Faites le marché du tout marchand !

jeudi 26 novembre 2020
par  Hervé Thomas
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Même l’aide aux femmes victimes de violences ...

UNE FOIS DE PLUS, POUR CE GOUVERNEMENT, TOUT DOIT ÊTRE ÉVALUÉ A L’AUNE DU MARCHÉ, TOUT DOIT ENTRER DANS LA LOI DU MARCHÉ !

Ils ne sont pas loin dans nos mémoires les dégâts de l’exigence de rentabilité pour l’hôpital public.

Et pourtant ça continue encore et encore ! MAINTENANT, C’EST LA MISE EN CONCURRENCE DE LA GESTION DES APPELS AU 3919 ! Et ce, au prétexte d’étendre la période de réception des appels à 24 h sur 24 (actuellement de 9 h à 22 h) !!!!

Le 3919 c’est le numéro d’appel national et gratuit pour toute femme victime de violences, géré depuis l’origine par une fédération d’associations féministes, laquelle demande tout simplement une nouvelle subvention, via la signature d’une nouvelle convention lui permettant d’étendre la plage horaire de réception des appels à 24 h sur 24, puisque c’est ce que prétend vouloir le gouvernement.

La mise en concurrence ou comment récupérer ce qui a été construit, souvent bénévolement et de façon militante, pendant des dizaines d’années, pour en faire cadeau au secteur marchand !

Mais jusqu’où va-t-on aller dans cette logique où tout est marché, où le mieux disant sera celui qui sera le moins cher ?
Comment osent-ils soumettre la solidarité, la lutte contre les violences sexistes, l’aide aux victimes aux lois du marché !

Comment le Ministère prétend-il définir des critères objectifs et marchands pour quelque chose qui n’est ni marchand ni même objectif ?

Un peu d’histoire : à la fin des années 1970, des associations féministes de luttes contre les violences conjugales se réunissent pour se fédérer. En 1981, elles créent l’association Solidarité Femmes qui devient en 1987, la Fédération Nationale Solidarité Femmes (FNSF). A l’époque, les permanences téléphoniques s’organisaient par ville, (d’ailleurs, un numéro local, c’était moins cher). L’écoute se faisait souvent par des bénévoles sur des périodes limitées. Un numéro pour les violences conjugales, un autre pour les viols et violences sexuelles….

En 1992, la Fédération nationale Solidarité Femmes crée un service téléphonique national d’écoute : Violences Conjugales - Femmes Infos Services.

C’est en 2006 qu’elle signe une convention avec le ministère de l’Intérieur pour financer et améliorer l’accueil et l’accompagnement des femmes victimes de violences, en collaboration avec les services de police et de gendarmerie ; en 2007, le 3919, gratuit, remplace le précédent numéro.

En parallèle, depuis 2009, la FNSF forme les référents violences des commissariats d’Île-de-France sur les violences faites aux femmes. Dans d’autres régions, des interventions de même nature sont également organisées par les associations membres.

En 2014, les missions du 3919 sont étendues à toutes les formes de violences faites aux femmes : conjugales, sexuelles, mariages forcés, mutilations sexuelles féminines, violences au travail.

En 2020, la FNSF fédère 73 associations, localement implantée réparties sur tout le territoire national, qui partagent une même analyse de la violence exercée à l’encontre des femmes.

Ces associations accueillent physiquement, conseillent, accompagnent juridiquement chez l’avocat, à la CAF, à la Médecine légale, gèrent des hébergements ou orientent vers des hébergements, en fonction de la composition familiale ; elles interviennent dans des lieux divers pour informer et former. Elles cherchent des solutions pour des femmes sans papier. Elles participent aux mobilisations féministes, manifestent, rapportent, tiennent une veille sur les lois, sur ce qui avance ou recule au niveau européen, international….

C’est tout ça qui soutient l’accueil téléphonique au 3919, en plus de la formation professionnelle des écoutantes. Et ce n’est pas remplaçable.

Ainsi donc l’État commence par répondre positivement à la demande militante en prenant en charge financièrement par des subventions, un travail socialement utile, ce qui est salué comme une volonté d’action contre les violences conjugales et une reconnaissance enfin du problème et des solutions à mettre en œuvre.

Pour ensuite, ouvrir à la concurrence avec un appel d’offres ! Et « externaliser » de force de l’association, ce travail d’écoute qui nécessite de recourir à des salariés !

Comme si cette activité était séparable de toute l’action menée par les associations féministes qui composent la Fédération Nationale Solidarité femmes ! Comme si les convictions, les volontés solidaires, les engagements bénévoles multiples autour de salariées formées et professionnelles n’étaient pas la force de ce mouvement !

Et inversement, on pourrait dire aussi que le contact avec les femmes victimes, le fait d’avoir «  les mains dans le charbon » est à la fois un puissant moteur de la révolte contre les violences sexistes, et un des fondements de la légitimité des associations à s’exprimer, forçant la reconnaissance de leur expertise, donnant du poids et de la matière, à leurs évaluations.

Le leur enlever, c’est aussi vouloir leur enlever cette légitimité, leur enlever à terme, des moyens d’analyse de la situation.

Le Ministère répond que la FNSF a ses chances de remporter l’appel d’offres…..
Enfin, il y a une vingtaine de personnes salariées, professionnelles, bien formées, bien entourées derrière ce numéro d’écoute ; déjà pour elles, pas sûr qu’une convention collective organise la reprise par un nouveau titulaire du « marché »… pas sûr non plus qu’elles en aient envie.

Et quand bien même, elles conserveraient leur emploi….

On connaît les dégâts, au niveau des salarié.e.s et des organisations syndicales, de ces incessants changements d’employeurs dans les secteurs du nettoyage, du gardiennage, des déchets, où les titulaires du marché, se succèdent. A l’occasion du transfert, il y a toujours des « pas assez anciens », des «  temps trop partiels », des «  trop bien payés », des « trop syndiqués » dont le repreneur se débarrasse, comme il se débarrasse des sections syndicales, subitement scindées entre deux entreprises différentes, qu’il faut de toute façon reconstruire au plus vite dans la nouvelle boîte, qui doivent prouver leur représentativité chez un nouvel employeur, alors qu’il y a peut-être un syndicat « maison »…..

Bref, cette mise en concurrence, dans un esprit de marchandisation de tout, est inacceptable et insupportable.

Pour s’y opposer, une pétition en ligne est mise en place :

Pétition · Contre le marché public et la mise en concurrence des associations féministes imposés par le @gouvernementfr #SauvonsLe3919 ! · Change.org


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Retraité.e.s en colère

Une pétition en ligne a été mise en place par les 9 organisations de retraité/es qui se sont réunies ce 11 avril : http://www.retraitesencolere.fr/ pour demander une loi de finances rectificative avec la suppression de l’augmentation de la CGS, la fin du gel des retraites et leur revalorisation. Une manière de maintenir la pression et de ne rien lâcher...