Le Télégramme : Le combat de Danielle Mitterrand

, par  attac92clamart , popularité : 44%

Eau. Le combat de Danielle Mitterrand

 

 

  « De l’eau, potable et gratuite, pour tous » est devenue la priorité de la fondation France Libertés, que préside Danielle Mitterrand. Hier soir, devant quelque 150personnes, elle a dénoncé le « modèle français » et prôné un retour à une gestion publique.

 

  Vous avez créé la fondation France Libertés, en 1986, pour défendre les droits de l’homme. L’eau est devenue aujourd’hui le premier cheval de bataille de cette ONG reconnue d’utilité publique. Pourquoi ?

  Parce que sans eau, il n’y a pas de vie. L’accès à l’eau potable pour tous n’est pas un droit, c’est un préalable. Comment voulez-vous défendre les droits de l’homme si tout le monde meurt ! J’ai reçu énormément de témoignages de gens s’inquiétant pour l’avenir de l’eau qui se pollue de plus en plus, s’inquiétant aussi d’un manque de programme véritable alors que c’est un enjeu majeur. Chaque jour, 34.000 personnes meurent parce qu’elles n’ont pas accès à l’eau potable. Chaque année en France, on recense 500.000 coupures d’eau pour non-paiement… C’est criminel. Nous avons donc pris le sujet à bras-le-corps, étudié la politique de l’eau à travers le monde, mené une véritable réflexion et construit un argumentaire sur un choix de société basé sur autre chose que les revenus et le profit. La mondialisation prive ceux qui n’ont pas d’argent. Nous nous battons pour que les vivants puissent continuer à occuper la planète.

  

  Vous dressez un tableau très pessimiste ?

  C’est un constat : l’eau doit sortir des arcanes de l’Organisation mondiale du commerce. C’est un don de la nature, chacun doit y avoir accès au même titre et au même niveau, où qu’il soit dans le monde. Les États doivent inscrire l’accès à l’eau dans la Constitution pour freiner cette politique économique mondiale uniquement dictée par une logique de rentabilité.

  

  Que dire du modèle public-privé français de la distribution de l’eau ?

  

  En délégant, les pouvoirs publics se sont éloignés des vrais problèmes, alors qu’ils en gardent la responsabilité pleine et entière. L’eau n’est pas une marchandise. Elle doit être gérée par les seuls pouvoirs publics dans l’intérêt général. L’eau est le patrimoine commun de l’humanité et un service public fondamental. Il faut résister aux lobbies tout-puissants qui nous mentent, faire front contre cette politique entrepreneuriale des multinationales. La France n’est pas un modèle. Et on peut faire autrement, ce n’est pas une utopie : la gestion de l’eau est une affaire publique à 85% aux États-Unis, à100% en Suisse, en Allemagne… À 15% seulement chez nous.

  

  Vous dénoncez le manque de transparence des multinationales et parlez même de corruption ?

  Bien sûr. Là où il y a partenariat public-privé, la facture d’eau est très souvent plus élevée que dans les communes qui gèrent directement. Et la qualité du service n’est pas meilleure, loin de là, car l’entretien des réseaux n’est pas la priorité des multinationales. Et nous avons de nombreux exemples de surfacturations. À Brest, en 2006, par exemple, nous avons constaté que l’agence Veolia imputait plus de salaires qu’elle n’employait d’agents. Et ça, c’est monnaie courante. Que dire de la communauté urbaine de Lille, où un sérieux déficit a été pointé du doigt par la Chambre régionale des comptes ?

  

  Depuis 2002, date de création du mouvement des porteurs d’eau, autrement dit de messagers délivrant votre discours, votre fondation organise près de 110 débats sur l’eau par an. Avez-vous le sentiment d’être entendue ?

  

  On part de loin… Mais on sent une nette évolution depuis deux ans, le discours fait aujourd’hui écho. Je ne sais pas si on nous entend toujours, mais on nous écoute. Plusieurs grandes villes sont revenues à une régie directe, à l’issue du contrat dit d’affermage où ils avaient délégué cette compétence à une entreprise privée. Certaines collectivités prennent des initiatives et tentent des expériences de gratuité qui prouvent qu’on peut faire autrement. Ce n’est pas ma modeste fondation qui va ébranler le colosse… Mais le colosse est agacé. Et cette évolution des mentalités a, du coup, des répercussions sur le comportement de multinationales, qui baissent leur prix quand elles sentent une réelle menace d’un retour en régie possible là où elles étaient omniprésentes. Le record est détenu par Anglet où, pour conserver le marché, le groupe privé a baissé son prix de l’eau de 61% et celui des abonnements de20%… Nous avons beaucoup de grain à moudre mais on avance. La campagne de sensibilisation que nous menons est une démarche à long terme.

  

  Brest devra décider de son futur mode de gestion de l’eau d’ici la fin de l’année, mais on a l’impression que le sujet ne mobilise pas les foules ?

  

  Beaucoup de gens ne réalisent pas qu’ils se font arnaquer. Souvent, dans les copropriétés, l’eau est annexée aux charges. Les locataires n’ont donc pas de facture d’eau et ne savent pas combien ils déboursent réellement pour ce service.

  

  Avez-vous rencontré François Cuillandre, maire de Brest et président de BMO ?

  Je l’ai vu brièvement lors de ma venue, en 2006, mais il y a des choses qu’il ne veut pas entendre, je crois. Le Collectif eau publique Brest-BMO l’a invité au débat, ce soir. Il n’a pas répondu…

  • Propos recueillis par Sarah Morio

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