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(Le Patriote 19/07/2004)- Chaque jour, selon les dernières estimations de la FAO, 842 millions d’êtres humains n’ont pas assez à manger. Au cours des trente prochaines années, la planète aura besoin de nourrir plus de deux milliards de personnes supplémentaires. L’Afrique est au cœur de ces enjeux humains. D’où l’importance du débat sur les organismes génétiquement modifiés (OGM). Pour sa part, la FAO fait le point dans son récent rapport sur « La situation mondiale de l’alimentation et de l’Agriculture 2003-2004 ». L’organisation mondiale s’y fait l’échos des arguments en faveur des biotechnologies : possibilité d’accroître la disponibilité et la variété des aliments, d’augmenter la productivité agricole, de réduire le recours aux pesticides toxiques etc. Mais, elle note que d’importantes questions d’équité subsistent. La « Révolution génétique » est principalement le fruit des efforts du secteur privé. Ce qui posera le problème de son accessibilité pour les plus pauvres à cause des nombreux brevets détenus par les multinationales. Par ailleurs, la recherche s’intéresse très peu aux cultures qui constituent la base de l’alimentation pour les populations africaines (mil, sorgho...). Selon la FAO, même les cultures vivrières de base des pauvres (blé, riz, maïs blanc, pomme de terre et manioc) sont négligées. Le débat sur les OGM se résume donc pour l’Afrique à s’approprier les biotechnologies et à les orienter en priorité vers la satisfaction des besoins alimentaires de ses populations. Une bataille loin d’être gagnée d’avance.
Kesy B Jacob

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OGM : Américains et Européens se disputent l’Afrique

(Le Patriote 19/07/2004)

Longtemps « ignorée » dans les grands débats sur la mondialisation, l’Afrique
commence à devenir un théâtre important des luttes d’intérêts autour des OGM (organismes génétiquement modifiés). A quel prix ?

Août 2002. La famine menace l’Afrique Australe. Selon le PAM (Programme Alimentaire Mondial), 7 millions de personnes ont un besoin urgent de nourriture. Avant la fin de l’année, ce chiffre pourrait doubler. Malgré ce scandale humanitaire annoncé, le Mozambique, la Zambie, le Zimbabwé, opposent un refus bruyant à l’aide alimentaire internationale. Motif : cette aide est constituée de maïs transgénique (génétiquement modifié) made in USA. Côté africain, l’on insiste sur l’impact possible de ce maïs sur la santé de la population et les cultures locales. Pour l’OMS (Organisation mondiale de la Santé), le maïs américain ne présente aucun risque pour la santé. Mais le sujet continue d’animer tout de même l’actualité pendant des jours, avant que les pays concerné ne lèvent leur interdiction.
Il faut, toutefois, noter que la plupart des pays d’Afrique Australe recevaient du maïs américain depuis plusieurs années. L’on ne peut donc que s’interroger face à ce soudain raidissement.

L’Afrique affamée dit non aux OGM

Certains indices sont révélateurs. Le « non » des pays affamés au maïs transgenique américain a eu un écho favorable du côté de l’Europe et des « anti-OGM ». « Les Etats-Unis exploitent les pays les plus pauvres en les forçant à accepter des OGM ou à mourir de faim, et ils font cela pour servir leurs propres intérêts », a déclaré la vice-présidente de l’Alliance libre européenne (EFA) soutenue par les « Verts » européens. L’Union Européenne avait, par ailleurs, refusé de chercher à convaincre la Zambie d’accepter l’aide alimentaire, ainsi que le lui avaient demandé les Etats-Unis.
La presse anti-OGM s’est réjouie de ce que « l’Afrique affamée » refuse les OGM par maïs américain interposé.
Il est alors apparu clairement que les pays africains n’étaient pas insensibles aux arguments sanitaires et sécuritaires développés par les anti-OGM, menés par l’Union Européenne. Mais, il était en même temps évident que dans cette opposition entre Américains et Européens, l’Afrique n’avait pas tous les éléments de réponse en main. L’ignorance le disputait à l’incapacité à appréhender les vrais enjeux des OGM et à décider en fonction des intérêts des populations du continent.
Les Américains n’ont pas mis longtemps à comprendre qu’il fallait prendre les choses en main.

L’offensive américaine en Afrique

« Garantir la sécurité alimentaire et nutritionnelle en Afrique d’ici 2020 ». C’est autour de cette vision que s’articulent les actions américaines sur le continent.
La conférence Afrique 2020, tenue en avril 2004 à Kampala (Ouganda), a permis aux Etats-Unis de tracer avec les pays africains, les grands axes de leur coopération future dans le domaine de la sécurité alimentaire. Les partenariats y figurent en bonne place. La mobilisation des « sciences et technologies modernes pour résoudre les problèmes alimentaires et nutritionnels » n’est qu’effleurée. Mais, on devine nettement son importance.
Les Etats-Unis abordent une étape supérieure de leur offensive en s’attaquant à l’Afrique de l’Ouest au mois de juin 2004. Cette fois, c’est le Burkina Faso, un pays francophone, qui leur déroule le tapis rouge. La conférence ministérielle de Ouagadougou, organisée sur le thème : « Maîtriser la science et la technologie en vue d’accroître la productivité agricole en Afrique : Perspectives Ouest-Africaines », offre aux Américains l’opportunité de vanter les mérites de la biotechnologie.
La rencontre est parrainée par le Département de l’Agriculture des Etats-Unis (USDA), l’Agence Américaine pour le Développement International (USAID). Quatre chefs d’Etats de la sous-région y sont présents. Les travaux portent sur l’utilisation de la biotechnologie pour accroître les rendements des cultures de base et cultures à forts rapports économiques (le coton par exemple).
Fait notable :Le Département de l’Agriculture des Etats-Unis signe avec la Fondation Africaine des Technologies Agricoles (AATF) un accord de partage et de dissémination des technologies agricoles pour améliorer les systèmes de production, accroître la sécurité alimentaire, réduire la pauvreté... En termes plus précis, il s’agit d’un accord de collaboration sur les OGM. L’AATF est un partenariat entre secteurs public et privé pour la sécurité alimentaire et la réduction de la pauvreté.

Riposte européenne

La conférence ministérielle de Ouagadougou est d’autant plus significative que le pays hôte mène actuellement des essais sur le coton transgénique avec l’aide de la multinationale américaine Monsato.
Cet activisme américain ne pouvait laisser l’Europe indifférente. D’autant plus qu’après l’échec de Cancun, les pays Africains qui ont bloqué les négociations avec la question des subventions aux producteurs de coton européen et américain, revendiquent désormais un rôle à part entière au sein de l’OMC (Organisation Mondiale du Commerce). La réaction européenne se traduit par des négociations tous azimut sur la « guerre du coton ».
Après une première réunion tenue à Cotonou (Bénin) en mars 2004, l’Union Européenne convie la filière coton africaine à Paris début juillet.
« L’UE se dit prête à nouer un partenariat avec les ACP. Mais, aucune initiative concrète n’est sortie de Paris », commente une source proche des discussions. « Je crois que les pays développés sont gênés sur le problème des subventions. Car, le coton est l’un des rares secteurs où les Africains sont compétitifs. Et les subventions sont contraires aux règles de l’OMC », ajoute-t-il. De fait, les Européens ont tout juste promis une aide aux pays africains producteurs de coton au cas où ils élaboreraient une stratégie de développement. Pour certains observateurs, l’UE cherche tout simplement à gagner du temps alors que les problèmes du coton africain sont eux d’une urgence vitale pour des millions de planteurs. D’ailleurs, certaines sources révèlent que les Européens demandent tout simplement aux pays africains d’abandonner leurs revendications relatives à la suppression des subventions contre une aide financière. « Toutes ces manœuvres s’inscrivent en droite ligne dans la perspective des batailles futures au sein de l’OMC. Chaque camp aura des intérêts à défendre. Chaque grand bloc cherche donc à s’attirer les faveurs de l’Afrique. L’UE sait qu’elle a une longueur de retard sur les Américains sur la question des OGM. D’où l’intérêt de sceller un pacte avec les ACP pour résister à la puissance américaine », analyse un spécialiste du commerce mondial.

Kesy B. Jacob

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