Citoyen du Monde à Montrouge, mai 2013, n°106 : La pyramide (éducative) inversée

, par  attac92

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Citoyen du monde à Montrouge

numéro 106, Mai 2013
La pyramide (éducative) inversée

On ne saurait trop recommander l’ouvrage de Hervé Le Bras et Emmanuel Todd, « le mystère français » (Seuil, la République des Idées, mars 2013). Les deux auteurs y passent la France au scanner, et permettent, grâce à une cartographie riche et parlante, de comprendre plus en profondeur notre pays, en révélant des permanences et des évolutions inattendues. On trouvera dans l’ouvrage maints sujets de méditation, et un optimisme bienvenu en cette période morose.

Ainsi de l’expression « Trente Glorieuses culturelles », pour parler de la période –habituellement désignée sous le nom de Trente Piteuses- de 1975 à nos jours, qui a fait suite aux « Trente Glorieuses » économiques de 1945 à 1975.
Parmi les phénomènes majeurs qu’a connu notre pays, les auteurs pointent « l’inversion de la stratification éducative ». « Jamais dans l’histoire la population française n’avait atteint un niveau aussi élevé. »

« Le monde éducatif des Trente Glorieuses avait l’allure d’une pyramide normale : une base large, avec 58 % de citoyens certes capables de lire, d’écrire et de compter, mais qui n’avaient pas obtenu plus que le certificat d’études ; au-dessus, un étage moyen de 29 % de formations intermédiaires ; enfin, une couche supérieure étroite de 13 % de titulaires du baccalauréat général ou plus. Nous sentons dans cette forme la virtualité d’un équilibre démocratique, dans lequel la force de domination d’une minorité de privilégiés, certes plus éduqués, est néanmoins contrebalancée par la masse considérable des citoyens qui ont bénéficié d’une instruction primaire. »
Aujourd’hui, « chez les jeunes de l’âge postindustriel, cet équilibre est rompu : les éduqués supérieurs forment la majorité absolue, avec 49 % d’individus qui ont obtenu le bac ou plus, 38 % d’éduqués moyens, secondaires et techniques, et seulement 12 % de citoyens restés au stade de l’instruction primaire. Les masses éduquées sont en haut, la minorité des simples alphabétisés en bas : la pyramide repose sur sa pointe. »
Un tel renversement est lourd de conséquences. « A l’époque industrielle, la majorité alphabétisée de la société regardait vers le haut les éduqués supérieurs et contestait leurs privilèges. A l’époque postindustrielle, une majorité d’éduqués supérieurs et moyens regarde vers le bas ceux qui sont restés bloqués au stade de l’instruction primaire, pour les oublier dans le cas des premiers ou pour craindre de leur ressembler dans le cas des seconds. A la contestation succède l’indifférence ou la peur. Nous sommes ici fort près d’une explication simple du glissement du corps électoral de la gauche vers la droite ».

Au-delà du propos des auteurs de l’ouvrage, l’image de la pyramide inversée suscite quelques réflexions.

Aujourd’hui, les « laissés pour compte » culturels, bloqués au niveau de l’instruction primaire, se trouvent bien souvent condamnés à la précarité et au chômage. Comment éviter une situation aussi choquante et lourde de dangers ?
On peut bien entendu mettre en avant la nécessité de la lutte contre l’échec scolaire. Mais n’est-il pas fondamentalement nécessaire de parvenir enfin à résorber le chômage (par la réduction du temps de travail, et la création d’emplois d’intérêt général, notamment pour réaliser la « transition énergétique ») et la précarité (en renforçant le droit du travail, au lieu de la grignoter, comme aujourd’hui) ?
Ne faut-il pas aussi revoir la politique de recrutement, d’affectation à des emplois, en se fondant sur les compétences et savoir-faire nécessaires pour les postes à pourvoir, plutôt que sur les connaissances scolaires et les diplômes ?

L’élévation du niveau éducatif de la population fait apparaître archaïque notre mode de fonctionnement politique, aujourd’hui monopolisé par des « professionnels de la politique », une prétendue « élite » issue des mêmes écoles, partageant une même vision « économiste » de la société, et déconnectée de la réalité du pays.
Oui, il faut ouvrir le recrutement de nouveaux élus, par le refus du cumul des mandats, par l’instauration d’un statut de l’élu (qui garantit le retour à la « vie civile » de l’élu une fois son mandat achevé).
Déjà, les partis politiques n’ont plus le monopole du choix des candidats, avec le mécanisme qui tend à se systématiser de « primaires » ouvertes aux citoyens.
Il faut développer la démocratie participative : on en est loin, quand on voit par exemple combien le débat organisé par le gouvernement sur la transition énergétique –sujet pourtant essentiel- a été discret et limité.
La politique – les choix qui nous concernent entant que citoyens – doit être l’affaire de tous. Heureusement, l’internet permet de contourner les médias (pour la plupart entre les mains de l’oligarchie financière).
Faire participer les citoyens au débat public, c’est la raison d’être des associations d’éducation populaire, telles qu’ATTAC.

La suite de la première page est dans le document-joint.

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