Angle d’ATTAC 92, mai 2013, numéro 67 : Vive la récession ?

, par  attac92

Au sommaire de ce numéro :

Echos du Forum de la Transition écologique (Jean-Louis Michniak
Actualité de la Révolution française(échos de la réunion à Montrouge)
Agenda
Organisation d’ATTAC 92, bulletin d’adhésion

Editorial :

Vive la récession ? par Guillaume Duval

(Alternatives Economiques, hors série n° 97 du 3ème trimestre 2013 : « faut-il dire adieu à la croissance ? »)

Il devient de plus en plus urgent de réaliser la conversion écologique de nos économies. Faut-il pour cela accepter, voire rechercher, la décroissance de l’activité économique ? Pas évident.
La croissance, la croissance, la croissance : depuis la fin des Trente Glorieuses, on n’arrête pas d’implorer cette déesse des temps modernes sans être capable de la faire revenir dans nos contrées. Alors que dans le même temps, l’ampleur des dégâts environnementaux suscités par l’activité humaine devient de plus en plus patente. Le moment ne serait-il donc pas venu d’y renoncer et d’organiser au contraire une décroissance de l’activité économique, indispensable à la préservation des équilibres environnementaux ? N’y aurait-il pas moyen, même, de vivre mieux tout en réduisant cette activité économique ?
La question est évidemment légitime dans le contexte actuel. Elle présente de plus l’avantage de nous obliger à nous poser des questions fondamentales sur nos modes de vie ainsi que sur les modes de production et de consommation qui leur sont associés. Pour autant, la réponse n’a rien d’évident : si la décroissance rapide des consommations de matières premières non renouvelables et d’énergie fossile est urgentissime, celle du volume de l’économie monétaire dans son ensemble risque de poser plus de problèmes qu’elle n’en résoudrait. A commencer par celui de freiner au lieu d’accélérer la conversion écologique de nos économies, comme on observe déjà depuis 2009.

Le couple croissance –emplois
Les dernières années de crise ont montré que le lien entre le niveau de l’activité économique et celui de l’emploi reste tout d’abord très étroit. Or l’emploi continue à occuper une place centrale dans l’existence des individus. Non seulement parce qu’il est la source principale de leurs revenus pour la très grande majorité de la population qui ne dispose pas d’un capital suffisant pour vivre de ses rentes, mais aussi en termes plus qualitatifs de reconnaissance sociale, d’estime de soi.
Cela pourrait-il changer ? Sans doute, mais il n’est pas évident que ce soit pour le mieux. Malgré tous ses inconvénients, la participation à la production des biens et des services dans le cadre d’une économie monétaire reste notamment une garantie d’autonomie et de liberté individuelle. C’est en particulier la raison pour laquelle les femmes, longtemps confinées au travail domestique, ont combattu pour accéder elles aussi au marché du travail. Même si elles ont du bien souvent le faire dans un contexte de fortes inégalités vis-à-vis des hommes.
Quant à l’assistance que peut apporter la collectivité à des personnes qui ne participent pas directement à l’activité productive, sa générosité dépend tout d’abord étroitement du niveau global de l’activité économique. On se trompe d’ailleurs quand on assimile nos économies monétaires à des économies purement marchandes, en associant du coup le combat en faveur de la décroissance à la lutte contre la « marchandisation du monde » : les économies développées se caractérisent en effet par une hausse tendancielle de la part des richesses qui échappe à une logique purement marchande et privée, via les fameuses « dépenses publiques ». Et comme on l’observe actuellement en Europe, le risque est non négligeable que la décroissance de l’activité économique se traduise d’abord par une limitation de ces mécanismes de socialisation, aboutissant à un recul de la solidarité collective.
De plus, l’aide apportée aux individus qui ne participent pas à la production des richesses place de toute façon ceux-ci dans une situation de dépendance étroite vis-à-vis de la collectivité. Ce qui peut poser de sérieux problèmes en termes de libertés, comme le montre notamment l’expérience du workfare mis en place dans les pays anglo-saxons pour contraindre les pauvres aider par l’Etat à adopter tel ou tel comportement.
Si on considère donc que le plein emploi reste un objectif socialement souhaitable, ne pourrait-on cependant découpler le niveau de l’emploi de celui de l’activité économique ? C’est théoriquement possible en partageant le travail : on réduit le temps de travail de chacun, et les revenus associés, pour permettre à tous d’occuper un emploi. Bien que le passage aux 35 heures ait été plutôt un succès sur le plan économique et qu’il se soit produit dans un contexte de croissance relativement forte, cet épisode a montré comment une telle logique de partage entre insiders et outsiders se heurte à une forte résistance dans nos sociétés. Réussir une opération de ce type, sans avoir recours à des méthodes autoritaires et antidémocratiques, dans un contexte cette fois de décroissance de l’activité relève a priori de la gageure.

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