scénario pour une tragédie

Scénario pour une tragédie

Acte 1 : on met en œuvre des politiques qui sont le carburant du FN

La montée du FN commence dés que la « promesse » de la gauche, en récupération de Mai 68, se transforme en capitulation : tournant de la rigueur de 1983, traité de Maastricht en 1992, bafouement en 2007 du vote populaire de 2005 contre le TCE, présidence Hollande (tout un programme : CICE, Loi El Khomri, participation plus qu’active à la mise à genoux de Tsipras, régression des libertés publiques à la faveur des attentats, etc.).

Nul besoin d’insister, si ce n’est de demander de me pardonner des nombreuses omissions de cette sinistre liste.

Acte 2 : on amène à un 2ème tour MLP/EM

Devant la débâcle annoncée du PS, plus précisément sa « pasokisation », méritée, le système se doit de construire un deuxième parti de gouvernement (néolibéral s’entend) pour affronter les élections présidentielles à venir. C’est la rencontre entre l’aventure personnelle d’un homme, Emmanuel Macron, et de très puissants soutiens issus du système, y compris au niveau européen. L’affaire Fillon met en danger ce montage en mettant dans un mouchoir de poche quatre candidats dont un représentant une gauche radicale qui mord sur les milieux populaires jusqu’ici abandonnés à MLP. D’un second tour souhaité « Fillon vs Macron » ou de seconds tours de repli sans grand souci (« Macron vs MLP » ou « Fillon vs MLP »), le risque d’un second tour avec la gauche radicale devient préoccupant, plus que préoccupant même, potentiellement désastreux si l’autre qualifié est MLP ou Fillon. Un tir de barrage grossier est organisé dans les dix derniers jours de campagne. Avec le soutien actif du PS, ça marche. Ouf ! Le lendemain les bourses s’envolent.

Acte 3 : on intime le mot d’ordre de voter EM

Dés 20h le soir du premier tour on intime à toutes les forces politiques d’appeler à voter Macron. Celui qui instaurera la retraite par points, celui qui démolira le code du travail par ordonnance pendant l’été (Valls avec son 49.3 est vraiment un tout petit garçon), celui qui s’efforcera d’ubériser la société, celui qui s’efforcera d’aller encore plus loin dans les traités européens néolibéraux, celui qui fera avancer tous les projets d’accords de libre-échange, tellement contraignants pour l’avenir, tels que CETA (avec le Canada), JAFTA (avec le Japon), TAFTA (qui repartira dans quelques temps), un accord avec le Mexique (comme par hasard le 3ème de l’ALENA), etc., celui qui avec sa partenaire Merkel s’efforcera de mettre sur pied une « défense » européenne (il est vrai que des transnationales de droit européen du secteur de l’énergie rêvent de tailler des croupières aux entreprises dirigées par des oligarques liés à l’état russe, pas plus recommandables, je précise).

Alors que ceux qui ont assuré la non présence au 2ème tour de la gauche radicale se retrouvent, sans vergogne aucune, en première ligne des injoncteurs, une partie de la gauche de gauche leur emboîte fort malheureusement le pas. En dépit de toutes les études d’opinion qui donnent une marge au candidat ultra néo-libéral bien au-delà de la marge d’erreur et même d’un déplacement du curseur de quelques points. Sauf à penser que les sondagiers manipulent leurs sondages pour mettre MLP au pouvoir, hypothèse complotiste pour le moins audacieuse, pour ne pas dire absurde puisque le système veut Macron. Les références au Brexit et à l’élection de Trump, avec son mode de scrutin (rôle clé des swing states) qui augmente grandement l’incertitude, ne sont pas pertinentes car les sondages d’avant scrutin n’excluaient justement pas l’issue de ces votes. L’irrationalité et le caractère anxiogène étant entretenus, celles/ceux qui ne sont pas d’accord pour céder à l’Injonction finissent par être traités de « salauds » par Mme Christine Angot dont on m’accordera que, sans discuter ici son talent, sa sociologie est quelque peu différente de celles des milieux populaires qui n’en peuvent plus du néolibéralisme.

Acte 4 : on assure la résurrection du PS

Ce second tour sans risque présente un autre avantage considérable : la possibilité d’une résurrection du PS accolé à deux partis de droite, LR et EM, possibilité dont le système se lèche déjà les babines : il peut être pratique de disposer aussi d’un parti relevant de ce que naguère on appelait le centre. Alors qu’après l’élection de Macron viennent les législatives et que le score du candidat de FI permettait d’espérer que la gauche radicale soit représentée au Parlement et prenne l’hégémonie sur ce qui s’appelait naguère la gauche et ainsi pèse dans les années de néolibéralisme effréné qui vont suivre – ce qui est un enjeu clé pour faire pendant au FN – FI (qui peut avoir ses défauts par ailleurs), une des seules forces à garder la tête froide, en prend plein la gueule. Désolant qu’une partie de la gauche de gauche, par fantasme d’un danger imminent de FN sans réel fondement, ni en sciences politiques (10 % de voix passant d’un candidat à l’autre en quelques jours) ni en sciences statistiques (10 % de voix passant d’un candidat à l’autre dans l’isoloir), apporte de fait des ingrédients à cette opération alors qu’il était effectivement vital pour la suite de ne pas obéir à l’Injonction : c’eut été valider, notamment vis à vis des milieux populaires, que seul le FN serait anti-système. La ligne « pas une voix pour le FN mais combattre Macron dés le 24 avril » (qui peut se traduire dans les urnes de multiples façons) permet au contraire de tout à la fois condamner le FN et le néolibéralisme. Le résultat n’est pas difficile à prévoir : l’électorat de gauche se répartit aux législatives entre FI et PS et il n’y a quasiment pas d’élu représentant la gauche de gauche à l’Assemblée nationale.

Acte 5 : on met en œuvre une politique néolibérale telle que ce pays n’en a jamais connu

Macron élu, il met en œuvre son programme. On relira ci-dessus le programme des réjouissances. On peut y ajouter une prise en compte de façade du problème climatique et environnemental, en rien contraignante puisque alors elle se heurterait aux intérêts des transnationales. Difficile de dire aujourd’hui dans quelle configuration gouvernementale cela se fait, cela dépend du partage du gâteau législatif entre EM, LR et peut-être, dans une mesure très amoindrie, PS, mais cela se fait. On est par exemple sûr que les accords de libre-échange et l’approfondissement néolibéral des traités européens ne sont pas mis en difficulté. Ils ne sont alors contestés que par le FN …

Epilogue probable : le FN aux affaires dans 5 ans

Fort de cette tribune de contestation parlementaire non partagée avec une gauche radicale, et sur la base d’un accroissement des conséquences désastreuses du néolibéralisme sur le vécu et les consciences des gens (pas ceux de Mme Angot and co), le FN a toutes les chances d’arriver au pouvoir dans 5 ans, avec toutes ses conséquences mille fois exposées.

Les amis, préférons-nous vraiment prendre le risque de ce scénario ?

Dit autrement : on prend un risque à 1 « chance » sur 100.000* de Le Pen maintenant ou le risque du FN à 2 « chances » sur 3 dans 5 ans ?

Bien à vous toutes et tous

Jean Michel Coulomb

*Il est probable qu’un calcul statistique formalisé d’un déplacement de voix de 9 % en quelques jours donnerait pas mal d’autres zéro derrière le 1.

PS : on trouvera l’évolution des sondages de 2ème tour Macron / Le Pen à : https://fr.wikipedia.org/wiki/Liste_de_sondages_sur_l%27%C3%A9lection_pr%C3%A9sidentielle_fran%C3%A7aise_de_2017#Intentions_de_vote

Partagez...Share on Facebook
Facebook
0Tweet about this on Twitter
Twitter