l’Ousse est “une large vallée à fond plat” (extrait du document officiel intitulé “Caractéristiques du projet”). Pour la barrer, il faut édifier une digue énorme (565 000 m3) d’une longueur impressionnante de 775 m ! Notez que la digue du barrage de Gardères, elle, ne mesure que 550 m et retient quatre fois plus d’eau ;
- l’effet noyant est ici beaucoup plus important que dans les autres sites de la région : – 90 ha noyés à l’Ousse pour 5 /m3 retenus – 60 ha noyés à Escaunets (barrage du Louet) pour 5 Mm3 retenus – 110 ha noyés à Laslades (Arrêt-Darré) pour 10,8 Mm3 retenus – 225 ha noyés à Gardères-Eslourenties pour 21 Mm3 retenus
On voit donc que 1 Mm3 noie environ 10 ha à Laslades et à Gardères-Eslourenties, 12 ha à Escaunets et par contre 18 ha dans le projet de l’Ousse.
- le ruisseau qui draine la vallée a un débit trop faible pour remplir la retenue. Il est quasiment à sec plusieurs mois par an. Cette insuffisance est reconnue dans le projet puisqu’un pompage dans l’Alaric à Aureilhan a été prévu pour y remédier.
Ces conditions géographiques défavorables font que le barrage de l’Ousse devient, proportionnellement, le barrage le plus cher de la région. Son prix à été évalué en 1977 à 50 millions de francs, soit 10 F le mètre cube d’eau retenu. Le prix du barrage du Gabas était évalué en 2001 à 175 MF, soit 8,30 F le mètre cube d’eau retenu. Ceci devrait interpeller des décideurs soucieux d’une gestion économe des deniers publics.

2. Le barrage détruirait 115 hectares de terres de bonne qualité.
Situé à moins de 5 km du centre-ville de Tarbes, le vallon de l’Ousse a été qualifié d’“oasis agricole” par la Chambre d’agriculture des Pyrénées. Les agriculteurs y trouvent en effet des conditions idéales pour y exercer leur métier : des terres lourdes, de bon potentiel, qui conviennent bien à la culture du maïs : sans irrigation les rendements avoisinent les 80 quintaux par hectare. Les exploitants peuvent se déplacer sans problèmes avec leurs engins encombrants ou avec leurs troupeaux. Ils peuvent répandre le lisier et effectuer leurs ensilages librement sans soulever de récriminations car ce secteur a été jusqu’à ce jour heureusement préservé de toute urbanisation.
Le barrage amputerait le vallon de 115 ha de terres cultivées à 90 % : 90 ha seraient noyés, 25 ha occupés par des aménagements divers.
Les capacités productives des exploitations seraient diminuées (la Chambre d’agriculture a souligné les grandes difficultés pour retrouver des terrains de même valeur), les conditions de travail seraient perturbées, l’avenir de certaines exploitations pourrait même être sérieusement compromis, avec une fâcheuse incidence sur l’emploi. Or :

3. Les exploitations de la vallée de l’Ousse représentent un gisement d’emplois important eu égard à l’étendue du territoire. Quatre GAEC et une dizaine d’autres agriculteurs, petits et moyens, travaillent les terres du site. Ils représentent une quinzaine d’emplois à temps plein et une dizaine d’emplois à temps partiel.
Deux de ces GAEC méritent une attention particulière. Ils ont construit leurs bâtiments d’exploitation à cet endroit après avoir été chassés de la plaine de l’Adour par l’urbanisation. Va-t-on les obliger à déménager une seconde fois ?
L’un élève bovins et ovins, transforme sue place sa production laitière en fromages qu’il vend directement à la ferme ou dans des réseaux commerciaux de proximité. Une relation de confiance s’est ainsi créée entre consommateurs et producteurs. Elle explique le succès de l’entreprise : celle-ci, sur les 110 ha qu’elle cultive, fournit 20 000 heures de travail à l’année à sept personnes à temps plein et à deux ou trois personnes à temps partiel. Une exploitation de même surface consacrée à la culture du maïs fournirait au maximum 2000 heures de travail à l’année !
Le deuxième GAEC se consacre à l’élevage des porcs ; il emploie trois personnes à temps plein et deux à temps partiel. Il exploite 60 ha qui fournissent 6000 heures de travail par an.
Il est impératif de maintenir en l’état ces exploitations performantes créatrices d’emplois. Leur exemple devrait inspirer tous ceux qui s’interrogent sur la politique agricole à mener pour revitaliser les campagnes.
Le vallon de l’Ousse est aussi partiellement exploité par de petits propriétaires. Ce sont souvent des “double-actifs” ; ils occupent des emplois modestes faiblement rémunérés. L’enquête de la Chambre d’agriculture de 1996 les montre attachés à la poursuite de la culture de leurs parcelles, source d’un complément de revenu non négligeable. Leur activité joue un rôle important dans la diversification du paysage.
Forts du soutien des municipalités concernées et de la grande majorité de la population, nous poursuivrons notre combat contre le désastreux projet de l’Ousse jusqu’à son abandon définitif.

Louis Carmouze

Président d’AIDOT

16 rte Dours 65800 ORLEIX

Tel : 05 62 36 33 71

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