Archives par catégorie : Collapsologie

info Chomage USA Solaire

États-Unis: 1,5 million de nouveaux inscrits au chômage, supérieur aux attentes

(Washington) Les nouvelles demandes hebdomadaires d’allocatio ns chômage aux États-Unis se sont élevées à 1,5 million la semaine dernière, un nombre supérieur aux attentes des analystes, selon les chiffres publiés jeudi par le département du Travail.

Source : Presse CA…18 juin 2020  voir photo

Remplacer charbon et nucléaire par le solaire et le vent est désormais rentable

Le remplacement des centrales à charbon existantes par de nouvelles sources d’électricité renouvelable est désormais rentable, cela sans même considérer les béné ;fices environnementaux. C’est ce que montre l’Agence internationale de l’énergie renouvelable (Irena) dans son rapport sur le coût de production de l’électricité renouvelable en 2019.

La baisse du coût de production de l’électricité renouvelable est phénoménale, rapide, difficile à appréhender dans un secteur industriel à forte inertie où les investissements se sont longtemps faits dans d’énormes centrales électriques, pour des durées d’un demi-siècle. Entre 2010 et 2019, selon l’Irena (Agence internationale de l’énergie renouvelable) [1], le coût de production de l’ électricité photovoltaïque à grande échelle a baissé de 82 %. Et ce n’est pas fini : en une seule année, entre 2018 et 2019, la baisse a été de 13 %.

Une baisse si prononcée s’explique par le caractère purement électronique de la technologie. Point de puits à creuser, point de mineurs, d’excavateurs géants, de millions de tonnes de pondéreux à transporter, peu de manœuvres géopolitiques pour s’approprier les ressources, malgré l’incertitude sur quelques métaux rares : la variable économique de l’électricité n’est plus un combustible , mais une technologie qui s’élabore et progresse dans les laboratoires et se met en œuvre avec toujours plus d’économies d’échelle, son carburant relevant de la seule ingéniosité humaine.

https://reporterre.net/Remplacer-charbon-et-nucleaire-par-le-solaire-et-le-vent-est-desormais-rentable
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Belle réussite du 16 juin à Mâcon

Belles réussites pour les actions hier à l’hôpital et bravo à tous-tes les participant-e-s !Depuis 6h du matin (et toute la journée ) avec le message “PLUS JAMAIS CA ” , une belle manif à l’appel de la CGT avec 500 personnes et encore 250 pour la chaîne humaine à 18 h, un bon signal pour les  décideurs politiques.

 Une bonne couverture presse de nos deux médias locaux.  JSL et Mâcon infos. (voir les liens ci dessous )

 Si vous allez sur facebook (mais on ne fait pas de  la pub pour eux !)

On n'oubliera pas ! Manif en soutien à l'hôpital public en cours.

✊🏼 Des milliers de personnes défilent actuellement partout en France pour réclamer des moyens pour l'hôpital public !A Paris, devant le ministère de la santé, les Rosies d'A cause de Macron sont venues soutenir les soignantes avec leur nouvelle chorégraphie « On n'oubliera pas ! »

Publiée par Attac France sur Mardi 16 juin 2020

une vidéo sur la nouvelle chorégraphie des Rosies et ensuite le gazage de la manif parisienne et des soignants. (C’est plus cool à Mâcon …)

Plusieurs vidéos montrent des policiers applaudissant les soignant-e-s et posant même le casque à terre… (à Nimes , Lille…)

https://www.macon-infos.com/index.php?option=com_content&view=article&id=26458:macon-une-chaine-humaine-de-250-personnes-autour-de-l-hopital&catid=91&lang=fr&Itemid=294

https://www.macon-infos.com/index.php?option=com_content&view=article&id=26455:macon-450-manifestants-es-pour-l-hopital&catid=91&lang=fr&Itemid=294

https://www.macon-infos.com/index.php?option=com_content&view=article&id=26454:macon-depuis-ce-matin-devant-l-hopital&catid=91&lang=fr&Itemid=294

https://www.lejsl.com/sante/2020/06/16/500-personnes-defilent-pour-l-avenir-de-l-hopital-public

Mâcon : près de 500 personnes devant le centre hospitalier pour les soignants

https://www.lejsl.com/edition-macon/2020/06/16/macon-pres-de-500-personnes-devant-le-centre-hospitaleir-pour-les-soignants

Mâcon : une chaîne humaine autour de l’hôpital

https://www.lejsl.com/edition-macon/2020/06/16/macon-une-chaine-humaine-autour-de-l-hopital

Malheureusement, et bien que dans toute la France il y ait eu une très forte mobilisation, nous savons déjà que cela ne suffira pas !

Il faudra sans doute revenir, on y sera et on compte sur vous bien sûr !

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Marche Jai Jagat à travers le département

Avez-vous entendu parler de la marche Jai Jagat (la « victoire du monde » en hindi), organisée par le mouvement indien Ekta Parishad (« Forum de l’unité ») ? Sans doute ! Cependant je m’autorise à vous envoyer ce courriel pour vous solliciter !

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Petit rappel d’abord : l’objectif de cette marche est de fédérer les sans voix du monde entier, du Sud comme au Nord : paysans expulsés ou sans terre, migrants, travailleurs précaires, chômeurs, populations indigènes, femmes et enfants exploités, etc.

Pour cela, les organisations qui, à travers le monde, ont rejoint Ekta Parishad, ont décidé de mettre l’accent sur les 17 ODD (objectifs de développement durable) fixés par l’ONU en 2000 pour être atteints en 2030. A 10 ans du terme tout est encore loin d’être gagné !

Aussi, la marche Jai Jagat s’attache à mettre en valeur 4 de ces ODD (cf. le document joint Jai Jagat 6 pages):

– le n°1 : réduire la pauvreté

– le n° 10 : combattre l’exclusion sociale et réduire les inégalités

– le n° 13 : agir pour le climat et l’environnement

– le n° 16 : promouvoir la paix et la justice et résoudre les conflits par la non-violence

Des fiches sont en préparation au niveau national sur ces 4 ODD, et des documents (j’en ai quelques exemplaires) ont été rédigés pour présenter la marche et ses objectifs.

Où en est le projet ? Une marche « principale » était partie le 2 octobre 2019, jour anniversaire de la naissance de Gandhi, de Delhi, en Inde, et devait arriver à Genève, siège européen de l’ONU, le 21 septembre prochain, journée mondiale pour la Paix. Alors que l’Arménie était atteinte, et que devait s’effectuer la traversée de l’Europe en suivant l’une des routes des migrants, la pandémie de coronavirus a entraîné la fermeture des frontières et obligé les marcheurs à s’arrêter.

Cependant, un temps fort doit tout de même se tenir à Genève le week-end des 25 et 26 septembre prochains sous la forme d’un village Alternatiba (plusieurs dizaines de stands attendus) en présence d’un certain nombre de personnalités, avec pour objectif d’interpeller l’ensemble des membres de l’ONU.

En parallèle à cette marche « principale » d’autres marches étaient ou sont toujours programmées sur divers continents. L’une d’entre elles doit avoir lieu entre Guérande (44), lieu symbolique de départ, en référence à la « marche du sel » de Gandhi, et Genève : elle traversera la Saône et Loire entre le jeudi 10 septembre (étape prévue à Digoin) et le mercredi 16 septembre (étape prévue à Mâcon). Et c’est pourquoi je vous sollicite !

En effet, le MAN 71 a été contacté par Pascal CHARCOSSET (tél : 06 42 22 78 30) pour coordonner les étapes entre Charolles et Mâcon. Initialement, simplement en regardant une carte, Pascal a prévu des arrêts à Vendenesse les Charolles (les 12 et 13 sept), Curtil sous Buffières (le 14), Berzé le Chatel (le 15) et Mâcon (le 16).

Après réflexion, je vais lui suggérer plutôt de passer par Cluny en lui proposant de s’arrêter à Paray le Monial (plutôt 2 jours les 11 et 12 sept), Vendenesse les Charolles (étape prévue de 17 km le 13, sachant que je ne connais personne dans ce coin), Curtil sous Buffières (ou peut-être Sivignon le 14, soit une étape de 17 km environ), Cluny (étape de 19 km environ le 15), puis Sancé (étape de 25 km environ le 16). Qu’en pensez-vous ? Avez-vous de meilleures idées d’étapes et parcours ?

Pour chacune de ces étapes, il faut :

– indiquer le parcours aux autorités, surtout s’il se déroule sur route en partie,

– prévoir d’aller à la rencontre des marcheurs/marcheuses pour faire avec eux les derniers kms,

– trouver un lieu d’accueil : terrain pour planter les tentes (qu’ils ont), grange ou bâtiment, toilettes, point d’eau, en demandant autorisation au maire si lieu public. Éventuellement hébergement chez l’habitant (une vingtaine de personnes à priori),

– préparer le repas ou avoir un lieu pour le préparer,

– prévoir une petite animation autour d’un des thèmes des ODD. Par exemple : agir pour l’environnement à Curtil sous Buffières (ou Sivignon) avec Stephen Kerschkove, la Conf, etc. ?, combattre l’exclusion sociale et les inégalités à Cluny avec AMAP, SEL, Com-com autour du projet Territoire zéro chômeur de longue durée, etc. (ou promouvoir la paix et la justice avec le MAN si ce qui précède n’est pas possible, ce qui serait étonnant!), réduire la pauvreté à Sancé avec ATD, ATTAC, etc.

La projection d’un film (visualisable sur Youtube) est envisageable…

Il serait bien que, pour chaque étape, une ou deux personnes se chargent de son organisation.

Il est aussi prévu que les « locaux » fassent le maximum de publicité et préviennent la presse locale

On peut aussi envisager de mettre dans le coup des écoles ou centres sociaux pour fabrication de colombes (origami), dessins, etc.

Pascal avait reçu les adresses (ou les noms des personnes contact) des associations suivantes : ATTAC, ACTE (Chalon), APERL, Alternatiba, CCFD, Confédération paysanne, Action Aid, Forum de la Solidarité (Mâcon), etc. Mais c’est le MAN qu’il a contacté en premier !

Merci de voir, dès réception de ce mail, ce que vous pouvez :

– suggérer en ce qui concerne le parcours,

– faire pour prendre en charge et/ou animer une des étapes (selon ce que je suggère ci-dessus ou toute autre chose),

– etc.

En principe, demain je participe à deux réunions :

– en début d’après-midi, une réunion ATD à Mâcon

– en fin d’après-midi, une réunion Alternatiba à Cluny

et le MAN 71 se réunit le 25 juin à Genouilly. Je compte bien parler de ce projet de marche dans chacune de ces réunions…

Merci de m’avoir lu jusqu’au bout… et surtout de réagir pour que nous puissions accueillir dignement ces marcheurs/marcheuses tout en assurant la promotion des ODD et la mise en valeur d’initiatives locales. Dans le contexte de la construction du « monde d’après » cela me semble fort important !

Vous pouvez aussi d’ores et déjà vous inscrire pour faire une ou plusieurs étapes (voire poursuivre jusqu’à Genève!) : une fiche d’inscription est liée au document joint.

Solidairement,

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Climat : pourquoi faire appel à la justice ?

Face à l’urgence climatique, pourquoi faire appel à la justice ? Parce que ça marche !

A travers le monde entier, le mouvement pour la justice climatique remporte des victoires et une nouvelle jurisprudence est en train de voir le jour, par et pour les citoyen-ne-s.

Des Pays-Bas à la Colombie, la justice est un formidable levier d’action pour le climat, comme l’explique Hugo Partouche, un des avocats de l’Affaire du Siècle, dans cette troisième vidéo de notre série d’interviews exclusives.

Interview vidéo d'Hugo Partouche, l'un des avocats de l'Affaire du Siècle
http://r.communication.laffairedusiecle.net/mk/cl/f/OZiqryidFiAp1EV1ZKrER1m8mdXDaXY4lmRMNI8Xu0emcsDYOjibVoKR5RbMPdlY9IMU01RIMReGsG_ohcTadSgnXXMXuJI9xEstQ-w2wh3oBm7EV5Jc4cm7l4AFmHo9W2eIa0NU64KNCGpSKCn0NFZPpbOXMkLNgfpwVTVhzuJ8aGM1qB63y6JvZrutzZQP-OHg3yC15IE

En France, l’Affaire du Siècle pourrait ouvrir la voie à une nouvelle ère pour la justice climatique ! Un verdict positif serait véritablement une décision historique.

C’est pourquoi nous ne relâchons pas nos efforts pour gagner ce recours inédit. Aujourd’hui, nous attendons toujours une réponse de l’Etat, mais nous continuons notre travail pour faire reconnaître la responsabilité de l’Etat face à l’urgence climatique. Ecrivez l’Histoire avec nous : donnez-nous les moyens de remporter ce dossier et de contraindre l’Etat à agir. Je fais un don

L’Affaire du Siècle n’est pas qu’une affaire judiciaire : c’est surtout le combat de citoyens et citoyennes pour mettre l’Etat face à ses engagements, face à ses responsabilités climatiques. C’est ensemble que nous remporterons cette victoire décisive pour l’avenir.

Toutes les équipes de l’Affaire du Siècle


PS : La crise climatique nous concerne toutes et tous : partagez ce mail avec vos proches.

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les retards climatiques de l’Etat


Il y a un an, le 20 mai 2019, nous déposions devant le Tribunal Administratif de Paris nos arguments détaillés (notre mémoire complémentaire) démontrant que l’Etat ne respecte pas ses propres lois sur le climat.

Que ce soit dans les transports, l’énergie, la rénovation des bâtiment, la France est en retard sur ses objectifs… Dans la deuxième vidéo de notre série, Clémentine Baldon, une de nos avocates, détaille les manquements de l’Etat, dénoncés par l’Affaire du Siècle devant la justice.

Interview vidéo de Claire Burlin, l'une des avocates de l'Affaire du Siècle
http://r.communication2.laffairedusiecle.net/mk/cl/f/5xp-7HLGi4gXYM1cVmDvXqzIrvJvjlo2S9kvVI5PDcxrbCYnRFkrl7-nlnMyy2wmzkVvXVq5k_iRc4l43OUi25jowrJUMxr22N2GXvgRU5d_ca1_LYJFICUFpfjLdXGNj8tF0GiytiRLxHrl70i-gpuHnsoRA9RUo1TW02SpGnTEW3MFjDuboA2Y2Mfh

Aujourd’hui, après plus d’un an, nous attendons toujours une réponse de l’Etat. Face à l’urgence climatique et à des dépassements d’émissions de gaz à effet de serre, que fait l’Etat ?
De notre côté, nous n’attendons pas la réponse de l’Etat pour continuer à renforcer notre dossier juridique, et maintenir la pression pour obtenir les actions nécessaires face à la crise climatique.

Le 5 mars dernier, nous avons montré que la France avait déjà émis l’ensemble des gaz à effet de serre qu’elle ne doit pas dépasser pour atteindre la neutralité carbone.

Nous avons besoin de vous dans ce combat pour la justice climatique. Soutenez nos actions en nous faisant un don dès aujourd’hui. Grâce à vous, nous pourrons mettre l’Etat face à ses responsabilités !


PS : La crise climatique nous concerne toutes et tous. Partagez ce mail avec vos proches.

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Gaël Giraud: «La reconstruction écologique nous ouvre un monde de la surabondance»

Pour Mediapart, l’économiste Gaël Giraud décrit, exemples à l’appui, le monde sans pétrole de demain : fret maritime écologique, densification des centres urbains, réhabilitation du ferroviaire… À la condition d’avoir un État stratège, qui revienne dans le capital de certaines entreprises.

Renverser la perspective en termes d’emplois : voilà à quoi nous invite l’économiste Gaël Giraud pour penser le monde de demain. La reconstruction écologique qu’il appelle de ses vœux n’est pas incompatible avec l’urgence sociale dans laquelle nous a plongés la crise du coronavirus. Tout au contraire : elle sera créatrice d’emplois, à la différence du monde d’hier, fondé sur un chômage structurel et du sous-emploi.

Pour y parvenir, d’importantes mesures sont nécessaires. Entrée du capital de l’État dans les entreprises, désendettement du secteur privé, effacement des dettes publiques… Le défi est grand mais pas impossible pour ce prêtre jésuite, directeur de recherches au CNRS et également président de l’Institut Rousseau.

Le coronavirus a provoqué une crise économique et sociale sans précédent en France comme en Europe… Est-ce que les plans de relance sans conditions annoncés notamment pour lautomobile et laérien sont la bonne réponse ?

Gaël Giraud : Évidemment non. On est en train de reproduire la même erreur qu’en 2008, c’est-à-dire qu’on utilise l’État comme compagnie d’assurance en dernier ressort : on laisse une partie du secteur privé faire les mêmes bêtises sans régulation, et quand cela nous conduit dans le mur, on demande à l’État de socialiser les pertes.

Gaël Giraud. © Institut Rousseau

C’est le contraire qu’il faut faire : il faut responsabiliser le secteur privé qui a organisé le commerce international par des chaînes d’approvisionnement à flux tendu, sans stock – ce qui nous met dans une vulnérabilité effarante. L’État doit rentrer dans le capital d’entreprises et intervenir sur leur « business model » pour le ré-ordonner à l’intérêt général.

Cela ne signifie ni recapitalisation sans conditions – comme ce à quoi l’on assiste en ce moment –, ni nationalisation, où c’est de nouveau le contribuable qui paye tout. Il y a une stratégie intermédiaire qui demande un État stratège, industrialiste. La difficulté, c’est que notre administration publique a perdu une grande partie de la culture industrielle qui était encore la sienne dans les années 1980.

C’est l’occasion de s’y remettre. Il faut que l’État incite, sinon contraigne les entreprises à orienter leur « business model » vers la reconstruction écologique. Je préfère parler de reconstruction que de transition en ce domaine, car je suis assez convaincu par les arguments de Christophe Bonneuil et de Jean-Baptiste Fressoz (voir leur livre L’Événement anthropocène. La Terre, l’Histoire et nous, publié au Seuil en 2013 – ndlr), qui rappellent que le vocabulaire de la « transition » véhicule un imaginaire lisse, tranquille, comme si cela allait se faire sans accroc et sans conflit social. Ce n’est pas vrai.

Sous-jacents au lexique de la « reconstruction », il y a le constat qu’il y a déjà énormément de casse et l’idée que nous devons être volontaristes. Sans un État volontaire et stratège, nous n’y arriverons pas.

Entrée de l’État dans le capital de certaines entreprises : dans de précédentes interviews, vous avez pris lexemple de Renault. Avez-vous dautres entreprises en tête ?

Je pense à la quasi-totalité des entreprises qui demandent aujourd’hui l’aide de l’État, Air France compris. Je pense aussi à CMA CGM, qui est la première entreprise française et la 3e au monde en transport par conteneurs. Ce fleuron se trouve en train d’être démantelé et racheté par les Chinois, car il est au bord de la faillite. On pourrait activer le décret Montebourg, qui permet d’interdire les prises de participation étrangères dans les entreprises stratégiques. Et l’on pourrait aider CMA CGM à se réorienter vers un autre type de fret maritime sur lequel il faut faire de la recherche et du développement de manière massive : un transport propulsé à l’hydrogène vert et à l’ammoniac.

La technique consiste à mettre des panneaux solaires sur le bateau pour faire l’hydrolyse de l’eau de mer. Vous séparez ensuite les atomes d’hydrogène des atomes d’oxygène, et avec cet hydrogène, vous faites fonctionner le bateau. Il existe déjà un prototype, Energy Observer, piloté par Victorien Erussard. J’espère pouvoir traverser l’Atlantique dessus ! Bien sûr, pour un porte-conteneurs de plusieurs milliers de tonnes, il faut compléter cette technologie avec de l’ammoniac. C’est une solution bien plus propre que le gaz naturel liquéfié et beaucoup plus facile à déployer que l’hydrogène seul.

Il faut comprendre que les porte-conteneurs au pétrole, c’est fini. Avec CMA CGM, on pourrait créer le leader mondial d’un porte-conteneurs à hydrogène. Ce serait une option industrielle intelligente, prospective, tournée vers l’avenir et la reconstruction écologique. C’est cela qu’il faut faire, plutôt que d’utiliser l’argent du contribuable pour ressusciter le monde d’hier ou de vendre nos bijoux aux Chinois. Notre souveraineté nationale passe par là.

Comment pourrait-on financer tout cela ?

Certainement pas par des hausses d’impôt du côté des classes moyennes et des classes populaires. L’Institut Rousseau s’apprête d’ailleurs à publier une note en faveur d’une refonte complète du système fiscal français afin que l’on puisse choisir démocratiquement qui paye, et combien, tout en permettant à tous les Français de calculer immédiatement combien cela rapporterait à l’État, quel serait le niveau d’inégalité des revenus après impôts, etc. C’est ce que nous appelons l’impôt ABC.

L’important, c’est d’arrêter d’utiliser la dette publique comme alibi pour faire de l’austérité budgétaire. La dette publique n’est pas le mal absolu. Le problème macro-économique contemporain se situe plutôt du côté de la dette privée, beaucoup plus importante, et qui empêche aujourd’hui le secteur privé d’investir.

Avec toutes les limites méthodologiques inhérentes à cet indicateur (qui superpose un flux, le PIB, à un stock, la dette), la dette publique française était à 99 % du PIB avant la pandémie, tandis que l’endettement du privé s’élevait à 130 %. Les deux vont augmenter d’au moins 15 % avec la déflation induite par le confinement généralisé.

Si l’on pense qu’il faut se désendetter, il faut donc commencer par le privé. Le problème est connu depuis les années 1930, grâce notamment à l’économiste américain Irving Fisher. Dans une situation où tout le monde a beaucoup trop de dettes, si tout le monde tente simultanément de se désendetter…, personne n’y arrive. C’est le paradoxe du baron de Münchhausen, qui tente de s’extraire des sables mouvants en se tirant lui-même par les cheveux : si tout le monde, pour se désendetter, vend ses actifs, leur prix a tendance à baisser ; vous réduisez peu votre dette nominale et, en revanche, votre dette réelle augmente à cause de la déflation des prix d’actifs.

C’est exactement la raison pour laquelle le plan d’ajustement structurel infligé à la Grèce entre 2010 et 2015 n’a servi strictement à rien, comme je l’avais anticipé : le PIB s’est effondré aussi vite que la dette publique (− 25 % en 5 ans) et le ratio dette publique/PIB est resté stable à… 180 %. Pendant ce temps, il est vrai, tous les aéroports ont été privatisés pour une bouchée de pain, une île, un bout du port du Pirée, etc. Peut-être était-ce le seul objectif, d’ailleurs, de l’endettement initial de la Grèce et de la sévérité du plan d’austérité qui lui a été imposé en pure perte. Privatiser le monde entier…

L’alternative, en situation de déflation comme celle que nous connaissons aujourd’hui, c’est qu’au moins l’un des acteurs économiques consente à continuer de dépenser intelligemment – et donc de s’endetter pour la bonne cause – pendant que les autres se désendettent.

Le seul qui peut le faire sans mourir, c’est l’État. Pendant ce temps, le privé se désendette puis, quand ce dernier pourra investir à nouveau, l’activité reprendra et alors seulement l’État pourra se désendetter à son tour dans des conditions saines, notamment grâce à la reprise des recettes fiscales. Ma position est donc simple : la Commission européenne, le FMI et Bercy se trompent dans l’agenda. Au lieu d’autoriser l’État à continuer de dépenser pour maintenir l’activité économique pendant que le privé se désendette, ils exigent que l’on commence par le désendettement de l’État. Résultat : les prix continuent de stagner ou de baisser, la dette de tout le monde augmente et aucune porte de sortie ne s’ouvre depuis plus de dix ans.

Annulation pure et simple de la dette publique

Pour que l’alternative puisse fonctionner – celle d’un État stratège qui consente à s’endetter pour financer la reconstruction écologique –, l’État doit se reconstruire une culture industrielle. On l’a vu avec le cafouillage tragique sur les tests et les masques, qui traduit à mon sens le fiasco total de la décentralisation en France depuis 30 ans.

À propos de la dette publique, faut-il leffacer, créer des dettes perpétuelles, contracter de nouveaux prêts… ?

Je suis très favorable à l’annulation pure et simple de la dette publique détenue par la Banque centrale européenne (BCE). L’Italie, bientôt au-delà de 160 % du PIB sous forme de dette publique, s’engage sur une trajectoire à la grecque. Certains se frottent déjà les mains : on va pouvoir privatiser Saint-Pierre-de Rome et le Colisée (tout comme j’avais entendu des traders évoquer la privatisation du Parthénon en 2010) !

La vérité, c’est que la Grèce pesait 3 % du PIB de la zone euro en 2010, alors que l’Italie est la troisième économie de la zone. Si les spreads italiens explosent sur les marchés financiers, le secteur bancaire italien, déjà sinistré, ne résistera pas au naufrage. BNP-Paribas et LCL, deux banques françaises très exposées aux banques italiennes, essuieront des pertes colossales. Et l’Italie quittera la zone euro avant de se voir imposer ce qu’on a fait subir aux Grecs. Autrement dit, le dépeçage de l’économie italienne auquel certains se préparent déjà signifiera le démantèlement de la zone euro et la chute d’une partie du secteur bancaire européen. Ceux qui croient vraiment au projet européen doivent donc tout faire pour éviter cela.

Venons-en à l’annonce par Macron et Merkel du plan franco-allemand de 500 milliards d’euros, qui serait financé pour la première fois par la dette publique communautaire : c’est une petite victoire qui montre qu’Angela Merkel, comme souvent, cède à l’évidence au dernier moment. Toutefois, c’est très insuffisant, car 500 milliards sur trois ans divisés par 27, cela fait moins de 1 % de PIB par pays chaque année. Or il faut faire des transferts de plus de 3 % aujourd’hui. En outre, il reste encore à convaincre les 25 autres pays de l’Union. Or la coalition Suède-Danemark-Pays-Bas-Autriche refuse les subventions et ne se dit favorable qu’à des prêts de la Communauté européenne aux pays nécessiteux (du Sud).

Un tel scénario ne nous ferait pas avancer : on aura juste retardé un peu la montée des spreads italien et espagnol. Les États du sud de l’Europe, quant à eux, ne vont pas se ré-endetter, ils savent très bien que cela les mettrait sur la voie grecque. Si les faucons du nord de l’Europe ne veulent pas porter la responsabilité historique de l’éclatement de la zone euro, ils vont devoir aller beaucoup plus loin. Le tandem franco-allemand, quant à lui, s’il veut prouver qu’il est vraiment ressuscité, doit négocier avec ces faucons. La vraie question devient alors : sur quoi la France est-elle prête à céder pour avancer sur le financement communautaire de la reconstruction écologique de l’Europe ? Sinon, la déclaration lyrique de la mi-mai au sujet de ce plan franco-allemand de 500 milliards finira comme le beau discours de Meseberg de juin 2018, qui n’avait débouché sur… rien.

Le catamaran à hydrogène vert «Energy Observer» au large de la Suède, en mai 2019. © AFP

Pour rembourser ces 500 milliards, qui doivent à mon sens être fléchés vers des investissements verts, il faut par ailleurs dégager une nouvelle ressource fiscale. Car si nous nous contentons d’augmenter la contribution de chaque État au budget de l’Europe, qu’aura-t-on gagné ? Chaque État devra acquitter de la main gauche ce qu’il reçoit de la main droite. Cette nouvelle ressource fiscale, donc, ce pourrait être une taxe carbone aux frontières de l’Europe – c’était d’ailleurs l’une des conclusions du rapport Stern-Stiglitz de 2017 auquel j’avais participé –, ou une taxe sur les transactions financières, ou encore une taxe sur les Gafam. Ceux-ci s’enrichissent en pratiquant la privatisation du commun mondial qu’est notre intelligence collective. C’est l’enclosure 3.0, après celle (1.0) des forêts britanniques au XVIIe siècle, puis l’inflation des brevets depuis 30 ans sur le génome humain, les ressources naturelles, etc. (2.0).

Quoi qu’il en soit, étant donné que ces 500 milliards sont loin de suffire, il faudra se poser la question de l’annulation des dettes publiques européennes. Elles s’élèvent à 2 200 milliards au bilan de la BCE aujourd’hui, 420 milliards pour la France – résultat de la politique de rachat des titres de dette publique depuis 2015 par la banque de Francfort. Techniquement, peut-on annuler cette dette ? Oui. Est-ce que cela cause un trou dans le bilan de la BCE ? Oui, mais une banque centrale peut vivre sans difficulté avec une telle perte à son bilan ; ses fonds propres sont ridiculement faibles (10 milliards d’euros). Ils deviendraient négatifs, certes, mais la Banque des règlements internationaux – la Banque centrale des banques centrales, logée à Bâle – a publié un rapport pour confirmer que, contrairement à une banque commerciale, une banque centrale pouvait continuer d’opérer avec des fonds propres négatifs. Est-ce que quelqu’un serait lésé ? Non. Cet argent n’est dû auprès de personne : c’est une dette que nous nous devons à nous-mêmes.

J’avais déjà fait cette proposition dans mon livre Illusion financière (éditions de l’Atelier, 2013). Depuis qu’elle est revenue sur le devant de la scène, nous assistons à un déluge d’objections sans fondement, avancées par tous ceux qui défendent la politique d’austérité menée depuis des années. Or il se trouve que Mario Draghi, qu’on ne peut guère soupçonner d’ignorer comment marche une banque centrale, a lui-même suggéré dans le Financial Times d’annuler les dettes privées détenues par la BCE.

L’enjeu à peine dissimulé derrière ces débats, c’est la politique d’austérité budgétaire que le gouvernement français s’apprête à imposer à la population française. En réalité, si l’opinion publique comprenait qu’il était possible d’annuler 420 milliards de dette publique française que nous nous devons à nous-mêmes, cela compliquerait sérieusement l’acceptabilité sociale de l’austérité budgétaire, de la destruction des services publics et de tout ce qui a conduit à la tragédie actuelle des morts provoquées par le coronavirus. Il est donc très important de discréditer cette idée, de la faire passer pour une douce rêverie irréaliste.

Le vrai sujet est plutôt : l’euro continuerait-il d’inspirer la confiance si nous annulions la dette publique au bilan de la BCE ? Si nous persistons à pratiquer l’austérité budgétaire, alors nous risquons d’entrer dans une dépression économique plus grave que celle des années 1930. La « crédibilité » de l’euro sera entamée pour au moins dix ans. Et nous risquons même de provoquer l’éclatement de la zone. L’annulation des dettes publiques que nous nous devons à nous-mêmes est, au contraire, le meilleur moyen de sauver l’euro.

La crise provoquée par le coronavirus a permis aux lobbies industriels et aux grands groupes davancer leurs pions… Manœuvres de lagriculture industrielle au niveau européen pour retarder des réglementations, grande distribution profitant du confinement au détriment du petit commerce, tentatives du Medef de mettre un moratoire sur les dispositions environnementales… Est-ce que l’écologie est en train de perdre une bataille ?

Oui, mais cette bataille n’est pas complètement perdue. La grande distribution en réalité semble jouer un double jeu : elle avait promis des chèques de 1 000 euros à ses « premiers de corvée » – notamment les caissières qui ont consenti à prendre des risques, sans masque, sans gel hydroalcoolique, etc. –, mais j’ai l’impression que ces promesses sont en train de s’enliser dans le sable. Et elle semble avancer ses pions, en effet, pour se dégager des contraintes écologiques.

Cela dit, des pétitions sur la transition circulent, signées par des grands patrons. C’est peut-être en partie du greenwashing, mais je crois qu’il y a aussi une prise de conscience de la part des industriels. Ces derniers se rendent compte que, si l’on ne lance pas la reconstruction écologique du continent européen, nous allons nous retrouver en très mauvaise posture. Ils voient bien qu’un prix du baril négatif pendant quelques jours est une catastrophe. Cela présage d’une forte volatilité du prix du pétrole et annonce un goulet d’étranglement dans quelques années. Le yoyo du prix du baril, c’est la fin d’une économie construite sur le pétrole, car il prive tous les industriels de toute visibilité de long terme sur leurs investissements.

Les grands industriels sont en train de réaliser qu’il leur faut se débarrasser de leur dépendance au pétrole, d’autant plus que le pic du pétrole, toutes techniques confondues, est pour bientôt (entre 5 et 30 ans, selon le point de vue). La plupart ont très bien compris que leur business pour les 50 prochaines années, c’est la reconstruction écologique. La difficulté, bien souvent, provient des actionnaires, qui font pression sur le top management des grands groupes pour l’obliger à continuer de distribuer des dividendes déraisonnables.

Arrêter la grande banlieue pavillonnaire

Le greenwashing, à mon sens, est plutôt du côté de certaines banques. Celles-ci ont en effet dans leurs bilans énormément d’actifs qui dépendent des énergies fossiles. Elles continuent de financer massivement les énergies fossiles – selon Oxfam, pour 1 euro en faveur des renouvelables, les banques françaises financent en moyenne 7 euros pour les fossiles – et ne veulent pas de la transition, à cause de ce que l’on appelle le « risque de transition » : si, demain matin, nous décidions que le charbon est un « actif échoué » (stranded asset), dont la valeur de marché est nulle, alors certaines banques feraient de telles pertes qu’elles déposeraient rapidement le bilan.

De ce fait, les patrons de ces banques ne voient pas d’autre issue que de se réfugier dans le greenwashing. Par exemple, elles se sont mises à émettre des green bonds depuis 2009, ce qui a donné l’illusion auprès du public que nos banques s’étaient enfin « converties » à la vraie vie, et en particulier à l’écologie. Malheureusement, en réalité, les green bonds financent exactement la même chose que les obligations conventionnelles : il n’y a à peu près aucune « additionnalité » des projets « verts » à l’égard des projets usuels financés par de la dette. Cela ne veut pas dire qu’on ne pourra pas, à l’avenir, financer des projets verts avec des green bonds. Mais cela signifie qu’actuellement, on ne le fait pas plus que précédemment.

Ce monde daprès, sans pétrole, à quoi ressemblerait-il, selon vous ?

En 2013 j’avais fait partie du comité des experts pour le débat national sur la transition écologique, organisé par la ministre Delphine Batho. Quatre scénarios de bifurcation énergétique pour la France avaient émergé : Negawatt, Ancre, Ademe, Negatep. Je sais que Bercy, depuis lors, a jeté ces scénarios à la poubelle (au sens propre), mais les ingénieurs et les citoyens qui les ont conçus les ont gardés. Ils sont là, disponibles, prêts à servir.

Ce qui les distingue, c’est la part du nucléaire dans le mix énergétique français en 2035, mais dans tous les cas, ils entraînent un réaménagement complet du territoire français. Il ne s’agit pas juste d’un bricolage d’ingénieurs (ce qui serait déjà beaucoup), mais d’un authentique projet de société qui passe par trois étapes : rénovation thermique des bâtiments, développement des transports verts et verdissement de l’agriculture et de l’industrie.

Tous ces sujets sont liés. On ne peut pas faire de la rénovation thermique sans penser à la densification urbaine, et on ne peut pas redensifier sans réaménager la mobilité verte des Français.

L’objectif, c’est une société zéro carbone en 2050. Nous savons que la planète doit ramener ses émissions nettes de CO2 à zéro avant 2060 si nous voulons conserver quelque chance de ne pas nous éloigner trop du seuil des 2 °C sur lequel la communauté onusienne s’est mise d’accord en décembre 2015. La France s’est engagée à le faire dès 2050, ainsi que beaucoup d’autres pays. Nous savons aussi qu’il n’y aura pas de techniques de capture et de stockage de carbone à l’échelle industrielle qui permettraient de nous exonérer d’avoir à réduire nos émissions quasiment à zéro.

Pour cela, on arrête la grande banlieue pavillonnaire Lille-Roubaix-Tourcoing ou Marseille-Aix, qui est un gouffre énergétique : il faut développer de petits centres urbains très denses pour faire des économies d’énergie et mettre en place des plans d’urbanisme optimisés. Une ville optimisée peut diminuer par dix sa consommation d’énergie.

Il faut évidemment relier ces villes entre elles par du train, ce qui suppose de réhabiliter une partie du réseau ferroviaire français, qu’on a détricoté après 1945, revenir sur la privatisation de la SCNF et relancer le fret ferroviaire.

Cest lexact inverse de la politique du gouvernement actuel ! La ligne de fret Perpignan-Rungis est menacée de fermeture depuis quelques mois…

En effet, c’est impressionnant de cécité et d’endurcissement dans l’erreur. On n’aura pas de camion électrique avant 15 ans, et on n’en aura d’ailleurs peut-être jamais… Cet entêtement à faire l’exact contraire de ce qui s’impose me rappelle l’endurcissement de pharaon dans le livre de l’Exode : son pays s’effondre sous les dix plaies d’Égypte (Ex 7-11) mais non, il s’accroche à une politique qui perd.

Ce qu’il nous faut, ce sont des petits centres urbains très denses, innervés par du transport public, reliés par le train et alimentés par des circuits courts fournis par de la poly-agriculture dans l’hinterland de chaque ville. À terme, ce sera la fin de la grande distribution. Elle le sait d’ailleurs. Les gens iront chercher à manger à proximité des gares, en prenant les transports publics de la ville, à vélo, à pied… mais ils ne prendront plus leur voiture pour aller au supermarché situé à quatre kilomètres.

Cela suppose de réviser complètement la politique agricole commune (PAC) pour mettre fin à l’ultra-spécialisation et au surendettement des agriculteurs français. Une bonne nouvelle pour tous nos paysans qui se demandent comment payer les dettes qu’on les a obligés à contracter pour rester dans les clous de l’imaginaire agro-industriel qui hante la PAC. Cela passe aussi par une réduction de notre consommation de viande, en particulier de viande rouge. Nous avons besoin d’un élevage bovin français bio, de qualité, en quantité limitée pour des besoins limités. À titre personnel, je suis devenu entièrement végétarien.

C’est un chantier énorme, qui impose aussi de repenser complètement la décentralisation française, de redonner des compétences, du pouvoir, de l’argent et de la responsabilité aux collectivités locales.

En termes demploi, quest-ce que cela pourrait signifier ? Que dire à ceux qui opposent lurgence de la déflagration sociale à un horizon écologique qui peut paraître plus lointain ?

Ressusciter le monde ancien ne marchera pas pour créer des emplois. On avait déjà bien trop de chômeurs avant la pandémie, d’autant qu’une bonne partie du sous-emploi français est dissimulée par du temps partiel, tout comme en Allemagne. Le taux de sous-emploi français en équivalent temps plein est à 30 % environ (légèrement moins pour l’Allemagne) ! La moyenne de l’UE tourne autour de 30 %. Le monde ancien n’était donc pas la solution hier, il le sera encore moins dans le contexte macro-économique très dégradé de demain.

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La reconstruction écologique, en revanche, crée énormément d’emplois. Rien que la rénovation thermique des bâtiments – qui entraîne des emplois non délocalisables – crée 15 emplois en moyenne par million investi. Pour le bâtiment public, selon une étude à laquelle j’avais contribué avec la Fondation Nicolas-Hulot et le Shift Project, et que nous avions présentée à Emmanuel Macron quand il était secrétaire général adjoint de l’Élysée, il faudra investir au moins 12 milliards par an sur trois ans, ce qui signifie près de 600 000 nouveaux emplois. Pour ce qui est du privé, sur lequel la Caisse des dépôts a travaillé, on en a peut-être pour 30 milliards d’investissements par an pendant 10 ans, ce qui pourrait créer à nouveau 1,5 million d’emplois sur la période.

On ne parle là que de la rénovation thermique. Le problème en réalité, ce n’est pas que nous avons trop de chômage, c’est que nous n’avons pas assez de main-d’œuvre !

Cest la même problématique en agriculture, où si lon veut passer à une agriculture agroécologique à grande échelle, il faudrait une main-d’œuvre dont le secteur ne dispose pas aujourdhui…

Exactement. Cela ouvre un autre sujet, qui est celui de la formation professionnelle, que l’on devrait lancer dès maintenant. Non seulement nous n’avons pas assez de travailleurs, mais nous n’avons pas assez de professionnels avec les compétences adéquates.

Voilà la perspective des postlibéraux complètement inversée ! Ces derniers nous plongent dans un monde de l’austérité, de la rareté et de la déchéance sociale, alors que la reconstruction écologique nous ouvre un monde de la surabondance. Vous vous rendez compte ? Nous manquons de main-d’œuvre…

La question est de nous former professionnellement pour construire la société de demain. À ce sujet, je suis très favorable à un revenu de reconstruction écologique : l’État financerait la formation professionnelle des jeunes, mais aussi des moins jeunes qui sont piégés dans les « bulls shits jobs » (au sens de l’anthropologue David Graeber) ou qui se trouvent dans des métiers condamnés à terme et doivent se reconvertir. Je pense notamment à nos compatriotes qui travaillent encore dans des centrales à charbon que nous devrions avoir fermées depuis longtemps.

Il faut aider ces Françaises et ces Français à sortir de l’impasse et à retrouver un sens à leur vie en apprenant un nouveau métier : l’un des métiers de demain. Il ne s’agit pas d’un revenu universel de base ; ce serait un revenu temporaire, réservé à ceux qui acceptent de s’engager dans une reconversion professionnelle. On pourrait articuler cela aux territoires zéro chômeur, dont les expérimentations sont très prometteuses et à propos desquels je vous encourage vivement à aller voir le film de Marie-Monique Robin, Nouvelle Cordée.

Pour financer ce revenu de reconstruction, pas question de contracter de la dette : je reprends ici l’idée de La Monnaie écologique d’Alain Grandjean et Nicolas Dufrêne [ouvrage paru en février aux éditions Odile Jacob – ndlr] : ce revenu doit être de la monnaie « libre », c’est-à-dire une forme de monnaie hélicoptère que l’État injecte directement sur le compte en banque des particuliers. Personne n’aura à la rembourser.

L’Australie avait distribué en 2009 à tous les ménages un chèque de 900 dollars australiens pour les aider à faire face aux conséquences du krach financier des subprimes. Et cela a parfaitement réussi : avez-vous entendu parler d’une récession australienne après 2008 ? Nous, en Europe, nous avons mis plus de dix ans à nous relever de la tempête financière de 2008… L’expérience australienne est aussi la preuve que ce ne sont pas que les gouvernements populistes à la Trump qui distribuent des chèques à leurs ménages. D’ailleurs, l’Allemagne vient de le faire, à Berlin, pendant la pandémie.

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Le néolibéralisme est un fascisme, par Manuela Cadelli

Bonjour,

En cherchant des informations sur le livre numérique “Le néolibéralisme amplifie la crise” offert par La Fondation Copernic qui veut «remettre à l’endroit ce que le libéralisme fait fonctionner à l’envers» : https://loctopusvoitou.blog4ever.com/covid-19-le-neoliberalisme-amplifie-la-crise-1que j’ai survolé mais pas encore lu, j’ai trouvé ce texte de cette juge, Présidente de l’Association syndicale des magistrats !
Alain pour Attac Réunion

Le néolibéralisme est un fascisme, par Manuela Cadelli

La carte blanche de Manuela Cadelli, présidente de l’Association syndicale des magistrats en Belgique.

Le temps des précautions oratoires est révolu ; il convient de nommer les choses pour permettre la préparation d’une réaction démocrate concertée, notamment au sein des services publics.

Le libéralisme était une doctrine déduite de la philosophie des Lumières, à la fois politique et économique, qui visait à imposer à l’Etat la distance nécessaire au respect des libertés et à l’avènement des émancipations démocratiques. Il a été le moteur de l’avènement et des progrès des démocraties occidentales.

Le néolibéralisme est cet économisme total qui frappe chaque sphère de nos sociétés et chaque instant de notre époque. C’est un extrémisme.

Le fascisme se définit comme l’assujettissement de toutes les composantes de l’État à une idéologie totalitaire et nihiliste.

Je prétends que le néolibéralisme est un fascisme car l’économie a proprement assujetti les gouvernements des pays démocratiques mais aussi chaque parcelle de notre réflexion. L’État est maintenant au service de l’économie et de la finance qui le traitent en subordonné et lui commandent jusqu’à la mise en péril du bien commun.

L’austérité voulue par les milieux financiers est devenue une valeur supérieure qui remplace la politique. Faire des économies évite la poursuite de tout autre objectif public. Le principe de l’orthodoxie budgétaire va jusqu’à prétendre s’inscrire dans la Constitution des Etats. La notion de service public est ridiculisée.

Le nihilisme qui s’en déduit a permis de congédier l’universalisme et les valeurs humanistes les plus évidentes : solidarité, fraternité, intégration et respect de tous et des différences. Même la théorie économique classique n’y trouve plus son compte : le travail était auparavant un élément de la demande, et les travailleurs étaient respectés dans cette mesure ; la finance internationale en a fait une simple variable d’ajustement.

Déformation du réel

Tout totalitarisme est d’abord un dévoiement du langage et comme dans le roman de Georges Orwell, le néolibéralisme a sa novlangue et ses éléments de communication qui permettent de déformer le réel. Ainsi, toute coupe budgétaire relève-t-elle actuellement de la modernisation des secteurs touchés. Les plus démunis ne se voient plus rembourser certains soins de santé et renoncent à consulter un dentiste ? C’est que la modernisation de la sécurité sociale est en marche.

L’abstraction domine dans le discours public pour en évincer les implications sur l’humain. Ainsi, s’agissant des migrants, est-il impérieux que leur accueil ne crée pas un appel d’air que nos finances ne pourraient assumer. De même, certaines personnes sont-elles qualifiées d’assistées parce qu’elles relèvent de la solidarité nationale.

Culte de l’évaluation

Le darwinisme social domine et assigne à tous et à chacun les plus strictes prescriptions de performance : faiblir c’est faillir. Nos fondements culturels sont renversés : tout postulat humaniste est disqualifié ou démonétisé car le néolibéralisme a le monopole de la rationalité et du réalisme. Margaret Thatcher l’a indiqué en 1985 : « There is no alternative ». Tout le reste n’est qu’utopie, déraison et régression. Les vertus du débat et de la conflictualité sont discréditées puisque l’histoire est régie par une nécessité.

Cette sous-culture recèle une menace existentielle qui lui est propre : l’absence de performance condamne à la disparition et dans le même temps, chacun est inculpé d’inefficacité et contraint de se justifier de tout. La confiance est rompue. L’évaluation règne en maître, et avec elle la bureaucratie qui impose la définition et la recherche de pléthore d’objectifs et d’indicateurs auxquels il convient de se conformer. La créativité et l’esprit critique sont étouffés par la gestion. Et chacun de battre sa coulpe sur les gaspillages et les inerties dont il est coupable.

La Justice négligée

L’idéologie néolibérale engendre une normativité qui concurrence les lois du parlement. La puissance démocratique du droit est donc compromise. Dans la concrétisation qu’ils représentent des libertés et des émancipations, et l’empêchement des abus qu’ils imposent, le droit et la procédure sont désormais des obstacles.

De même le pouvoir judiciaire susceptible de contrarier les dominants doit-il être maté. La justice belge est d’ailleurs sous-financée ; en 2015, elle était la dernière d’un classement européen qui inclut tous les états situés entre l’Atlantique et l’Oural. En deux ans, le gouvernement a réussi à lui ôter l’indépendance que la Constitution lui avait conférée dans l’intérêt du citoyen afin qu’elle joue ce rôle de contre-pouvoir qu’il attend d’elle. Le projet est manifestement celui-là : qu’il n’y ait plus de justice en Belgique.

Une caste au-dessus du lot

La classe dominante ne s’administre pourtant pas la même potion qu’elle prescrit aux citoyens ordinaires car austérité bien ordonnée commence par les autres. L’économiste Thomas Piketty l’a parfaitement décrit dans son étude des inégalités et du capitalisme au XXIe siècle (Seuil 2013).

Malgré la crise de 2008, et les incantations éthiques qui ont suivi, rien ne s’est passé pour policer les milieux financiers et les soumettre aux exigences du bien commun. Qui a payé ? Les gens ordinaires, vous et moi.

Et pendant que l’État belge consentait sur dix ans des cadeaux fiscaux de 7 milliards aux multinationales, le justiciable a vu l’accès à la justice surtaxé (augmentation des droits de greffe, taxation à 21 % des honoraires d’avocat). Désormais pour obtenir réparation, les victimes d’injustice doivent être riches.Ceci dans un Etat où le nombre de mandataires publics défie tous les standards mondiaux. Dans ce secteur particulier, pas d’évaluation ni d’études de coût rapportée aux bénéfices. Un exemple : plus de trente ans après le fédéralisme, l’institution provinciale survit sans que personne ne puisse dire à quoi elle sert. La rationalisation et l’idéologie gestionnaire se sont fort opportunément arrêtées aux portes du monde politique.

Idéal sécuritaire

Le terrorisme, cet autre nihilisme qui révèle nos faiblesses et notre couardise dans l’affirmation de nos valeurs, est susceptible d’aggraver le processus en permettant bientôt de justifier toutes les atteintes aux libertés, à la contestation, de se passer des juges qualifiés inefficaces, et de diminuer encore la protection sociale des plus démunis, sacrifiée à cet « idéal » de sécurité.

Le salut dans l’engagement

Ce contexte menace sans aucun doute les fondements de nos démocraties mais pour autant condamne-t-il au désespoir et au découragement ?

Certainement pas. Voici 500 ans, au plus fort des défaites qui ont fait tomber la plupart des Etats italiens en leur imposant une occupation étrangère de plus de trois siècles, Nicolas Machiavel exhortait les hommes vertueux à tenir tête au destin et, face à l’adversité des temps, à préférer l’action et l’audace à la prudence. Car plus la situation est tragique, plus elle commande l’action et le refus de « s’abandonner » (Le prince, chapitres XXV et XXVI).

Cet enseignement s’impose à l’évidence à notre époque où tout semble compromis. La détermination des citoyens attachés à la radicalité des valeurs démocratiques constitue une ressource inestimable qui n’a pas encore révélé, à tout le moins en Belgique, son potentiel d’entraînement et sa puissance de modifier ce qui est présenté comme inéluctable. Grâce aux réseaux sociaux et à la prise de parole, chacun peut désormais s’engager, particulièrement au sein des services publics, dans les universités, avec le monde étudiant, dans la magistrature et au barreau, pour ramener le bien commun et la justice sociale au cœur du débat public et au sein de l’administration de l’État et des collectivités.

Le néolibéralisme est un fascisme. Il doit être combattu et un humanisme total doit être rétabli.

Source :Manuela Cadelli est Juge au tribunal de première instance de Namur et Présidente de l’Association syndicale des magistrats.

https://www.les-crises.fr/le-neoliberalisme-est-un-fascisme-par-manuela-cadelli/
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« ceux qui produisent tout n’ont rien et ceux qui ne produisent rien ont tout » Marius, Alexandre Jacob

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Argumentaire LDH : appli StopCovid, danger !

Appli STOPCOVID Danger LDH

Bien que le parlement ait voté en faveur du déploiement de l’application StopCovid, la Ligue des droits de l’Homme (LDH) continue à alerter sur les dangers pour la vie privée et les libertés que présente son utilisation. Sécurité, fiabilité, anonymat, inefficacité, discriminations, durée de conservation et effacement, consentement « faussé », acceptabilité d’une surveillance généralisée, tels sont les problèmes que pose StopCovid. Rappel du fonctionnement L’application StopCovid installée volontairement sur son smartphone permettra à une personne testée positive au coronavirus d’alerter automatiquement tous les utilisateurs avec lesquels le Bluetooth de son smartphone a été en contact récemment (moins d’un mètre et plus de quinze minutes), afin qu’ils se fassent tester. Fiabilité, sécurité L’inventeur du Bluetooth qui permet aux appareils électroniques de communiquer entre eux alerte sur : le manque de fiabilité : le Bluetooth n’a pas été prévu pour mesurer des distances entre les personnes ce qui entraîne des risques d’une part de ne pas détecter des cas positifs (ceux qui ont vraiment été en contact mais ne seraient pas informés peuvent continuer à contaminer) ou au contraire des fausses alertes (risques de demandes de tests et encombrement des services de santé) ; le manque de sécurité du Bluetooth qui devra être activé en permanence permet le piratage de toutes les données du téléphone. Efficacité incertaine Les épidémiologistes indiquent que 60% de la population devrait utiliser l’application pour qu’elle soit efficace, or les expériences de Singapour ou Corée du Sud montrent que seuls 15 à 30% l’ont installée. Discriminations Le choix d’une application sur smartphone exclut une grande partie de la population (seulement 44% des plus de 70 ans en possèdent un et 14% des Français ne sont pas à l’aise avec l’installation d’une application ou l’activation du Bluetooth) pourtant c’est cette classe qui est considérée comme la plus « à risques ». Anonymat L’anonymat n’est pas garanti en raison même de la conception de l’application fonctionnant avec des pseudonymes qui permettent toujours la ré-identification et seront distribués par un serveur central (qui peut toujours être piraté). Ceci est d’autant plus dangereux qu’il s’agit de données de santé, par définition extrêmement sensibles qui sont en général protégées par le secret médical. Par ailleurs, nul ne peut ignorer que les systèmes d’exploitation des smartphones, Android et iOS, permettent à leur fournisseur Google et Apple de récupérer des données personnelles, les données de StopCovid ne devraient pas leur échapper. Si ces données restaient vraiment anonymes, leur traitement n’aurait pas besoin de l’aval de la Cnil, or le gouvernement lui a pourtant demandé son avis qui bien que favorable émet pourtant des réserves. Durée de conservation Le gouvernement promet que les données seront effacées à la fin de l’épidémie mais il reste par ailleurs très prudent sur une deuxième vague. Décidera-t-il en prévision de conserver les données ? Aucune garantie n’est apportée. Consentement Le volontariat mis en avant permet au gouvernement de considérer qu’il y a consentement de la part de l’utilisateur, mais il est peu probable que celui-ci soit libre et éclairé (l’utilisateur aurait tout compris du fonctionnement et de ses conséquences…) et par ailleurs on peut redouter que pour certains services, l’accès au lieux publics, entreprises, etc. l’utilisation de StopCovid soit « fortement » recommandée, ce qui fausserait complètement le caractère libre de celui-ci. Acceptabilité Les craintes que porte cette épidémie nous ont fait renoncer à nombre de nos droits et libertés pour nous-mêmes ou pour nos semblables mais il n’est pas acceptable que pour l’endiguer une majorité de nos concitoyens décident de se soumettre à un contrôle permanent. Ce serait la porte ouverte à une surveillance technologique généralisée. Paris, le 28 mai 2020 Télécharger l’argumentaire au format PDF
 
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[infocom-ldh] Argumentaire LDH : appli StopCovid, danger !

Appli STOPCOVID Danger

LDH

Bien que le parlement ait voté en faveur du déploiement de l’application StopCovid, la Ligue des droits de l’Homme (LDH) continue à alerter sur les dangers pour la vie privée et les libertés que présente son utilisation. Sécurité, fiabilité, anonymat, inefficacité, discriminations, durée de conservation et effacement, consentement « faussé », acceptabilité d’une surveillance généralisée, tels sont les problèmes que pose StopCovid. Rappel du fonctionnement L’application StopCovid installée volontairement sur son smartphone permettra à une personne testée positive au coronavirus d’alerter automatiquement tous les utilisateurs avec lesquels le Bluetooth de son smartphone a été en contact récemment (moins d’un mètre et plus de quinze minutes), afin qu’ils se fassent tester. Fiabilité, sécurité L’inventeur du Bluetooth qui permet aux appareils électroniques de communiquer entre eux alerte sur : le manque de fiabilité : le Bluetooth n’a pas été prévu pour mesurer des distances entre les personnes ce qui entraîne des risques d’une part de ne pas détecter des cas positifs (ceux qui ont vraiment été en contact mais ne seraient pas informés peuvent continuer à contaminer) ou au contraire des fausses alertes (risques de demandes de tests et encombrement des services de santé) ; le manque de sécurité du Bluetooth qui devra être activé en permanence permet le piratage de toutes les données du téléphone. Efficacité incertaine Les épidémiologistes indiquent que 60% de la population devrait utiliser l’application pour qu’elle soit efficace, or les expériences de Singapour ou Corée du Sud montrent que seuls 15 à 30% l’ont installée. Discriminations Le choix d’une application sur smartphone exclut une grande partie de la population (seulement 44% des plus de 70 ans en possèdent un et 14% des Français ne sont pas à l’aise avec l’installation d’une application ou l’activation du Bluetooth) pourtant c’est cette classe qui est considérée comme la plus « à risques ». Anonymat L’anonymat n’est pas garanti en raison même de la conception de l’application fonctionnant avec des pseudonymes qui permettent toujours la ré-identification et seront distribués par un serveur central (qui peut toujours être piraté). Ceci est d’autant plus dangereux qu’il s’agit de données de santé, par définition extrêmement sensibles qui sont en général protégées par le secret médical. Par ailleurs, nul ne peut ignorer que les systèmes d’exploitation des smartphones, Android et iOS, permettent à leur fournisseur Google et Apple de récupérer des données personnelles, les données de StopCovid ne devraient pas leur échapper. Si ces données restaient vraiment anonymes, leur traitement n’aurait pas besoin de l’aval de la Cnil, or le gouvernement lui a pourtant demandé son avis qui bien que favorable émet pourtant des réserves. Durée de conservation Le gouvernement promet que les données seront effacées à la fin de l’épidémie mais il reste par ailleurs très prudent sur une deuxième vague. Décidera-t-il en prévision de conserver les données ? Aucune garantie n’est apportée. Consentement Le volontariat mis en avant permet au gouvernement de considérer qu’il y a consentement de la part de l’utilisateur, mais il est peu probable que celui-ci soit libre et éclairé (l’utilisateur aurait tout compris du fonctionnement et de ses conséquences…) et par ailleurs on peut redouter que pour certains services, l’accès au lieux publics, entreprises, etc. l’utilisation de StopCovid soit « fortement » recommandée, ce qui fausserait complètement le caractère libre de celui-ci. Acceptabilité Les craintes que porte cette épidémie nous ont fait renoncer à nombre de nos droits et libertés pour nous-mêmes ou pour nos semblables mais il n’est pas acceptable que pour l’endiguer une majorité de nos concitoyens décident de se soumettre à un contrôle permanent. Ce serait la porte ouverte à une surveillance technologique généralisée. Paris, le 28 mai 2020 Télécharger l’argumentaire au format PDF
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