Le commerce intrafirme : Mais où est donc le libre-échange ?

, par  Alain Lecourieux

En marge de l’OMC et de Cancun,
Le commerce intrafirme :
Mais où est donc le libre-échange ?

Nous sommes en Espagne. Depuis 1976 Ford y produit son modèle Fiesta. Produire, c’est beaucoup dire. Assembler serait plus approprié. Pour s’en tenir aux approvisionnements de l’usine espagnole de Ford effectués depuis l’intérieur du groupe Ford… et en simplifiant beaucoup :

- les boîtes de vitesse viennent de Ford France ;
- les éléments de moteur, carrosserie, transmission et suspension de Ford Allemagne ;
- les instruments et carburateurs de Ford Royaume-Uni ;
- les roues et autres éléments de carrosserie de Ford Belgique.
L’usine espagnole de Ford exporte des Fiesta vers toutes les filiales européennes de Ford ainsi que des moteurs vers Ford Allemagne et Ford Royaume-Uni.
Le cas de Ford n’a rien de singulier. Toutes les entreprises multinationales font de même. Au total, un tiers du commerce industriel mondial est un commerce entre filiales d’une même multinationale.
En 1977 déjà, la part des exportations intrafirme dans le total des exportations des multinationales était de 45% pour les multinationales des Etats-Unis (Canada 39%, Suède 36%, Allemagne 35%, France 32%). Les raisons de cette division internationale du travail sont bien connues : réduction du coût du travail, recherche d’économie d’échelle, avantages donnés par les Etats aux investissements, avantages fiscaux.

Quels sont les caractéristiques de ce commerce intrafirme ?
C’est un commerce totalement administré par la multinationale. La concurrence et le marché disparaissent dans le huis clos de la multinationale. Ford Espagne n’a pas le choix de ses fournisseurs. Les prix facturés à l’usine espagnole par les autres filiales de Ford -les prix de transfert- sont fixés arbitrairement par le groupe Ford.
Autant dire que les prix de transfert sont déterminés de façon à maximiser le bénéfice global des multinationales en faisant apparaître le bénéfice là où l’impôt est le plus faible. Au-delà de cette considération les multinationales ont donc une large maîtrise de la valeur ajoutée qu’elle peuvent faire apparaître ou disparaître dans un pays en modifiant leurs prix de transfert, installant rente ici et pillage là-bas.
Un tiers du fameux libre-échange industriel appartient non pas au libre-échange mais à l’économie administrée par et pour les multinationales.

Alain Lecourieux 11 août 2003

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