LA RENTABILITÉ

mercredi 21 octobre 2020
par  Hervé Thomas
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LA RENTABILITÉ

La rentabilité, ça a l’air simple : c’est rentable quand ça rapporte plus d’argent que ça en coûte.

Sauf que la « rentabilité » dépend de ce qu’on compte, de ce qu’on ne compte pas, et pour qui l’on compte. Il y a des choses qu’on ne sait pas compter, ou qu’on oublie de compter, ou qu’on ne veut pas compter.

Robert - Salut. Tu as vu ? On va agrandir l’aéroport de Marignane ! C’est super, c’est moderne, avec plein d’avions supplémentaires qui atterriront et décolleront, et en plus ce sera vachement rentable.
Simon - Rentable pour qui ?
Robert - Comment ça, pour qui ? Rentable, pour tout le monde.
Simon - Tu es sûr ?
Robert - Ben oui. Plus de trafic, plus de mouvement, des emplois en plus, plus d’argent qui circule, c’est rentable pour tout le monde, non ?
Simon - Et pour les riverains, qui auront plus de bruit sur leurs têtes ?
Robert - Oui, mais le bruit, ça se mesure en décibels, pas en euros.
Simon - Tu veux dire que si on ne sait pas mesurer quelque chose en euros, ça ne compte pas ? Pour les riverains autour, qui seront gênés, malades, le bruit existe, et pas qu’un peu.
Robert - Oui, mais si tu vas chercher par là…
Simon - Je vais même chercher plus loin. Plus d’avions, c’est plus de CO2, de gaz à effet de serre, etc., c’est plus de réchauffement climatique. Et ça, ce n’est rentable pour personne.
Robert - Non, mais, comment tu raisonnes ? Il faut bien que l’économie marche, et que les entreprises tournent et soient rentables ?
Simon - Certainement. Sauf que la rentabilité, c’est la rentabilité pour les uns, mais pas forcément pour les autres.
Robert - Qu’est-ce que tu racontes ? Explique-toi.
Simon - A Marignane, si le projet passe, ceux qui vont gagner de l’argent, ce sont les constructeurs des bâtiments et des pistes, les exploitants des installations, et les banquiers qui auront ouvert des crédits, à rembourser avec intérêt.
Robert - Eh bien, ça fait du monde, tout ça.
Simon - Oui, mais il y a encore plus de monde qui va en perdre, pas forcément en euros, mais en qualité de vie et de climat. Le bilan n’est pas commode à faire en euros, mais ça vaut la peine de réfléchir avant de se lancer. Je te prends un autre exemple. L’évasion fiscale, c’est rentable ou pas ?
Robert - Ben….
Simon - Tu vas voir, c’est hyper simple. Pour la multinationale qui évade ses profits, ça lui coute des frais d’avocats fiscalistes, des commissions bancaires, quelques frais généraux, ça lui rapporte les économies des impôts qu’elle ne paye pas, le tout pas trop risqué, donc c’est très rentable, pour elle.
Par contre, pour nous tous, nous perdons tout l’argent de ces impôts que la multinationale ne paye pas, avec toutes les conséquences sociales désastreuses que ça entraine, et nous gagnons… ?
Robert - Euh, rien du tout ?
Simon - Rien du tout. Donc l’évasion fiscale est pour nous qui la subissons une complète catastrophe, et pas seulement financière..
Robert - C’est un peu de savoir à qui le crime profite ?
Simon - Oui. Marignane est un exemple de ces GTI, les Grands Travaux Inutiles. On voit très bien à qui ils profitent, on oublie tous ceux qui en pâtissent.
Robert - Et les petites lignes SNCF non rentables ?
Simon – Là tu fais intervenir un autre aspect, qui est l’étendue, plus ou moins grande, de ce que tu comptes.
Robert - Explique.
Simon - Si tu ne regardes que la ligne Saint Charles-Saint Marcel, par exemple, elle n’est pas rentable pour la SNCF. Par contre elle est très rentable pour les quelques voyageurs qui, pour le prix d’un billet de chemin de fer, n’ont pas à prendre leur voiture, se fatiguer dans les embouteillages, chercher à se garer, etc.
Robert - Tu vois ? On ne peut quand même pas faire un train pour seulement quelques personnes.
Simon - Et pourquoi pas ? Si la SNCF gagne de l’argent sur d’autres lignes, les grandes, elle peut en perdre un peu sur celle-là. C’est exactement ce que fait la Poste, avec un timbre à prix unique quelle que soit ta destination partout en France. Et pourtant ça lui coute plus cher d’envoyer une lettre dans un hameau de Bretagne que dans un arrondissement de Marseille. Perdre de l’argent ici, mais en gagner là, pour qu’au total, au total, l’activité soit rentable, ou au moins équilibrée, ça s’appelle faire de la péréquation.
Robert - De la quoi ?
Simon - De la péréquation.
Robert - Dans ce cas, pourquoi toutes les entreprises ne font-elles pas de la péréquation ?
Simon - Parce que ça dépend de qui leurs dirigeants défendent les intérêts. Les dirigeants d’une entreprise privée servent les intérêts de personnes privées, les actionnaires. Et si ça dessert les intérêts d’autres personnes, tant pis. Comme on dit, c’est « la dure loi du marché », la compétition, la concurrence, etc. Par contre les dirigeants d’une entreprise publique, ou d’un service public, sont censés servir l’intérêt commun, général. C’est dans ce cas que la péréquation s’applique.
Robert - Oui, mais il y a des entreprises publiques déficitaires ?
Simon - Exact. Il y a de très nombreux facteurs qui jouent : la gestion, le management, les financements, la technique, le personnel, et ainsi de suite. Ce qu’il faut juger au niveau d’un pays comme la France, c’est comment la richesse produite est répartie, tout au bout du compte, entre les citoyens, si c’est juste ou pas. Si tu poses la question à MM. Bolloré ou Pinault ou Mulliez, ils te répondront que tout va très bien, mais que ça pourrait être plus rentable. Si tu la poses à une caissière à temps partiel imposé, elle te dira que pour elle Auchan est une entreprise pas du tout rentable.
Robert - Mais on ne peut quand même pas dépenser sans compter !
Simon - Certainement. A condition de savoir qui compte pour qui. Prends l’exemple de l’hôpital public. Ce n’est pas une entreprise, c’est un établissement public de santé. Il est doté de l’autonomie financière, et doit être rentable. D’où suppression de lits, de personnels, etc. Est-ce que cela est rentable pour la santé publique ? Ça se discute.
Robert - Oui, je vois. Selon l’espace plus ou moins grand qu’on prend en compte, le calcul de rentabilité n’est pas le même.
Simon - Selon l’espace, et aussi selon le temps, la durée.
Robert - Qu’est-ce que tu veux dire ?
Simon - Je pense à la recherche scientifique, à la recherche fondamentale. Est-ce que c’est rentable que des chercheurs soient payés à regarder les étoiles, à se demander comment on se mariait dans la préhistoire, à imaginer que des droites parallèles finissent par se croiser, etc. ? L’histoire montre que oui, mille fois oui, mais pas tout de suite, pour plus tard, 10, 20 ou 100 ans plus tard, pour d’autres que les chercheurs.
Robert - Si tu veux. Mais qui va décider, qui va payer quoi ?
Simon - Vaste question. On en parlera une autre fois ?


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