Citoyen du monde à Montrouge, novembre 2013 numéro 110 : Des ponts, pas des murs !

, par  attac92
Citoyen du monde à Montrouge,


numéro 110, Novembre 2013




Des ponts, pas des murs !




Des ponts : c’est le symbole que l’Union européenne fait figurer sur ses billets en euros.
Des murs : voilà la triste réalité !

Il y a un quart de siècle, un rideau de fer barrait la frontière bulgaro-turque pour empêcher les Européens de l’Est de fuir l’oppression communiste. Aujourd’hui, au même endroit, un mur de 30 km est en construction. Pour fermer les frontières de l’Europe et empêcher migrants et réfugiés d’atteindre l’Union européenne. Ce sera le 3ème mur européen après celui érigé en 1998 à l’entrée des enclaves espagnoles de Ceuta et Melilla, en territoire marocain, puis celui de 12,5 km à la frontière gréco-turque, achevé en 2012.

Il y a trente ans, fuir le système politique oppressif de leur pays valait aux candidats à l’exil les louanges des pays riches et de la presse. On estimait alors que les réfugiés avaient « choisi la liberté », c’est-à-dire l’Occident. Les centaines de milliers de Syriens, de Somaliens, d’Erythréens qui, en ce moment, « choisissent la liberté » ne sont pas accueillis avec la même ferveur. A Lampedusa, une grue a été requise pour charger sur un navire de guerre les dépouilles de 300 d’entre eux. Le mur de Berlin de ces boat people fut la mer ; la Sicile, leur cimetière.

Le saviez-vous ? La loi italienne-loi Bossi-Fini de 2002- fait des clandestins des criminels, elle oblige chacun à les dénoncer avant d’offrir son aide. Le marin doit appeler les garde-côtes avant de tendre la main ; le médecin, prévenir la police avant de soigner. Cette loi s’oppose aux règles de la mer, et à la loi humaine en général ! En la refusant souvent, au risque de se voir confisquer leur bateau, par exemple, oui, les habitants de Lampedusa sont des héros. Et l’Europe, tout en se disant scandalisée par cette tragédie, accélère son équipement en caméras à haute résolution, en liaisons satellite et drones de surveillance…

Et en France ? Comme Nicolas Sarkozy hier, comme Jean-Marie Le Pen avant-hier, Manuel Valls prend régulièrement le parti de choquer par des propos sulfureux (sur le regroupement familial, ou l’incapacité culturelle des Roms à s’intégrer). Honte ! La France a été condamnée, jeudi 17 octobre –journée mondiale du refus de la misère- pour avoir expulsé des gens du voyage sans leur proposer un relogement. « Cette décision est historique après une bataille judiciaire de neuf années », s’est félicité ATD Quart monde, à l’origine de cette procédure.

Et, s’invitant sur le terrain du FN, certains ténors de l’UMP, et pas des moindres (Copé, Fillon, Hortefeux), en viennent à s’attaquer à l’un des fondements du pacte républicain : le droit du sol. Ils ont affirmé leur volonté de restreindre l’accès à la nationalité française, en supprimant le droit du sol pour les enfants de clandestins. Pas tous, heureusement. Patrick Devedjian, président du Conseil général des Hauts-de-Seine, fustige cette proposition : « je suis pour le maintien absolu du droit du sol. Plus de 25 % des Français ont au moins un de leurs grands-parents de nationalité étrangère. Le génie de la France est d’avoir su intégrer au cours de son histoire. Je rappelle que notre pays s’est constitué par l’agrégation de gens venus des quatre coins de la planète, qui sont devenus des éléments constitutifs de la nation française ».

Au même moment, l’Allemagne se prépare à franchir une étape en sens inverse en remettant en cause, elle, le droit du sang. L’initiative vient de la gauche, du Parti social-démocrate (SPD). Celui-ci souhaite permettre aux enfants nés en Allemagne de parents non ressortissants de l’Union européenne –essentiellement turcs- d’acquérir la double nationalité à leur majorité.

Il faut oser rappeler aux citoyens que la migration est un phénomène de tous les temps qui a façonné nos sociétés et une Europe dont 40 millions d’habitants prolétarisés s’en allèrent explorer d’autres continents au XIXème siècle ; que le regroupement familial, le droit d’asile et le statut humanitaire sont des obligations, sauf à forcer les Vingt-Huit à renoncer aussi à leurs valeurs fondatrices.

Et surtout, il faut changer notre regard sur l’immigration. L’immigration est une chance. « Dynamisme social, créativité entrepreneuriale et vitalité culturelle caractérisent les trajectoires de ces hommes et femmes qui revivifient les sociétés dans lesquelles ils arrivent, sociétés qui bien souvent les considèrent à tort comme une menace pour leur bien-être matériel et leur identité nationale », nous dit Doug Saunders (du village à la ville, comment les migrants changent le monde, Seuil, octobre 2012, cf notes de lecture JPA de septembre 2013, disponibles sur demande). 

Les pays occidentaux éprouveront de graves pénuries de main d’œuvre au cours de ce siècle (à cause de la chute de la fécondité, qui entraîne un vieillissement de la population). C’est un problème coûteux que l’on règle facilement en autorisant la venue de nouveaux immigrants en âge de travailler, dont les impôts couvriront les dépenses accrues de l’Etat (sinon, on peut toujours augmenter les recettes fiscales, sabrer dans les services et hausser l’âge de la retraite…). Bien accueillir les immigrants, ce n’est pas qu’une question de morale, c’est aussi notre intérêt bien compris. L’Afrique, par exemple, c’est l’avenir. Pour les richesses de son sous-sol, mais aussi pour des raisons démographiques.
Le nouveau droit à conquérir au XXIème siècle, c’est celui d’aller et venir. Or, aujourd’hui, c’est très facile pour les riches, même si ce sont des mafieux, et très compliqué pour les pauvres, même si ce sont de braves gens. »

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