D’où viennent les coronavirus ? Contre les pandémies, l’écologie

, par  Leonard Michelet

Si on veut éviter que les mesures liberticides qui se sont mises en place à l’occasion de la pandémie de covid-19 ne perdurent, et limiter le nombre des futures pandémies, il faut penser écologique, dès maintenant.
Source : Sonia Shah, « D’où viennent les coronavirus ? Contre les pandémies, l’écologie », le Monde Diplomatique, mars 2020

L’origine du covid-19 est encore incertaine (pangolin, chauve souris ou autre animal sauvage), mais on sait que notre vulnérabilité croissante aux pandémies est liée à la destruction de leurs habitats. Depuis 1940, de nombreux microbes (VIH, Ebola, Zika, etc.) sont apparus, dont une forte proportion vient des animaux sauvages. Ce ne sont pas les microbes qui sont nouveaux, c’est leur transmission et leur adaptation à l’Homme.
La déforestation, l’urbanisation et la destruction des habitats entraînent des contacts répétés entre les animaux sauvages et les humains. Pour exemple, le virus Ebola vient des chauves souris.
Elles ont été chassées des forêts détruites et sont venues dans nos arbres, mordant les fruits, que nous mangeons ensuite. La répétition des contacts a entraîné une adaptation du microbe à nos organismes où il n’est plus anodin.
Il en est de même pour les maladies transmises par les moustiques : la déforestation favorise le ruissellement et les flaques. Les moustiques, vecteurs d’agents pathogènes, sont deux fois plus nombreux dans les zones déboisées que dans les zones intactes.
Les marchés où sont entassés animaux sauvages et d’élevage sont propices à la transmission vers ces derniers ; ceci est avéré dans le cas du SRAS. La promiscuité, dans les élevages industriels et dans les abattoirs, favorise la propagation et l’évolution des virus ; dans le cas de la grippe aviaire H5N1 le processus a pu être reproduit en laboratoire. Dans les élevages industriels, les déjections, beaucoup trop nombreuses, sont stockées, ce qui favorise la bactérie Escherichia coli. Elle contamine 90000 américain-es par an en infectant les sources d’eau potable.
La transmission d’agents pathogènes des animaux à l’humain date du début de l’élevage, au néolithique. La rougeole et la tuberculose proviennent de la vache, la coqueluche du cochon, la grippe du canard. Cette transmission n’est pas nouvelle, mais elle s’accélère. La colonisation nous a déjà apporté le VIH du macaque et le choléra des eaux saumâtres.
Des actions ont été entreprises : le mouvement One Health s’efforce de protéger les habitats ; le projet Predict surveillait les milieux à risques (il a ainsi découvert 900 virus inconnus dont certains proches du SRAS), mais ce projet a été arrêté en 2019 sur décision de D.Trump.
Comme l’a déclaré l’épidémiologiste Larry Brilliant, « les émergences de virus sont inévitables, pas les épidémies. » Toutefois, nous ne serons épargné-es par ces dernières qu’à condition de mettre autant de détermination à changer de politique que nous en avons mis à perturber la nature et la vie animale.

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