Réponse de Denis Guiraud, prêtre ouvrier aux évêques de la COMECE : Non ! Messeigneurs

, par  attac92

NON ! MESSEIGNEURS

Evêques européens, comment pouvez-vous, dans l’arène, assis sur des gradins sécurisés et sécurisants, mettre en valeur les muletas colorées qu’agitent les toréadors libéraux pour attirer les taureaux, couverts de banderilles, genre Bolkestein, qui vous laissent sans voix ?

Ne vous abusez-vous pas vous-mêmes en pensant que "le préambule énonce le fait que ces valeurs dérivent de l’héritage religieux. Le traité constitutionnel tire son inspiration de traditions spécifiques qui ont formé l’Europe et donc, font implicitement référence au coeur de cette tradition, à savoir la chrétienté." ?

D’abord les valeurs fondamentales contenues dans les Constitutions de chacun des 15 Etats : la dignité humaine, la liberté, la démocratie, l’égalité, les droits de l’homme ne viennent pas directement de l’héritage religieux ou de la chrétienté, mais des principes de la Révolution Française de 1789, que l’Eglise a toujours combattus, jusqu’au Ralliement avec Léon XIII en 1892 et que les luttes ouvrières ont amélioré au fil des ans, malgré le soutien de l’Eglise aux possédants, juqu’à en faire un modèle social avancé avec le Programme national de la Résistance, modèle auquel aspirent tous les pauvres du monde. -
Ensuite "ces valeurs fondamentales font partie du droit de l’Union en tant que principes généraux" (Article I-9,3), ce qui "ne modifie pas les compétences de l’Union définies dans la Constitution" (Article I-9,2) et ainsi ces valeurs sont contredites dans ce Traité, dit "Constitutionnel", par la seule valeur à laquelle toutes les autres sont subordonnées et que vous citez (Article I-3) :"un marché intérieur où la concurrence est libre et non faussée" ainsi qu’une "économie sociale de marché hautement compétitive qui tend au plein emploi et au progrès social Remarquez` que le plein emploi et le progrès social ne dépendent plus des Etats, mais de la seule économie de marché (Article III-177,1 et 178 et 209).

D’ailleurs vous notez justement, avec regret, que "le traité constitutionnel ne relie pas ces deux aspects de la vie humaine : liberté personnelle et communauté sociale" et vous avez raison.

Ajoutons à l’intention du Conseil des Eglises chrétiennes en France que s’il est vrai que"les pays nouvellement entrés dans l’Union aspirent tout naturellement à cette paix, cette prospérité et ce modèle social", il n’est pas vrai que "l’Europe se trouve devant le défi d’assurer le bien-être de tous ses habitants en contribuant à la paix et au développement dans le reste du monde". Il n’est pas vrai que "cette solidarité vécue à l’intérieur et vers l’extérieur est l’âme de l’Union Européenne". Cela n’est affirmé nulle part et toutes les dispositions prouvent le contraire : l’âme de l’Europe, c’est la concurrence non faussée. (Article III-209 et 314 et 315,1).

" La qualité du Traité Constitutionnel se révèlera lors de son application", dites vous ? Non ! sa nocivité : Oui ! Ne sera-t-il pas alors trop tard ? car toutes les directives émanent de la Commission (Article I-26) pilotée par les lobbys internationaux qui ont pignon sur rue à Bruxelles et qui mettent en oeuvre, dans tous les continents, les politiques de l’OMC avec l’AGCS et auxquelles personne ne pourra s’opposer légalement : ni le Parlement, ni les citoyens, même organisés :

- Certes le Parlement passe de 32 domaines à 80 sur lesquels il pourra intervenir, non pour proposer ou voter des lois, mais pour donner un avis ou voter contre en 1° lecture et ne pouvoir rien faire en 2° lecture : il en est ainsi pour la directive portuaire en attente de 2° lecture ; il va en être de même pour la directive Bolkestein, celle sur la durée du travail et toutes celles en préparation.

- Les citoyens pourront faire des pétitions, non contraires aux articles du Traité, mais sans recours pour les faire aboutir et sans pouvoir sanctionner la Commission puiqu’elle n’est pas élue mais désignée (Article I-47).

Voilà pourquoi, messeigneurs, contrairement à ce que vous écrivez, il ne sera pas possible de "contribuer à l’amendement ultérieur du texte", d’autant que la règle de l’unanimité des 25 Etats, et bientôt des 27, sera requise (Article IV-443...)

Vous parlez de la création d’un ministère des Affaires Etrangères de l’Union : qu’aura-t-il à faire, lui qui déjà en place sans ce titre, n’arrive pas à coordonner les politiques de chaque Etat si étrangères déjà les unes aux autres. Par contre, vous ne parlez pas des augmentations des budgets de guerre exigées, ni de la soumission aux objectifs de l’Otan et donc des Etats-Unis. (Article I-41, 2 et 7).Vous ne parlez pas du rôle central d’une Banque européenne sans contrôle (Article I-30,2 et 3), ni d’une Cour de Justice dont les arrêts font jurisprudence, en référence à la Constitution et ses Annexes, contredisant souvent nombre d’articles (Article I-29,1)

Vous ne parlez pas surtout des Services Publics, pour lesquels une Loi-Cadre est demandée depuis fort longtemps mais jamais mise en chantier, et pour cause : ils ne pourraient pas être mangés par "les services économiques d’intérêt général", n’existant que si un Privé ne peut pas les prendre et toujours soumis à la concurrence (Article II-96 + III-122 + III-166, 2) Nous avons déjà parlé du dumping social qui va tirer vers le bas tous les pays, démolir la solidarité qui était le fleuron des pays plus avancés et qu’on démolit chaque jour un peu plus.

Ce sont là quelques points qui méritent toute notre attention ...il en est d’autres qui mériteraient aussi d’être signalés.

Avez-vous pensé que ce n’est pas l’Institution chrétienne que le Traité démolit ainsi, mais l’esprit évangélique lui-même, porté, non pas par les seuls chrétiens mais par tous les hommes de bonne volonté qui luttent pour un monde plus juste et plus humain, qui mettent la dignité de l’homme au centre de leur combat et non le Mammon qu’érige ce Traité démoniaque à la suite de ceux intégrés dans le Titre III. Allez vous élever un mur plus haut que celui dont parlait le Cardinal Suhard entre l’Eglise et la classe ouvrière ? entre l’Eglise et la socièté altermondialiste qui se bat pour un monde autre que celui de la Finance et du Pouvoir ?

Recevez, Messeigneurs, l’hommage d’un fils engagé au service du monde et du Royaume de Celui qui est mort et ressuscité pour servir ses frères.

Denis Guiraud, prêtre-ouvrier en retraite

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