Vers une éthique du pétrole ?

, par  attac92

Vers une éthique du pétrole ?

Journées du fonds Ricœur (Organisées par l’Auditoire, espace culturel protestant, 83 boulevard Arago/75014 Paris, site Internet : www.auditoire-protestant.com)
Lundi 10 octobre 2005
(notes prises par Jean-Paul Allétru)

Jacques Varet, géologue, Direction de la prospective, BRGM

Le pétrole : difficulté de sortir de cette sorte de drogue. La question de l’épuisement des réserves - pourtant inéluctable- est niée par les milieux pétroliers.
Nous venons de franchir un cap : l’humanité est désormais capable de déplacer autant de matière solide que l’érosion naturelle. 9 milliards de tonnes pour les graviers...
Le climat est stable depuis 20 millions d’années. Des mammifères ont pu se développer. Il y a eu des disparitions massives d’espèces dans les périodes de rupture.
L’homme est apparu il y a un million d’années (maintenant on considère qu’il est apparu il y a 4 millions d’années). Il a longtemps vécu de cueillette, de pêche. Puis agriculture. Rupture depuis 1850 : utilisation des fossiles, déstockage massif, exploitation économique. Pas de vision globale avant les années 1970. [ note JPA : je me demande si Aldous Huxley, dans Contrepoint, 1928, que j’ai lu il y a longtemps, n’aborde pas déjà -trop en avance sur son temps- la question de la finitude des ressources fossiles].
Quelle échelle temporelle ? 400 millions d’années, début de l’accumulation des hydrocarbures ; 4 millions d’années, apparition de l’homme ; 2000 ans, christianisme ; 20 ans , limite des raisonnemen,ts économiques ; 5 ans, échéances pour les élus.
On ne sait plus de dégager de la croissance exponentielle. On confond développement et croissance. Capitalisme et socialisme se sont tous deux développés dans une perspective de croissance illimitée. Croissance des déchets, épuisement des ressources.
En 2100, la température moyenne sur la planète aura augmenté entre 2° (si on fait beaucoup), et 6°C. Il y a là-dessus accord général (y compris des Américains). Avec des variations selon les endroits de la planète : à certains endroits, 0°, à d’autres, 14 °. Intolérable pour une grande partie de la faune et de la flore.
4°, c’est déjà intolérable. Montée de la fréquence des phénomènes extrêmes.
Les pertes économiques consécutives à des catastrophes naturelles doublent tous les dix ans.
L’Afrique souffre d’un déficit en eau dès 2025.
Les pays du Sud paient l’essentiel de la note.
Les limites des ressources fossiles ne sauveront pas le climat : le gros de la croissance viendra du charbon...

Au fur et à mesure que le pétrole conventionnel s’épuisera, le pétrole non conventionnel (disponible surtout en Amérique, du Nord et du Sud) prendra le relais : cela fait reculer le peak-oil.

On peut, il faut, réduire les émissions (économies d’énergie, développement des énergies renouvelables, nucléaire, stockage du CO2, ...).
Mais il est difficile de mettre en œuvre ces mutations : cela concerne les Etats, les entreprises, les infrastructures... L’exercice doit être mené au niveau individuel, local, régional, national, global.
On a besoin d’informations. Or, pour les ressources sur le pétrole, on n’a pas l’équivalent du consensus sur le changement climatique.

Yves Cochet, ancien ministre

La fin du pétrole bon marché. Que faire ?
Le pic de Hubbert (date à partir de laquelle la production commence à décroître ) est déjà dépassé pour le pétrole conventionnel, imminent pour le total des hydrocarbures liquides. Controversé : certains disent 2015, 2040...
Pour le total avec le gaz, on décale de quelques années.
ASPO association for the study of peak-oil and gas. Jean Laherrere, géologue, 40 ans chez Total.
Sables asphaltiques : il faut autant d’énergie pour en extraire le pétrole que ce qu’on en retire... Même chose pour l’hydrogène ou les biocarburants.

Selon les menteurs ou aveugles de l’Agence internationale de l’Energie (organe autonome de l’OCDE), la demande mondiale en énergie va passer de 10 345 millions de tonnes -équivalent pétrole (Mtep) en 2002 à 12 194 en 2010, et 16 847 en 2030 (+ 1,70% par an), dont, pour le pétrole seul, de 3 604 millions de tonnes en 2002, à 4 772 en 2010, et 5769 en 2030 (YC : « je suis convaincu que ça n’arrivera pas »).

En 2000, les transports représentaient 55 % de la consommation de pétrole (64 % en 2030, selon l’AIE), l’industrie, 19 %, la production d’électricité 10 % (YC : « à éliminer, ainsi que les chaudières au fuel ») .

La demande va croître, mais l’offre ne pourra pas suivre. Le pétrole va devenir un peu plus rare, beaucoup plus cher (« on regrettera dans un an le pétrole à 65 $ le baril »).
Il s’agit là de la plus grande épreuve qu’ait jamais eu à affronter l’humanité. Dans les vingt prochaines années.

Tout le monde ment sur les réserves. L’Irak déclarait en 1981 32 milliards de baril , puis en 1982, 59 milliards de baril, sans que dans l’intervalle il y ait eu aucune nouvelle découverte.... De même, le Koweït, en 1983, 67 milliards de baril, en 1984, 93 ; l’Arabie Saoudite, en 1987, 170 milliards de baril, en 1988, 255. Tous les chiffres sont faux !

Le pétrole connaît en même temps trois chocs : géologique (épuisement inéluctable des réserves) ; économique (demande supérieure à l’offre) ; et géopolitique (70 % du pétrole mondial -et en plus à bas coût d’extraction- se trouve en Asie Centrale et au Golfe persique. Observons ce qui se passe autour de la Mer Caspienne. BP est à Bakou depuis 1905°. En Arabie Saoudite, l’ARAMCO fait un chiffre d’affaires annuel de 1000 milliards de dollars.

La situation actuelle est très différente des chocs de 1973 et 1979, qui étaient des chocs politiques. L’OPEP a tenté par deux fois de fixer le cours mondial du pétrole (à l’occasion de la guerre du Khippour, puis de la chute du schah d’Iran).

Nous allons vivre la fin du monde tel que nous le connaissons.

Pendant 150 ans, le prix du pétrole était 15 $ le baril (en $ d’aujourd’hui). En 1981, 60 $ pendant quelques mois, quelques années.

Aveuglement des politiques : le budget 2005 préparé par Sarkozy l’a été sur la base d’un pétrole 36 $ le baril (nous en sommes à plus de 60 ! )

Le transport : on a longtemps promis : plus vite, plus loin, plus souvent, moins cher. Ce sera : moins vite, moins loin, moins souvent, et plus cher. L’A380, inauguré triomphalement il y a six mois, sera un four.
La France est le premier pays touristique du monde. 75 millions d’étrangers viennent en France chaque année. Que se passe-t-il si en 2010, il n’y en a plus que 50 millions ? Chômage dans la restauration, l’hôtellerie...
Personne n’y échappera, tous les secteurs seront touchés.
La mondialisation va se démondialiser. En 2010, le transport va devenir plus cher (et plus dangereux).

L’urbanisme a une grande inertie. Si la population est concentrée dans des zones à forte densité, la consommation de pétrole est plus faible. Si les banlieues sont très étalées (comme aux Etats-Unis), c’est le contraire. « L’Amérique est foutue ».

L’alimentation : on mange en toutes saisons, en provenance de tous les continents, toutes viandes. On va devoir manger plus saisonnier, plus local, plus végétal (1kg de bifteck, c’est 7 litres de pétrole).

Que faire ? Elaborer des projets alter. Seule solution : la sobriété ((décroissance réelle de notre consommation d epétrole dans les pays de l’OCDE).
On est dans le compte à rebours.
Relocalisation économique et protectionnisme.
Planification concentrée et rationnement.

« Le débat européen est peu important pour moi. La laïcité, le voile islamique, n’ont aucune importance pour moi ».
2010-2020, ce sera la fin de la croissance, de l’aviation civile commerciale de masse, du capitalisme, de l’Union européenne.

« Ce qui me distingue des tenants de la décroissance ? Ils croient à des changements graduels. Or, il est trop tard pour changer au point qu’il n’y ait pas de malheur. On ne peut qu’alléger certaines souffrances ».

Olivier Abel

Question que l’on doit se poser : l’éthique que je défend est-elle généralisable ? soutenable durablement ?
Il y a disproportion entre le mal subi et le mal agi (Eichmann était un être banal, et c’est bien ce qui est effrayant).
L’Empire romain s’est écroulé lorsqu’il n’y eut plus de victoires.
De même, le monde dans lequel nous vivons vacille sur ses bases s’il n’y a plus de croissance.

Nous atteignons la limite de l’intelligence. On n’a rien préparé pour après (le pétrole) :
Le nucléaire ? pas généralisable, il faudrait des conditions sûres pendant des siècles.
La fusion nucléaire ? Elle arrivera trop tard : 2080 ?
Les nano-technologies ? pas avant la fin du siècle .
La biomasse ? En concurrence avec la nourriture.
D’habitude, les solutions techniques sont plus convaincantes que les solutions éthiques. Mais là, pas moyen de faire la soudure.

Comment changer l’image de la vie bonne ? Changer les promesses ?

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