Lybie/Tunisie - Octobre 2011 - La confusion des évènements

, par  Abdessalam Kleiche

La multiplication des analyses, mêlant pele mêle les résultats des élections en Tunisie et les déclarations du chef du CNT sur la charia, confondent l’événementiel et la longue histoire selon la formule consacrée de l’historien F.Braudel.

En effet, le dernier envoi simultané d’articles - à titre d’information ce qui est louable- sur des réalités politiques différentes que sont la posture du chef du CNT libyen et le résultat des élections tunisiennes, non seulement sème la confusion, n’éclaire pas l’analyse, mais en plus est préjudiciable à la compréhension d’un évènement sans précédent dans l’histoire du monde arabe : la tenue d’élections libres pour élire une "ASSEMBLÉE CONSTITUANTE". Désormais, nous assistons à un tournant car il y a un avant et un aprés 23 octobre 2011, comme il y a eu un avant et un aprés 14 janvier 2011.

La déclaration du chef du CNT Abdeljalil sur une future constitution libyenne inspirée principalement de la Charia était prévisible pour donner des gages aux groupes conservateurs au sein du CNT. Ces déclarations zélatrices et intempestives ne font que commencer dans la course au pouvoir. C’est aussi pour Abdeljalil et les anciens caciques du régime Kaddhafi, une diversion pour rendre impossible tout retour sur le passé de certains membres du CNT qui ont été les piliers de la dictature de Kaddhafi.

Quand à la Tunisie, les surenchères de commentaire sur "la vague dite verte de Ennahda" sont terriblement contre-productives. Il faut d’abord saluer la remarquable mobilisation du peuple tunisien et notamment la patience dont ont fait preuve les électeurs tunisiens. En effet Les observateurs notent que les tunisiens n’ont jamais rechigné à se déplacer à des dizaine de kms à un autre bureau de vote lorsqu’ils constataient que leur nom n’était pas sur la liste du bureau de vote. C’était encore plus admirable lorsqu’il s’agissait de femmes avec enfants ou des personnes âgées.

Enfin il faut saluer la remarquable percée du Congrès Pour la République CPR de Moncef Marzouki ancien opposant à Ben Ali longtemps exilé, qui semble réaliser une percée surprise, obtenant 15 à 16% malgré le peu de moyens financier dont il disposait comparé à Ennahda.
On peut compter sur lui avec d’autres pour trouver l’équilibre qui permette à la Tunisie de passer cette période de transition et relever les défis socio économiques.

La Tunisie va devenir aussi un modèle d’inspiration pour les autres peuples et par là même accentuer la pression sur les autres régimes. Ainsi est renvoyé aux calendes grecques ce sempiternel argument sur "la maturité" des peuples de la région pour la démocratie en agitant sur la crainte des islamistes.
C’est cette expérience de démocratie pluraliste qu’il faut saluer et soutenir, c’est ce discours politique qui a su intégrer le postulat de base du débat politique : on mène un combat contre des adversaires politiques et non pas des ennemis à éradiquer. Ennahda l’a compris, il tentera plus de convaincre que de vaincre instruit et mûrit par l’expérience de vingt ans d’exil avec un regard tourné vers le modèle de l’AKP turc.

Les progressistes doivent une fois pour toute intégrer dans leur grille d’analyse la pluralité du champs politique dans le monde arabe. C’est une donnée fondamentale qui a longtemps été occultée à la fois par les tenants de la thèse "Islamicus" essentialiste et les régimes dictatoriaux dans les pays arabes. Et c’est dans le choix des alliances que réside le devenir des forces progressistes.

Abdessalam

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