Interview (presque imaginaire) de Condoleeza Rice à la Cité de la Musique

, par  Alain Lecourieux

A la suite de la visite à Paris le 8 février 2005 de Mme Condoleeza Rice, c’est avec plaisir que nous publions cette interview "presque imaginaire" qu’elle aurait pu donner à Alain Lecourieux.

Interview de Condoleeza Rice à la Cité de la Musique

Dépêche de l’AFP [1] 11 février 2005 - 11 h 30

Con dolcezza ou une main de fer dans un gant de velours

Alain Lecourieux : Madame Rice , vous honorez la Cité de la Musique de votre présence impromptue. C’est donc le moment de rappeler que vous êtes une remarquable pianiste et que votre prénom, Condoleeza, est la contraction de la nuance musicale, con dolcezza [avec douceur].

Condoleeza Rice : Oui. Con dolcezza ma non troppo ! [Avec douceur mais pas trop !]. D’abord une remarque générale en forme de conseil : il ne faut pas aborder la politique étrangère et militaire, à mon sens, du point de vue des instruments (l’alliance), mais bien uniquement du point de vue de l’exécution (la mission) : pour filer la métaphore, il faut être musicien avant d’être virtuose. Les musiciens ne confondent jamais la force et l’intensité. Un bon pianiste peut interpréter un pianissimo [nuance extrêmement douce] con fuoco [avec feu].

AL : Qu’entendez-vous par là ?

CR : Je veux dire par là que les caractéristiques propres aux instruments de politique étrangère ou militaire (sonorité, par exemple, touché, piqué, martelé, percuté, etc.) ne sont pas très importantes. D’ailleurs elles ne changent rien à la qualité de la politique elle-même, à sa structure, à son architecture, bref en un mot, à sa composition au sens strict. Or, c’est en compositeur que j’aborde la politique, et non pas en instrumentiste.

AL : Quelle est votre conception de l’œuvre de l’Amérique à laquelle vous concourez a piacere [à plaisir] ?

CR : Dans mon travail de secrétaire d’Etat, je cherche à mettre en lumière ma conception de la liberté, la structure interne et intime que j’y trouve. Si j’ose dire... riforzando ! [en renforçant !]. Je ne cherche pas à être une bonne exécutante, comme il faut.

AL : Quel va être votre jeu dans les suites d’Irak ?

CR : Les suites d’Irak sont un art de la fugue. Le jeu solo n’est plus de mise. Il faut passer au « quatre-mains » avec l’Union européenne. L’Amérique et moi sommes dans la nuance calando [en caressant] tandis que l’Union européenne - toujours tentée par le smorzando [en éteignant] et par le morendo [en mourant] - doit aller crescendo [en augmentant la force] con allegrezza [avec joie et allégresse].

AL : Allez-vous maintenir ce tempo vis-à-vis de l’Union européenne ?

CR : Tout dépend de l’état de ma réflexion et de ma sensibilité du moment. J’ai cinquante ans. Le temps est compté. George et moi irons accelerando [en accélérant] et strigendo [en serrant], avec une once de legato [lié]. Il ne faut pas entraver par des dissonances factices ce que souhaite le chef d’orchestre ! C’est lui qui a l’anima [âme], le spirito [esprit], la grazia [grâce] et le gusto [goût].

Alain Lecourieux

[1Agence Factice de Presse

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