Compte-Rendu de la réunion ATTAC92 à Montrouge du 6 octobre 2014 : Jaurès, le grand clairvoyant

, par  attac92
















Compte-Rendu de la réunion ATTAC 92 à Montrouge du 6 octobre 2014




Jaurès, le grand clairvoyant


par Charles SILVESTRE [1]




Parler de Jaurès, à l’automne 2014, cent ans après le premier massacre de la guerre 1914 – 1918 qui a commencé par son assassinat, le 31 juillet 1914, est d’abord une émotion. On a appelé Clemenceau, après l’armistice de 1918, « le père-la-victoire ». Mais on sait aujourd’hui que cette victoire, et l’humiliant traité de Versailles de 1919, ont réchauffé un épouvantable nationalisme allemand. La vraie victoire, à l’échelle du temps, c’est celle de la clairvoyance de Jaurès. Il a vu juste dans les causes, le déroulement, et les conséquences du cataclysme. Mais, auparavant, Jaurès a été, aussi, après avoir corrigé ses points de vue, le grand lucide, le grand sage, vis-à-vis de la colonisation, de l’affaire Dreyfus, de la loi de séparation des Eglises et de l’Etat, de la question sociale. Jaurès n’a pas de recettes à nous donner, mais il est une école d’idéal humain, d’engagement réfléchi, de courage indomptable. Ses traces sont le fil conducteur du livre de Charles Silvestre.


Une question est souvent posée à propos de Jaurès : "qu’aurait-il pu faire ?", au sujet de la guerre de 14 -18 (une hécatombe : 10 millions de morts, le suicide de l’Europe), et en 1920 (scission PS-PC).
Qui est responsable de l’hécatombe ? Certes, l’Allemagne a été la première à franchir une frontière, mais les responsabilités sont partagées.
La Russie voulait l’ouverture sur les Détroits (et la diplomatie française nouait des alliances secrètes avec la Russie du tsar), la France avait des visées sur le Maroc. La guerre avec l’Allemagne a failli commencer à cause du différend France-Allemagne sur le Maroc (Caillaux a réussi à éviter la guerre).
De fait, le Traité de Versailles entérine le partage du butin : la France voit son autorité reconnue sur le Maroc. L’Allemagne est mise à genoux : occupation de la Sarre, dommages et intérêts écrasants. L’humiliation et l’inflation qui en résultent déboucheront sur le nationalisme allemand et le national-socialisme.
(Par certains aspects, la situation actuelle s’apparente à celle d’avant 1914, où un bloc qui se constitue appelle un autre bloc : en Ukraine, la situation est grave avec deux blocs face à face, et au Moyen-Orient, où l’Occident défend ses intérêts par les armes- l’OTAN-, et où le gaz et le pétrole sont des facteurs de guerres).


Jaurès ne se serait pas rallié sans discussion à ce qu’on appelle l’Union Sacrée. Le jour même de son assassinat, lors d’une réunion au ministère des affaires étrangères avec le secrétaire général du Quai d’Orsay, qui se trouvait être le neveu de Jules Ferry, il avait déclaré, selon les notes de ce dernier : « si la guerre éclate, les socialistes devront se sauver du crime commis par leurs dirigeants ». Et à sa mort, on a entendu : « ils ont tué Jaurès, ne les laissons pas assassiner la France ».
Il y a eu des réunions entre socialistes au début de la guerre pour interrompre l’hécatombe. Par la suite, Raymond Poincaré et Georges Clemenceau empêchent les socialistes français de participer à une rencontre en Suède avec les socialistes allemands.


Jaurès a écrit en 1910 un traité de défense nationale : « l’Armée nouvelle ». En 1945, inspiré par sa lecture de « l’Armée nouvelle », Ho Chi Minh demande que la France s’engage à donner l’indépendance à l’Indochine.


L’horreur de 14-18 a ouvert les massacres du XXe siècle.
Et en dehors de la guerre ? Oui, Jaurès a été clairvoyant : sur l’affaire Dreyfus, sur la question coloniale, sur la question sociale.
En 1887, journaliste, Jaurès suit l’action des mineurs de Carmaux. Le maire est un ancien mineur, le patron de la mine est un marquis. Le gouvernement envoie l’armée contre les mineurs. Jaurès est choqué, il se place du côté des dirigés « qui ont fait preuve de leurs qualités de dirigeants ».
Il est élu député en 1895.
Dreyfus est condamné sur la base d’un faux. Au début, Jaurès le croit coupable, n’imaginant pas que l’armée ait pu commettre une pareille forfaiture. Il se convainc de la forfaiture à partir de l’article de Zola (« J’accuse »), qui démonte la machination contre Dreyfus.
Au début, il est assez isolé parmi les socialistes. Jules Guesde, marxiste orthodoxe, considère qu’il s’agit d’une querelle à l’intérieur de la bourgeoisie « les prolétaires ont mieux à faire que de défendre un capitaine », dit-il.
« Non, dit Jaurès, tout être de chair et de sang qui vient au monde porte en lui le genre humain. Il y a un homme, et il s’agit aussi de rendre à la République son honneur ».
En 1902, Dreyfus a été grâcié, mais Jaurès veut aller jusqu’au bout. En 1906, la Cour de Cassation innocente Dreyfus et accuse les autorités militaires et les autorités politiques.


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[1Auteur de « la Victoire de Jaurès » (Editions Privat), ancien rédacteur en chef de l’Humanité, Vice-président de la société des Amis de l’Humanité (président Ernest Pignon-Ernest, auteur avec Tardi des illustrations du livre).

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