Glossaire néo-libéral

dimanche 28 avril 2002
par  attac92
popularité : 14%

Archaïque (archaïsme) : traction hippomobile, lampe à pétrole,
moulin à eau, impôt, salaire minimum, congés payés, conventions collectives,
retraite par répartition, refus de la Bourse. Les Français, non contents de
garder leurs habitudes archaïques, s’y vautrent. Ainsi en est-il de leur
regrettable réticence à l’égard de la Bourse, de leur attachement lamentable
à des pratiques incompréhensibles, telle la réduction du temps de travail,
que les pays étrangers (voir ce nom) considèrent avec la condescendance qui
sied à ce genre de fantaisie. Superlatif : paléolithique (voir ce mot).

Communauté internationale : souvent associée à empêcheurs de
danser en rond (Saddam Hussein, Milosevic). La Communauté s’indigne, se
mobilise, la communauté est défiée, etc. Cette communauté est censée
représenter les gouvernements du monde, et, parfois, leurs opinions
publiques. Cela est loin d’être le cas. En fait, lui échappent (excusez du
peu) : l’Afrique tout entière, le monde musulman, l’Inde, la Chine,
l’Amérique latine, la plupart des anciens pays de l’U.R.S.S. Que reste-t-il
 ? Les pays les plus riches, groupés dans l’O.C.D.E. Et encore pas tous : les
anglophones (Etats-Unis, Angleterre, Canada, Australie, Nouvelle-Zélande),
auxquels on ajoutera Allemagne, France, Benelux, pays scandinaves, Suisse,
Autriche et - peut-être Japon (les pays méditerranéens sont admis sur un
strapontin). Mais, plus exactement encore, la communauté internationale, ce
sont les gouvernements des pays susdits et ceux de leurs grands médias. En
France, par exemple, la communauté internationale ce sont deux chaînes de
télévision, trois stations de radio, plus Le Monde, Le Figaro, Libération,
L’Express, Le Point, Le Nouvel Observateur. Autre synonyme : pays étrangers.

Conservatisme : respect exagéré d’institutions absurdes,
périmées, inefficaces et injustes. Parmi elles, S.M.I.G., retraites, congés
payés, Sécurité Sociale, Code du Travail. Ce conservatisme nuit aux deux
extrémités de l’échelle sociale : aux pauvres, auxquels il interdit de
travailler pour un salaire de misère et aux investisseurs (voir ce mot),
qu’il décourage d’investir dans des pays abritant des institutions aussi
obsolètes. Ce conservatisme prend aussi le nom de lourdeur (en général
associée à bureaucratique), de rigidité (associé à culturelle), de
corporatisme (associé à syndical), de crispation (associée à d’un autre
âge).

Consommateur : une des espèces sous lesquelles, pour Jean-Marc
Sylvestre, se manifeste la réalité humaine (les autres étant le client,
l’actionnaire et le contribuable). On remarquera que, dans les trois cas,
l’individu n’apparaît qu’au travers de son argent. On remarquera aussi que,
implicitement, ces quatre personnages se fondent souvent dans un seul. Et,
justement, peut-être est-ce là une clef de l’inconscient de notre matutinal
chroniqueur. Quelqu’un qui est à la fois tous ces personnages est
implicitement riche. Le concept est intéressant en ce qu’il sous-entend
(seuls ceux qui ont de l’argent sont intéressants) et en ce qu’il tait (le
producteur n’est jamais évoqué, soit parce que l’argent est supposé
apparaître par génération spontanée dans les mains du consommateur, soit
parce que le producteur est supposé trop pauvre pour consommer ). On notera
enfin que, à la différence du citoyen, dont les préoccupations se hissent au
niveau de l’abstrait, l’idéal du consommateur ne s’élève guère au-dessus de
la mangeoire.

Contribuable : dans d’autres langues équivalent de bagnard,
supplicié, martyr. Dans la galère de l’Etat, le contribuable est à la
chiourme, le percepteur sur le pont avec un fouet. A la proue et à la poupe,
se prélassent des sybarites, nommés fonctionnaires.

Courage : vertu nécessaire pour s’attaquer aux pauvres ou aux
classes moyennes, qualifiés d’assistés, de profiteurs, de nantis, de
privilégiés. A l’inverse, l’attaque des riches n’est pas courageuse mais
doctrinaire, idéologique, irréaliste, suicidaire (pour certains de ces mots,
voir plus loin).

Daboliou : prononciation française de la lettre « W », ce W étant
la lettre initiale du second prénom de l’actuel président des Etats-Unis,
George Bush. Cette façon de nommer un étranger est ridicule et obséquieuse.
Elle est ridicule pour une foule de raisons :

Parce que la prononciation texane est plus proche « Doubya »,
en tout cas assez loin de ce qu’on entend en France,

Parce que le véritable second prénom de Bush fils est Walker,
qui est incontestablement plus court que Daboliou ce qui est décisif dans
un pays où, plus qu’ailleurs, time is money !

Parce que, pour des non-initiés, la sonorité fait penser, avec
une terminaison en « ou », à un nom grec, avec une terminaison en « oux », à
un nom auvergnat, alors qu’il est notoire que les Bush ne sont originaires
ni de Patras ni de Saint-Flour,

Parce que la précision est superflue, le fils ne risquant pas
d’être confondu avec le père,

Parce que, en France, dans 99 % des cas, les présidents
américains n’ont été cités qu’avec leur premier prénom (Harry Truman, Dwight
Eisenhower, John Kennedy, Lyndon Johnson, Ronald Reagan, etc.) sans que cela
ait nui à leur identification. Qui, d’ailleurs, se souvient que Nixon
portait le prénom de Milhous, déformation de l’allemand Mühlhausen ?

Il n’y aurait aucun inconvénient à dire George Bush père et
George Bush fils, à l’instar des Dumas, ou, si l’on a des lettres, George
Bush l’Ancien et George Bush le Jeune, à l’instar des Breughel. Mais,
surtout, cette manière de faire est obséquieuse (certains, comme Jean-Marc
Sylvestre, en arrivent même à ne plus dire George - prononcé Djordge - ni
même Bush, ils se contentent de Daboliou !). Dans cet empressement à
apporter sa pipe et ses pantoufles à un maître qui n’en demande pas tant,
qui n’aurait envie d’ordonner : « Couché ! A ta niche ! » ?.

Dégraissage, dégraisser : au sens propre, enlever la graisse.
Le terme graisse, appliqué à l’être humain, a une connotation péjorative. Il
évoque des sujets éloignés des canons de la beauté, soit pour des raisons
génétiques, soit pour des raisons morales. La plupart des expressions (faire
de la mauvaise graisse, crever de graisse, graisser la patte) sont des
expressions péjoratives. Depuis 1974, date de la crise pétrolière et de la
crise tout court le mot s’emploie pour « effectuer des économies », en
taillant dans les effectifs d’une entreprise, les salariés de celle-ci étant
substantivés en graisse, donc en matière superflue, laide, inutile, néfaste.
Il faut bien se représenter ceci : l’être humain est ravalé au rang de la
matière. C’est l’essence du racisme, qui noie le sujet dans la masse
indistincte de son « espèce ». Les termes dégraisser et dégraissage sont des
termes injurieux, insultants, racistes. On ne saurait plus tolérer ceux-là
que ceux-ci.

Dogme : point de doctrine établi ou regardé comme une vérité.
Employé péjorativement pour opinion imposée comme une vérité indiscutable
(Le Robert historique). Dans la bouche de Jean-Marc Sylvestre, désigne la
retraite à 60 ans, le S.M.I.G, les conventions collectives. Synonymes :
idéologies (au pluriel), politiquement correct, théologie, théologique (voir
ces mots).

Dopage : avant l’actuelle chute de la Bourse (ce texte est écrit
le 26/03/2001), le terme de dopage revenait souvent, avec une connotation
positive, dans le discours de Jean-Marc Sylvestre (les marchés dopés par
l’Internet, les entreprises dopées par les commandes d’ordinateurs, les
économies émergentes dopées par les importations occidentales, les
entreprises américaines dopées par les fonds de pension, etc.). Le plus
étrange était qu’il employait ces termes dans le même temps que se
multipliaient les procès contre les athlètes coupables de ces pratiques,
qu’on découvrait les effets ravageurs de ces substances toxiques sur les
sportifs de haut niveau (notamment de l’ex-R.D.A.), et que le terme dopage
prenait, aux oreilles de tous, une connotation négative. Or, il y a plus
qu’une métaphore dans ce passage du propre au figuré. Dans les deux cas, on
injecte là un liquide, ici du liquide. Dans les deux cas, l’effet se traduit
par un coup de fouet, une accélération brusque et violente (ici du corps, là
de l’économie). Dans les deux cas encore, la conséquence ultime est une
dégradation irréversible de l’organisme soumis à ce traitement (le corps ou
l’entreprise). Dans les deux cas enfin, l’organisme qui a cessé d’être utile
(l’athlète trop âgé ou la technologie obsolète), est abandonné pantelant. On
repensera ici au roman Des fleurs pour Algernon. Ce dopage représente une
des modalités de l’usage de la vitesse (voir ce mot), un des concepts qui
sous-tendent la pensée néo-libérale.

Etrangers (pays) : les mêmes que l’on trouve dans la Communauté
internationale. Les pays étrangers n’ont pas de prélèvements obligatoires,
pas de Sécurité sociale (ou très peu), une administration respectueuse
envers les riches, beaucoup d’actionnaires. Les pays étrangers sont donnés
en exemple de dynamisme, de modernité (voir ce mot).

Evolution : succédané du mot "Progrès", qui a pris un coup de
vieux depuis qu’il s’est compromis dans des aventures douteuses (Hiroshima
ou Tchernobyl, par exemple). « l’Evolution" est donc au "Progrès" ce que les
ufs de lump sont au caviar : moins somptueux, mais moins ostentatoires et
moins compromettants. Le mot "Evolution" ne présente que des avantages.
Comme le mot "Progrès", il prend une majuscule, mais il peut de plus se
prévaloir d’une caution scientifique incontestable : le darwinisme.
Contester les vertus du libéralisme ou la nécessité de la mondialisation,
c’est mettre en cause les lois sacrées de l’Evolution ; c’est offenser à la
fois Darwin et la Science, l’Homme et la modernité. Peut-on imaginer un
archaïsme plus désolant ? Qu’on se le dise : le Progrès est mort, vive
l’Evolution. Mais à y bien penser, cette Evolution, n’est-ce pas la version
modernisée du "Sens de l’Histoire" dont on nous parlait autrefois ? Ah mais
 ! Gardons-nous d’exhumer des concepts défunts, comme les idéologies qui les
ont nourris. Ce n’était pas le "libéralisme", on s’en souvient, qui allait
dans le sens de l’Histoire, mais la "société sans classes". On comprend
pourquoi il a fallu décréter la "fin de l’histoire". L’Evolution, au moins,
c’est naturel, comme les lois de l’économie. Qui osera donc discuter la
Nature, Dieu, le Marché ? [définition aimablement proposée par Bernard
Berthelot, professeur de philosophie].

Flexibilité : au sens propre, ce qui est souple, ce qui se plie
aisément. Au sens moral, docile, souple, obéissant, se soumettant à toutes
les adaptations, à toutes les conditions de travail ou de salaire. Pour le
Robert historique de la langue française, le terme correspond aux dogmes du
libéralisme économique. Pour bien le comprendre dans ce sens, il ne faut pas
le prendre dans son acception positive (ce qui est flexible étant gracieux,
pratique, utile), mais dans son acception négative l’intendant qui se
courbe jusqu’à terre devant le satrape, l’esclave devant le maître,
l’obséquieux devant le patron. C’est l’exact opposé des inflexibles à la
nuque raide Camisards cévenols ou jansénistes appelants, pour ne citer que
ceux-ci. « Baisse les yeux », dit le magnat au paysan.

Franco-français : adjectif très prisé de Jean-Marc Sylvestre,
chroniqueur ultra-libéral bien connu. Qualifie des préoccupations, des
idées, des discussions, des m urs dont ne sont pas affligés les pays
étrangers. Il est franco-français de se demander si la retraite par
capitalisation sert à quelque chose, il est franco-français de discuter du
niveau du salaire minimum. Dans les pays étrangers (voir ce mot) les pauvres
n’ont pas besoin de fonds de pension, ils sont morts avant (non sans avoir
cotisé pour les riches). Ce qui est très franco-français est de se complaire
dans des débats archaïques et des idées paléolithiques (voir ces mots).

Grande (la plus grande démocratie du monde) : s’emploie beaucoup
pour désigner les Etats-Unis, en jouant sur les divers sens de « grande »
(peuplée, riche). Explicitement, c’est le premier terme qui est visé, mais
implicitement, c’est le second auquel on pense. Si l’on admet que c’est bien
de la population qu’il s’agit, on passe complètement de côté la République
indienne, qui comprend plus d’un milliard d’habitants, et on avoue que les
habitants comptent moins que leur richesse.

Halloween : fête importée des Etats-Unis, et qui portée par
une publicité massive - tend à s’imposer partout en France et en Europe. Le
problème, ici, n’est pas tant de revenir sur les aspects de la fête que sur
la piteuse justification opposée à l’accusation d’invasion américaine : il
ne s’agirait pas d’un folklore yankee, mais d’une innocente coutume
celtique, importée aux Etats-Unis, via l’Irlande. Cette explication
spécieuse est du même ordre que celle qui consiste à affirmer que telle
cathédrale gothique date du crétacé parce que la carrière où on est allé
chercher ses pierres remonte à cette époque géologique. C’est le même genre
d’argument qui est servi pour justifier les fonds de pension : « Non, nous
dit-on, ce ne sont pas de méchants capitalistes à cigare et Rolls-Royce qui
possèdent ces fonds, ce sont des modestes postiers de Floride, des
instituteurs de Californie ou des pompiers de New York ». Comme si le
problème ne changeait pas de nature dès que toutes les sommes sont fondues
en une seule masse ! Comme si les retraités ou salariés - en question
géraient réellement leurs fonds ! Comme si on savait qui place l’argent de
nos comptes bancaires ou de nos primes d’assurances ! Autre exemple
d’argutie : celle qui consiste à faire croire que les qualificatifs de
« Junior » ou « Senior », accolés à des individus portant les mêmes nom et
prénom, sont des qualificatifs latins (voir plus haut Daboliou).

Idéologies : employé au pluriel, pour déconsidérer le concept.
Pour un esprit superficiel, peut laisser penser qu’il s’agit des idéologies
qui se sont succédé au cours du XXe siècle : socialisme, communisme,
fascisme, nazisme, franquisme, justicialisme, salazarisme, etc. En fait,
implicitement réservé aux seules idéologies de gauche, et même à la seule
pensée de gauche en général (de Laurent Fabius à Arlette Laguiller). Est
employé pour évoquer massacres, inefficacité économique, dictature. Est
idéologique ce qui contribue à diminuer les revenus des plus riches.. Très
bien porté : confondre dans le même opprobre idéologies d’extrême droite et
d’extrême gauche, exercice qu’affectionne Jean-François Revel.

Idéologique : sans rapport avec la réalité. S’oppose à réalisme,
pragmatisme. Assurer à chacun un logement décent, des soins de qualité, une
éducation correcte est idéologique. Laisser croupir les pauvres dans des
taudis, leur refuser l’accès aux soins, leur dispenser une éducation au
rabais, les abrutir de télévision est réaliste.

Impôt : indemnité de guerre versée à un Etat ennemi, dont les
ressortissants s’appellent fonctionnaires. L’impôt figure (avec la roue,
l’estrapade, le carcan, la potence, l’écartèlement, le bûcher, l’eau) parmi
les supplices imaginés dans les pays archaïques (voir ce mot) pour torturer
les habitants, appelés pour la circonstance contribuables (voir ce mot).
Cette lamentable institution est heureusement en voie de disparition parmi
les pays étrangers (voir ce mot).

Investisseurs : institutions représentées par les fonds de
pension (anglo-saxons de préférence) dont la fonction est de ne pas
investir du tout. Tout comme on nourrit les bovins avec des farines
animales, on nourrit les investisseurs avec des entreprises saines. Cette
nourriture, les investisseurs la transmutent en deux produits. De la
graisse, appelée capital, plus-value, dividendes, et des déchets, appelés
chômeurs. Les investisseurs ne passent que peu de temps à leur repas. Ils
sont symbolisés par la nourriture McDo : vite mangée, vite et mal -
assimilée, vite évacuée.

Liberté économique : lorsqu’on ajoute un adjectif ou un adverbe
à un terme, le résultat, dans tous les cas, affaiblit le terme, le déforme,
voire le contredit. Lorsque, entre deux personnes qui entretiennent un
commerce amoureux, l’une dit à l’autre, non plus je t’aime, mais je t’aime
bien, c’est qu’elle ne l’aime plus du tout. Ainsi en va-t-il de la liberté
économique, qui ressemble à la liberté comme le vase de nuit ressemble au
vase. Dans les deux cas, le contenu est nauséabond. On trouvera le même état
d’esprit dans l’égalité des chances (expression favorite de M. Alain
Madelin), dont le caractère pernicieux négateur de l’esprit même
d’égalité - a superbement été mis en lumière par Alain Bihr et Roland
Pfeffekorn (Diplo de septembre 2000).

Marchés : autre nom de Dieu. Il ne faut pas perdre leur
confiance en commettant des péchés, le premier étant de les nier. Ils sont
la seule forme d’existence, contrairement à la démocratie, qui n’est
qu’épiphénomène. Autre nom des marchés : les investisseurs (voir ce mot).
Lieu de culte : la Bourse. Desservant paroissial : Jean-Pierre Gaillard..
Prédicateur de Carême : Jean-Marc Sylvestre. Confesseur : Alain Minc. Grand
Inquisiteur : Denis Kessler. Primat des Gaules : Ernest-Antoine Seillière de
la Borde. En entrant à la Bourse, on trempe la main dans une cuvette emplie
d’euros et on se signe en disant : « Au nom de la Plus-Value, des Dividendes
et du Cash-Flow, Amen ».

Moderne, modernité, moderniser : dernier avatar d’un concept
connu également par les verbes et expressions restructurer, rationaliser,
dégraisser, présenter un plan social, et qui ne signifie rien d’autre que
licencier, jeter les gens à la rue, tailler dans les effectifs. Mais on
n’est plus aussi grossier : on est moderne.

Monde, dans l’expression « tout le monde le sait ». Argument
d’autorité employé par Jean-Marc Sylvestre pour conférer la force de
l’évidence à ses propos. Variantes : « tous les économistes le savent », « 
tous les politiques le reconnaissent », « tous les syndicalistes
l’avouent ». En général, chez Jean-Marc Sylvestre, les syndicalistes avouent
en cachette ou sous le manteau.

Mondialisation : processus par lequel un maximum de richesse est
concentré en un minimum de mains, au détriment d’un maximum de gens..
Mondialiser, c’est agrandir le gâteau plutôt que partager les richesses : à
l’issue de la mondialisation le riche a droit à deux louches de caviar au
lieu d’une, le pauvre à deux épluchures de pomme de terre plutôt qu’à une de
carotte.

Otages : personnes dont on s’empare et que l’on retient comme
moyen de pression et de chantage. En France et en Occident en général
les otages apparaissent dans deux circonstances. D’une part lors des
attaques à main armée (banques, bijouteries), d’autre part, dans les années
60-70, victimes de guérillas anti-occidentales, soit sud-américaines, soit
palestiennes. Dans les deux cas, les images de ces peuples ont une forte
connotation négative (pour les Sud-Américains, l’imagerie négative, façonnée
par Hollywood, oscille entre ridicule et lâcheté). Pour les Palestiniens,
point n’est besoin de rappeler les sentiments de nombre de Français
vis-à-vis du monde arabe. Le preneur d’otages est perçu comme lâche, cupide,
cruel, et, si possible, basané au poil noir (encore mieux s’il est mal
rasé). Lorsque les médias décrivent complaisamment les cheminots, postiers,
conducteurs de métro en grève comme les preneurs d’otages des Français, la
représentation est : salariés = privilégiés = lâches = bandits =
terroristes. Ces preneurs d’otages prennent de la valeur si, par surcroît,
ils sont salariés du service public et syndicalistes. Mais comment qualifier
les chefs d’entreprises ou capitalistes qui menacent de délocaliser leurs
sièges dans des paradis fiscaux si l’on ne baisse pas leurs impôts ?

Paléolithique : âge de la pierre ancienne. Se dit pour qualifier
un état très primitif de l’humanité. S’emploie, par extension, pour
qualifier un état plus primitif encore que l’archaïsme et donc plus loin de
la modernité (voir ces mots).

Pragmatique : laisser les choses en l’état pourvu qu’elles
profitent aux investisseurs. Une usine qui pollue exige d’énormes
investissements pour être propre. Mais cela risque de la faire fuir vers des
lieux plus cléments. On est donc pragmatique, on ne lui impose rien. Les
ouvriers ont le S.M.I.G. en salaire et le cancer en prime.

Politiquement correct : expression voisine d’idéologique (voir
ce mot) et d’idées de gauche. Le politiquement correct est une dictature de
la pensée, qui empêche de qualifier le chômeur de paresseux, le
fonctionnaire de vampire, le pauvre de rebut, l’Etat de parasite, la
Sécurité Sociale de monstre, l’impôt de supplice, François Pinault de génie
et Bill Gates de bienfaiteur de l’humanité.

Privilégié : salarié bénéficiant d’un contrat à durée déterminée
et d’un salaire dans la moyenne. Les fonctionnaires, à cet égard, sont des
super-privilégiés, ou des nantis. Pour la pensée ultra-libérale, la maladie
est la norme et la santé l’exception (malheureuse). Plutôt que de vacciner,
il faut i-no-cu-ler. Tout le monde malade ! Tout le monde au RMI ! Tout le
monde à la rue !

Pronom personnel : un des procédés stylistiques préférés de
Jean-Marc Sylvestre est de commencer ses phrases par : « qu’on le veuille ou
non ». Ce pronom [on] est trompeur, car la phrase vraiment pensée par JMS
est « que vous le veuillez ou non ». S’incluant dans les auditeurs par le
« on », il rend ce qui va suivre moins provocant à admettre puisque lui-même
s’y soumet (ex. : qu’on le veuille ou non, « les Allemands ont gagné la
guerre et il faut se soumettre aux conditions d’armistice »). Traduction en
langage de l’an 2000 : « la mondialisation est irrésistible et, qu’on le
veuille ou non, il faut se soumettre à ses conditions ».

Rationnel, Rationalité : tout ce qui est conforme aux
aspirations et aux priorités du pouvoir néo-libéral. Il est rationnel de :
promouvoir prioritairement les profits, de couper les budgets des
administrations, de faire primer les impératifs financiers sur les priorités
sociales. La rationalité s’oppose généralement au "c ur" qui, lui, est
encore à gauche, mais surtout nostalgique et... irrationnel [texte
aimablement proposé par Paul Laurendeau, du Canada].

Refondation sociale : cette expression est un oxymoron,
c’est-à-dire une figure de style reliant deux termes contradictoires (ex. :
obscure clarté, glace brûlante, feu glacé). En effet, le mot refondation
s’apparente, par son préfixe, à des mots tels que réaction, restauration,
retour, termes fort prisés des conservateurs. Cela jure bien évidemment avec
social, à l’opposé des préoccupations desdits conservateurs. Comment
concilier les deux termes ? En se souvenant que dans refondation, il y a
fondation, de la même racine que fonder, où l’on trouve aussi fondement. On
peut alors lire ainsi l’expression refondation sociale : le social, je me le
mets au fondement.

Réformes : mesures permettant aux riches de s’enrichir encore
plus au détriment des pauvres. Réforme de l’impôt (= baisse sur les tranches
élevées). Réforme de l’administration (= abolition du Code du Travail).
Réforme de l’école (= soumission des programmes aux chefs d’entreprise). Les
réformes sont toujours indispensables et trop tardives.

Retard : dans le domaine économique et social, s’entend d’un
niveau inférieur de la prospérité économique. Un pays où l’éventail des
revenus est resserré est un pays en retard. Un pays où les riches
s’enrichissent au détriment des pauvres est un pays en avance. Le retard se
dit aussi de l’absence de possession d’un certain nombre d’objets d’autant
plus précieux qu’ils sont inutiles, chers et ostentatoires : téléphone
portable, micro-ordinateur, Palm-Pilot. Le retard consiste à faire ses
courses au marché plutôt que par Internet et de se les faire livrer par des
grouillots (baptisés emplois de proximité).

Sacro-saint : employé ironiquement pour désigner une institution
vis-à-vis de laquelle on manifeste un respect exagéré (néanmoins pas aussi
fort que tabou, cf. ci-après). Se dit de la durée quotidienne ou
hebdomadaire du travail, des congés payés, du salaire minimum, de la
retraite par répartition. Ex de phrase : les ouvriers s’accrochent à leur
sacro-sainte pause déjeuner. Traduction : ils refusent de travailler 11
heures d’affilée pour saboter le repas de leur patron chez Lasserre.

Société civile : curieuse expression qui ne s’oppose ni aux
militaires, ni aux ecclésiastiques, mais au personnel politique (en gros,
les élus et l’appareil gouvernemental) censés être des parasites sans aucun
lien avec la société qui les nourrit. L’expression tend à dévaloriser toute
la politique pour ne voir de réalité que dans l’économie, et, pour être plus
concret, de promouvoir les entrepreneurs et les financiers.

Sous (dans des expressions comme sous-continent sud-américain) :
le sous signifie « subdivision de ». Et on pourrait parler, tout aussi
valablement, du sous-continent nord-américain. En fait, ce sous signifie « 
sous-développé », « sous-démocratique », « subordonné ».. Et cette notion
est insidieusement confortée par la représentation cartographique, qui place
l’Amérique latine sous l’Amérique anglophone. S’emploie aussi, avec la même
intention, pour parler de la péninsule indienne (Pakistan, Inde,
Bengla-Desh).

Surréaliste : dans le langage de Jean-Marc Sylvestre, tout ce
qui entre en contradiction avec la réalité, définie par les marchés et les
chefs d’entreprise. Sont donc surréalistes les 35 h, le SMIG, le droit de
regard des syndicats, le Code du Travail, la taxe Tobin, la volonté de
démantèlement des paradis fiscaux, etc. Pour Jean-Marc Sylvestre, Bernard
Thibault (secrétaire général de la C.G.T.) est le successeur de René
Magritte.

Tabou : chose absurde dont on a un respect exagéré et craintif.
Exemple, dans des peuples premiers, manger tel mets de la main gauche,
utiliser tel mot, se laver de telle façon. Le tabou est caractérisé par son
absurdité, son irrationalité. Il est tabou de dire qu’on veut supprimer le
S.M.I.G., la Sécurité Sociale, la retraite par répartition. Ne plus avoir de
tabou, c’est dire que les pauvres sont paresseux, incapables, moches,
méchants et contrefaits. Ne plus avoir de tabou, c’est se moucher dans la
nappe.

Théologie, théologiques : qui traite de Dieu et des questions
liées à la religion. Par extension, entendre débats byzantins, ergotant à
l’infini sur des points de détail à mille lieues de la vie réelle.. Se dit
de tous les points qui occupent la pensée des hommes politiques, journaux ou
syndicats français (en général de gauche) et portant sur la réduction de la
durée du travail, la redistribution des richesses, la protection des
salariés, la Sécurité sociale, etc.

Train de vie de l’Etat : suggère insidieusement que l’Etat
dilapide l’argent des contribuables (voir ce mot plus haut) dans des
dépenses somptuaires (chasses présidentielles, soupers fins, voitures de
fonction). En fait, ces chapitres de dépense, pour scandaleux qu’ils soient,
ne sont que broutilles. Vise en réalité les dépenses d’éducation, de santé
et de redistribution sociale, qui représentent une tout autre part des
dépenses publiques.

Utopique : Chimérique, illusoire, irréalisable : par exemple des
services publics efficaces, un Etat économe des deniers publics, un impôt
équitable. Prétendre réaliser l’utopie relèverait donc d’un manque de
réalisme rédhibitoire ou d’une perversion surréaliste (voir ce mot).
N’étaient-ce pas ces trublions de mai 68 qui demandaient : « soyez réalistes
 : exigez l’impossible » ? A présent que l’ère de la rationalité (voir ce
mot) et du pragmatisme (voir le mot pragmatique) est heureusement advenue,
on est enfin débarrassé de ces scories idéologiques (voir ce mot).. Il n’est
pourtant pas aussi assuré que l’on puisse ainsi congédier l’étymologie du
mot et son histoire, ignorer par exemple que « utopie » signifie
étymologiquement « d’aucun lieu », et que le mot a été créé, au XVIe siècle
par Thomas More, pour brosser le tableau d’une société idéale. Dire que ce
qui, aujourd’hui relève de l’utopie, ne trouvera jamais un commencement de
réalisation, relève alors de l’interprétation et d’une conclusion plutôt
hâtive, n’en déplaise à Jean-Marc Sylvestre et consorts. Il y a lieu de
conduire une réflexion sur le possible et l’impossible, sur les conditions
et la légitimité de leur détermination a priori, ce qui, certes oblige à
remettre en cause la définition consacrée par l’usage actuel, mais ouvre en
revanche sur une réflexion riche et féconde. Qui peut assurer que l’utopie
d’aujourd’hui ne nourrira pas la réalité de demain, et qu’il ne faut pas
« vouloir l’impossible pour réaliser tout le possible » ? [définition
aimablement proposée par Bernard Berthelot, professeur de philosophie].

Vaches sacrées : animaux étiques, sans viande ni lait, qui
vaquent paisiblement dans les rues indiennes, immobilisant par caprice toute
la circulation sans qu’on puisse les déloger sauf à se faire lyncher par
la population. Par extension, se dit des institutions archaïques (SMIG,
Sécurité Sociale, droit de grève, droit à la retraite, congés payés, droit
du travail), permettant aux ratés (pauvres, smicards, titulaires du RMI) de
narguer les décideurs en bloquant les bolides de l’économie, alors qu’il
serait si simple de les faire déguerpir à grands coups de pied dans le bas
du dos.

Vitesse : le néo-libéralisme traduit une perception et une
conception - du temps pour laquelle, plus que jamais, ce dernier est de
l’argent. On comprend que la vitesse y tienne une place essentielle : à elle
on associe liberté, progrès technique, aventure, puissance, pouvoir, sport,
compétition, jeunesse, santé, indépendance. Que dit-on pour louer quelqu’un
 ? Qu’il vit à 100 à l’heure, qu’il est battant, fonceur, qu’il passe la
surmultipliée, qu’il change de braquet, qu’il chausse ses chaussures à
crampons, qu’il est dynamique, toutes métaphores liées à la vitesse. Quels
termes reviennent le plus souvent dans les chroniques de Jean-Marc
Sylvestre ? TGV, turbo, super(carburant), Formule 1, booster, bolide,
autoroute, dopage, accélération. Tout un programme... Que prophétise Alain
Madelin ? « [Qu’à] l’avenir, ce ne seront pas les gros qui mangeront les
petits, ce seront les rapides qui mangeront les lents ». Par qui le Conseil
Constitutionnel a-t-il été saisi pour invalider la loi Gayssot sur le très
grand excès de vitesse ? Par Démocratie Libérale. Qu’est-ce que le livre de
Christian Gérondeau (président des Automobile-Clubs de France), intitulé
Candide au pays des libéraux, sinon un plaidoyer en faveur du
néo-libéralisme ? A quoi Pascal Salin (professeur d’économie néo-libéral)
consacre-t-il tout un chapitre de son livre Libéralisme ? A pourfendre les
limitations de vitesse. De quoi se réjouit Jacques Garello (collègue de
Salin, président de l’A.L.E.P.S. ; « boîte à pensée » ultra-libérale) ? De
l’annulation par la Cour de Cassation d’un jugement sanctionnant un excès de
vitesse. Comment s’appelle, en Suisse, un parti hostile aux limitations de
vitesse et favorable à l’ultra-libéralisme ? Le parti des automobilistes
[sic], etc.


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