Citoyen du Monde à Montrouge, juin 2013, n°107 : Un paysage politique éclaté

, par  attac92

François Fillon, dans l’’émission du jeudi 6 juin « des paroles et des actes » sur France 2, a eu le grand mérite de nous annoncer clairement ce que ferait la droite si elle revenait au pouvoir :

  • diminuer les indemnités des chômeurs,
  • réduire le nombre de fonctionnaires,
  • faire travailler plus pour gagner à peine plus,
  • raboter encore le droit du travail,
  • diminuer les impôts des plus riches.

Et pourquoi ce programme de Père Fouettard ?

Pour redevenir enfin compétitif ! Sinon, tout le travail sera accaparé par la Chine et autres pays à bas salaires, et notre économie sombrera, et nous perdrons à la fois notre qualité de vie, et nos services publics auxquels nous sommes si légitimement attachés.

Et tant pis si le raisonnement se mord la queue : sabordons notre modèle social, c’est ainsi que nous le sauverons ! ...

Le « mérite » du propos de François Fillon est que ce même discours peut être tenu indéfiniment… N’y a-t-il pas une réserve de main d’œuvre quasiment inépuisable, quand trois milliards d’humains doivent vivre avec moins de 2 $ par jour ?
François Fillon « oublie » que note économie serait plus compétitive si elle ne devait pas supporter l’énorme prédation du capital (dividendes juteux, salaires mirobolants des dirigeants, et autres stock-options). Curieusement, on ne parle jamais que du coût du travail, et jamais de celui du capital (mais si ! la réponse est que tous les pays procèdent ainsi, et que si en France on s’en prenait au capital, alors, nos entrepreneurs, nos capitaines d’industries, tous ces petits génies fuiraient illico à l’étranger, et nous priveraient de leurs talents ! Bon voyage, M. Pinault, M. Dassault, Mme Bettencourt !...)

François Fillon « oublie » aussi que nous ne sommes pas condamnés à voir disparaître notre industrie, et à subir sans réagir la concurrence des Etats qui pratiquent le dumping environnemental et le dumping social (avec parfois des conditions de travail proches de l’esclavage, et qui font courir de grands risques aux travailleurs) : le marché mondial doit être régulé. Des mesures de protection peuvent être légitimes.

Mais l’émission « des paroles et des actes » a aussi mis en évidence, au-delà des controverses de façade, un réel accord de fond entre la droite et la « gauche de gouvernement ». Bernard Cazeneuve, confronté à François Fillon, lui disputait le titre de meilleur « gestionnaire » : c’est nous qui réduisons le plus vite la dette publique ; certes, nous avons créé des postes dans l’éducation nationale, mais nous en supprimons autant dans les autres ministères…
Et Bernard Cazeneuve, lui non plus, ne remettait pas en cause la prédation du capital, ni le libéralisme économique échevelé qui régit le commerce mondial.
Toute une partie de la social-démocratie européenne est alignée sur les « libéraux » de droite et participe à la mise en œuvre d’une politique dont on voit pourtant jour après jour les effets mortifères, en Grèce, au Portugal, en Espagne, en Italie, en France… Où les taux de chômage atteignent des sommets, notamment, ce qui est particulièrement insupportable, le chômage des jeunes.
N’envisage-t-on pas de recréer une « grande coalition » CDU-SPD en Allemagne ?

Marine Le Pen a beau jeu de dénoncer la connivence PS-UMP. Mais elle ne peut renier l’héritage réactionnaire, pétainiste, du Front National. ; et les Français savent bien que ce ne sont pas les immigrés qui sont la cause de nos maux, et que la sortie de l’euro et le repli sur le territoire national ne sont pas des solutions .

Sarkozy a cherché à coller aux thèmes nauséabonds du FN, mais cela n’a pas suffi à assurer sa réélection. L’UMP est, et restera longtemps, profondément divisée. Un mérite qu’il faut reconnaître à Fillon est de rejeter le FN hors du cercle républicain.
La gauche, elle aussi, est profondément divisée. Le Front de gauche représente une autre interprétation de la gauche socialiste plutôt qu’une extrême gauche dure s’opposant à une gauche socialiste molle. Et toute une partie du PS est elle aussi opposée au social-libéralisme.

Espérons que, au sein de la gauche française, mais aussi de toute l’Union européenne, de plus en plus de voix s’élèveront pour remettre en cause le logiciel économique et monétaire simpliste de nos dirigeants , et pour imposer une véritable régulation du commerce mondial.