Les Dames de la rue Curiol

lundi 4 mai 2020
par  Hervé Thomas
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Les Dames de la rue Curiol

Quel vrai Marseillais ne connaît pas la Rue Curiol ? Cette rue perpendiculaire à la Canebière qui monte jusqu’à la Plaine, encadrée en bas par la librairie Maupetit et finissant en haut par le bar du Petit Nice et celui des Maraîchers.

Depuis de lustres cette rue abrite une activité dont on prétend (surtout les hommes bien sûr) qu’elle serait « le plus vieux métier du monde » : des dames de petite vertu, des tapineuses, des catins, des putes, des péripatéticiennes, mais avant tout des femmes qui travaillent pour gagner leur croûte.

À la différence de celles des bars de l’Opéra ou de l’avenue du Prado, la rue Curiol est non seulement le lieu de travail de ces dames, mais aussi leur lieu de vie. Ce ne sont pas ce que l’on appelle communément des « marcheuses », mais bien des prostituées « sédentaires  », possédant chacune leur place dans la rue, avec leur chaise pour être plus confortable dans l’attente du prochain client.

La plupart d’entre elles sont propriétaires de leur logement et sont indépendantes ; elles n’ont pas de souteneur attitré, et se protègent les unes les autres en comptant d’abord sur leur solidarité mais aussi sur celle de leurs voisins. Il faut dire que bien souvent, elles vivent et travaillent dans cette rue depuis trente ou quarante ans.

Chaque fois que je reviens du marché de Noailles ou de la rue Longue, je passe par la rue Guy Moquet et le lycée Thiers, et débouche après avoir traversé la rue Sénac sur la rue Curiol. C’est ainsi que depuis des années, je connais Maïssa qui est postée à l’angle de la rue, une vieille algérienne que j’ai toujours vu assise au même endroit et qui doit bien avoir soixante-dix ans ; puis plus bas, et à peine plus jeune, debout et hissée sur des talons aiguilles qui étirent encore davantage ses jambes déjà longues, Carolina qui est espagnole, mais marseillaise depuis toujours.

Selon le temps et l’humeur, nous nous saluons d’un signe de tête, ou parfois nous échangeons quelques mots, en général sur le temps qu’il fait, mais sans aller plus avant. Elles ne m’ont jamais proposé de monter et je n’ai jamais osé les déranger en jouant avec elles les bazarettes.

Parfois, quand elles ne sont pas au rendez-vous de la rue Curiol, c’est qu’elles prennent leur café chez Giulia sur la Canebière et y retrouvent leurs collègues de la rue Sénac ; c’est un moment de pause où les taquineries du patron du bar tabac et les réparties fleuries des dames mettent le feu et font péter de rire toute l’assemblée.

Voilà presque deux mois que je n’ai pas vu les dames de la rue Curiol et que je n’ai pas pu les saluer : elles me manquent et je me languis d’elles.

Hervé Thomas.

La pudeur de la rue Curiol : regardez ce documentaire, ce n’est pas tous les jours qu’un sujet aussi marseillais que la rue Curiol est traité avec autant de talent et de pudeur.

https://www.youtube.com/watch?v=48yRX9EwZ4s


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