La démocratie entre soupe et extase

, par  Alain Lecourieux

Q’est-ce la démocratie dans un monde globalisé ? Nous avons deux réponses l’une social-démocrate (les régulations), l’autre libérale (le marché capitaliste est démocratique). Toutes deux insatisfaisantes.
A quand une réponse émancipatrice ?

Qu’est-ce que la démocratie dans un monde marqué de plus en plus par la transcendance ? Nous avons là aussi deux réponses (en plus de celle - dérisoire - qui nie la réalité des menaces). La guerre contre le terrorisme et la réduction des inégalités. Toutes deux inadaptées.
A quand une véritable analyse qui dépasse la dimension strictement sociale (marxienne) et emprunte un peu à Max Weber ? A quand une promotion de la laïcité et une condamnation sans détour des "religions politiques" par une description minutieuse de leurs méfaits ?

On veut nous faire croire que la démocratie peut être imposée par le haut alors que toute l’histoire prouve le contraire. Il convient donc de s’intéresser au (manque de) désir de démocratie, à la forte "déliaison" de l’individu d’avec la société dans les "pays riches" et à la dérive oligarchique qui au mieux en résulte.

Max Weber dans Economie et Société distingue trois types de représentations (la représentation appropriée, la représentation libre et la représentation mandatée). Par ces distinctions qui ne peuvent être développées ici, il ouvre la voie à un renforcement du lien entre représentés et représentants. Mais il ne cache pas que la représentation a toujours une nature double : elle relie et sépare les représentés et les représentants... malgré qu’on en ait ! De plus, dans le meilleur des cas, le représentant défend l’unité (l’Etat). Pour lui, seul « l’un » peut gouverner ! C’est le retour de la "volonté générale", chère à Jean-Jacques Rousseau, mais c’est ce qui condamne la démocratie absolue (Baruch Spinoza) qui s’accommode fort mal de l’unité. C’est aussi un risque de dérive vers une conception identitaire de la représentation (Carl Schmitt).

Au total la démocratie absolue qui nie l’unité met en question le concept de souveraineté qui la requiert. Or la souveraineté est un fondement cardinal de la politique : pas de politique sans souveraineté.

A quand de nouvelles formes de représentations et/ou un "au-delà de la représentation" qui tentent de résoudre ces apories et de conjurer ces pathologies ? Ne faut-il pas voir, vouloir, vivre le mouvement altermondialiste comme l’essai d’un processus constituant ayant ce but ? Un mouvement qui voudrait conjuguer - enfin - liberté, égalité et fraternité dans la diversité ?

Coincée entre la propriété et les passions, rongée par le pain et les jeux, minée par le fétichisme de la marchandise, détruite par les élites bureaucratiques, rêvée entre soupe et extase, la démocratie n’est pas en crise.

Elle n’a jamais été. Elle n’est pas.

Alain Lecourieux

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