Attac Nîmes

Accueil du site > Actualités > Lettre ouverte aux adhérent[e]s de la part des trois vice-présidents d’Attac,

Francois Dufour, Susan George, Gus Massiah

La campagne référendaire a été marquée par un intense engagement des structures, comités locaux et adhérents d’Attac. De l’avis général, notre mouvement et ses militants ont pesé dans le résultat, grâce à l’énergie de tous, à la confiance et à la crédibilité accumulées au cours de ces sept années d’éducation populaire et d’action. Mais la lutte pour promouvoir des alternatives au néolibéralisme ne fait que commencer.

Nous souhaitons mettre Attac en situation de mieux faire face, avec toutes les composantes d’Attac (adhérents, comités locaux, conseil scientifique, membres fondateurs, etc.) aux défis que rencontre le mouvement altermondialiste. Pour ce faire, nous estimons, au regard du mode de fonctionnement de ces trois dernières années, que des changements sont nécessaires. Notre association a besoin d’une plus grande démocratie effective, d’un plus grand respect de sa diversité et d’une meilleure articulation dans le mouvement altermondialiste.

Nous souhaitons, en vue de la prochaine assemblée générale de décembre 2005, contribuer à clarifier, de notre point de vue, les enjeux qui font aujourd’hui débat dans Attac.

Restaurer le respect mutuel et la collégialité de la direction d’Attac

Nous ne pouvons nous satisfaire des méthodes actuelles de travail de la direction de notre association. Nous avions, en septembre 2004, signé un texte avec des membres fondateurs et des élus du Conseil d’administration (CA), dont la majorité des élus « membres actifs », dans lequel nous alertions l’association sur ces problèmes (http://www.france.attac.org/a3549). Force est de constater que la situation ne s’est pas améliorée depuis.

Au cours de ces trois années, nous avons tenté en vain, dans le cadre du fonctionnement au consensus auquel nous sommes attachés, de préconiser des comportements et des méthodes différents. La direction effective de notre association se résume aujourd’hui de facto à trois personnes : le Président, la Secrétaire générale et le Président d’honneur, comme ce dernier l’a d’ailleurs reconnu. Des décisions, prises avec l’assentiment de tous ou du plus grand nombre des membres du CA ou du Bureau, sont dans la pratique, remises en cause. Des positions engageant l’association ont été prises et rendues publiques, dans la presse et sans consultation. Le Conseil scientifique, considéré comme trop indépendant, a été l’objet de pressions visant à entraver son activité. Des militant(e)s ont été écarté(e)s ou découragé(e)s de participer à Attac parce que jugé(e)s « dérangeant(e)s". La diversité de l’association est régulièrement remise en cause et considérée comme un obstacle au renforcement de notre association. Trop d’attitudes autoritaires, ont abouti à une multiplication des conflits, la direction étant persuadée d’être détentrice de la vérité.

Nous estimons aujourd’hui nécessaire de rompre avec ces pratiques. La présidentialisation de l’association est aux antipodes des valeurs démocratiques que nous défendons. Le retour à des normes de fonctionnement collectif et à une véritable collégialité dans les instances de l’association est une condition pour que les conflits s’apaisent, qu’Attac retrouve sa sérénité et accentue son dynamisme.

Au delà des méthodes, c’est la conception même du rôle de notre association qui est en jeu. De par sa diversité, ses thématiques, ses capacités d’analyse et d’initiative, Attac joue un rôle vital dans le mouvement social et altermondialiste. Notre association l’a encore une fois démontré à l’occasion de la campagne référendaire. Attac est dans son rôle quand elle permet le rassemblement le plus large et facilite la construction de convergences. C’est en renforçant un mouvement qui la dépasse qu’Attac joue le mieux son rôle et renforce sa légitimité. C’est ce qu’ont fait la plupart des comités locaux en s’intégrant dans la dynamique unitaire qui a été un facteur décisif de la victoire du non, sans suivre ceux qui, au niveau national, ont minoré les initiatives unitaires, craignant pour l’identité d’Attac.

Il est normal et sain qu’existe dans notre association un débat sur les différentes conceptions d’Attac. Ces différentes conceptions ne sont pas forcément antagoniques. Rien ne serait plus dangereux que de forcer le débat pour arriver à deux orientations contradictoires alors que sur de très nombreuses questions les positions les plus diverses existent et ne font pas système. Il s’agit de réunir les conditions pour créer un espace qui permette une confrontation réelle et la constructoin d’un projet commun à partir de la diversité de l’association. Les méthodes de direction peuvent faciliter ou au contraire rendre plus difficile cette démarche. C’est ce qui fait de la question de l’organisation et de la direction d’Attac un enjeu politique majeur. C’est ce qui fonde notre critique de la direction actuelle alors même que nous sommes tous d’accord pour qu’Attac continue de jouer le rôle moteur qui est aujourd’hui le sien.

Relancer une nouvelle dynamique pour l’association

Notre association trouvera une nouvelle dynamique en s’inscrivant dans le mouvement social et altermondialiste, contribuant ainsi, avec sa spécificité, à franchir le palier qui freine l’expression de ce mouvement et sa capacité à obtenir des victoires concrètes, points d’appui pour une véritable transformation sociale. Notre association a, depuis peu, progressé dans la coordination des Attac d’Europe et même avec les Attac du monde. Il nous faut travailler davantage pour remplir toutes nos responsabilités dans le mouvement altermondialiste. Il nous faut rendre possible, par le débat et par la volonté de dépasser les divergences immédiates, la construction des convergences et des alliances, en France avec le mouvement social et citoyen, en Europe et dans le monde au sein du mouvement altermondialiste.

Dans le texte de septembre 2004 évoqué plus haut étaient énoncés les trois axes principaux du projet d’Attac : déconstruire l’idéologie néolibérale, élaborer des alternatives, construire les rapports de force pour imposer des orientations nouvelles. Ce projet pour Attac nous semble garder toute sa pertinence.

Nous précisions alors six conditions pour la mise en œuvre d’une “ nouvelle dynamique ” : affermir notre identité de mouvement d’éducation populaire tourné vers l’action ; préserver la diversité du mouvement et renforcer sa capacité de rassemblement, richesses essentielles de l’association ; changer radicalement le style de direction pour l’inscrire dans un processus de démocratie participative ; favoriser la construction de convergences entre toutes les forces du mouvement altermondialiste ; aider celui-ci à se doter de propositions alternatives clairement identifiées et de stratégies d’action efficaces ; préserver Attac de toute instrumentalisation pour telle ou telle opération politique, qui risquent d’ailleurs de se multiplier dans la période qui nous sépare des prochaines élections nationales. Cette dernière exigence est d’autant plus impérieuse que l’association doit, sans complexe, se confronter aux partis politiques pour peser sur le contenu des politiques proposées à nos concitoyens. C’est pourquoi il nous paraît nécessaire de relancer la discussion sur la nouvelle dynamique

Renforcer le rôle des élus “ membres actifs ” et des Comités locaux dans la direction de l’association

L’originalité et la force d’Attac tiennent à sa capacité d’articuler des composantes de nature différente, des associations et des organisations membres fondatrices, des adhérents directs et des comités locaux. C’est la combinaison de ces composantes qui construit la légitimité d’Attac. Opposer les fondateurs aux adhérents, ou les comités locaux aux adhérents c’est prendre le risque majeur de l’affaiblissement d’Attac, surtout quand des fondateurs s’arrogent le droit exclusif de parler au nom des adhérents pour régler leurs conflits avec d’autres fondateurs.

La situation actuelle n’est cependant pas satisfaisante comme tout le monde l’admet. Nous sommes nous-mêmes tous trois membres fondateurs : François au titre de la Confédération paysanne, Susan à titre individuel, Gus au titre du Crid. C’est dire que nous sommes les premiers à reconnaître le rôle indispensable des membres fondateurs dans le travail d’Attac. Mais il est temps de mettre fin au déséquilibre actuel au sein de l’association.

Le CA a fort bien fait, au début de 2004, d’admettre en son sein les six personnes qui avaient eu le plus de voix immédiatement derrière les 12 élus lors de la dernière Assemblée générale. Il faut aller plus loin en actant que le CA est composé de deux collèges, un collège des membres fondateurs et un collège des membres actifs, avec les mêmes droits et devoirs pour tous. Cela implique que des élus membres actifs puissent occuper les postes de vice-président et de secrétaire général, ce qui est permis par les statuts actuels. D’une manière générale, tout membre du CA doit avoir la possibilité d’être candidat à la présidence. Pour ne pas être en contradiction avec les statuts actuels, les candidats à la présidence doivent être intégrés au collège des fondateurs comme ce fut le cas pour le président actuel.

Nous proposons aussi, comme l’ont préconisé de nombreux membres de la commission « amélioration du fonctionnement d’Attac », de donner un rôle politique plus important à la Conférence nationale des comités locaux (CNCL) qui doit pouvoir discuter, au même titre que le Conseil d’administration, des grandes orientations stratégiques d’Attac. Notre objectif est donc de renforcer à la fois le rôle des élus membres actifs, le rôle des comités locaux et donc le rôle de la CNCL dans le fonctionnement de l’association, car les comités locaux sont la colonne vertébrale d’Attac.

Le collège des fondateurs a estimé, lors de sa réunion du 25 juin, qu’il fallait respecter les statuts pour ne pas affaiblir l’association en modifiant les règles à la veille de l’élection de la direction. Le président de l’association étant élu par le CA, en votant pour les membres du CA, les adhérents d’Attac votent en même temps pour la Présidence. En élisant les « membres actifs » du CA, les adhérents auront donc un poids décisif dans l’élection du futur président et dans la définition du profil de l’association.
De plus, le collège des fondateurs unanime a proposé que la future direction de l’association soit mandatée par l’Assemblée générale afin de mener un débat approfondi dans Attac dans la perspective d’un changement des statuts. Nous nous réjouissons de cette unanimité. Bien entendu, nous participerons à ce débat. Le collège des fondateurs unanime a mis sur pied un groupe de travail pour que puisse être établie, le 3 septembre, la liste des 18 fondateurs qui sera soumise aux adhérents lors de l’élection du conseil d’administration en décembre prochain. Nous espérons pouvoir arriver à un consensus.

Pour ne pas entrer dans une logique d’affrontement, aucun de nous trois n’avait souhaité, lors de l’Assemblée générale de 2002, se présenter à la présidence de l’association. Pourtant, face à la désignation unilatérale de son successeur par notre président d’alors, nombre d’adhérents et de membres fondateurs nous l’avaient demandé. C’est pourquoi nous nous félicitons de la déclaration unanime du collège des fondateurs préconisant une pluralité de candidatures à la présidence d’Attac. C’est aussi la raison pour laquelle, avec d’autres fondateurs membres du Bureau, nous avons proposé que Jacques Cossart soit intégré dans le collège des membres fondateurs.

Nous souhaitons que le débat qui s’ouvre permette à Attac de préserver sa diversité, de renforcer son unité et sa capacité de rassemblement.
(7 juillet 2005)

François Dufour Susan George Gustave Massiah

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