Capitalisme financier vs fabrication de masques français

, par  Leonard Michelet

Comment la prévention est sacrifiée sur l’autel des profits

L’usine de Plaintel : une mort programmée

En 2005, l’État prévoit une crise sanitaire telle que celle que nous vivons aujourd’hui. Il passe alors commande à l’usine de Plaintel en Bretagne (Côtes d’Armor), laquelle fabrique jusqu’à 220 millions de masques par an, pour garantir les stocks français en cas d’épidémie.
Fin 2010, l’État interrompt brutalement ses commandes, le chiffre d’affaires chute et l’américain Honeywell rachète l’usine.
Dès 2011, les plans de licenciements s’enchaînent. Honeywell touche les aides financières nationales pour l’investissement industriel, mais ne modernise pas le site.
En 2018, le groupe délocalise en Tunisie. En septembre, toujours avec les aides de l’État, l’usine ferme ses portes et les machines sont détruites.
Les 38 derniers salariés sont licenciés. Ils étaient 300 en 2009, 140 en 2010.
Pourtant, selon un audit financier réalisé en 2018, « le motif économique du plan de licenciement collectif est infondé et la fermeture du site apparaît relever de motifs financiers et stratégiques bien plus qu’économiques ».
L’audit conclut que l’activité est rentable économiquement mais qu’elle ne peut supporter les dividendes record versés par Honeywell aux actionnaires en 2017.

L’usine de Plaintel : une résurrection sous forme coopérative ?

Aujourd’hui, à l’initiative du syndicat Solidaires, d’anciens salariés de l’usine, les collectivités territoriales et un ancien directeur tentent de reprendre l’activité et demandent une aide de l’État pour reconstruire l’entreprise sous forme de coopérative.
Après avoir fait la sourde oreille, l’exécutif ne serait apparemment plus contre depuis le 22 avril 2020, Emmanuel Macron ayant estimé que « la solution costarmoricaine est une très bonne nouvelle ». C’est flou et timide, il va falloir passer au concret.
D’autant qu’à la faveur de la crise sanitaire et depuis l’émergence d’une solution coopérative, l’opportunisme capitaliste revient sur le devant de la scène. Le journal Les Echos rapporte sur son site, le 5 mai, « un projet d’installation de 5 lignes de production » par le groupe Agromousquetaires (Intermarché) à Ploërmel (Morbihan) et l’ouverture à Ploufragan (Côtes d’Armor), près de Saint-Brieuc, d’une usine
par « l’homme d’affaires suisse Abdallah Chatila, président de M3 Groupe basé à Genève ». Des investisseurs qui n’hésiteront pas à s’installer là où produire moins cher est possible quand le triptyque profitabilité – rentabilité – réduction des dépenses publiques aura repris du poil de la bête !

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