Résistance par plaisir

jeudi 26 novembre 2020
par  Hervé Thomas
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Résistance par plaisir

Confinement : pas de bars, pas de restaurants, ni théâtres, ni cinémas. En un mot : pas de plaisir en société, quand les gens se rencontrent, parlent, échangent, refont le monde, imaginent, ont librement du plaisir. La conséquence est le tableau classique de l’enfermement : détérioration de la santé mentale, augmentation de la consommation d’alcool, de médicaments, violences conjugales, violences contre les enfants, baisse de la libido des couples, etc...

Raison officielle du confinement : éviter les lieux de contact, donc de propagation du virus. En somme, priver de l’essentiel de la vie pour qu’on survive.

Le confinement est une stratégie du Moyen Age, quand on ne savait pas faire autre chose. Aujourd’hui une autre politique était possible : tester tout le monde, repérer les malades, n’isoler que les malades. Politique qui suppose qu’on ait en stock d’avance des tests, y compris les écouvillons, des lits et les gens qu’il faut autour.

Donc qu’on n’ait pas démoli l’hôpital comme c’est en cours depuis quarante années.
Mais les choses étant ce qu’elles sont, le covid est bien une raison, réelle, de confiner.

Toutefois, l’explication officielle n’est peut-être pas la seule possible. De mauvaises langues font entendre une raison supplémentaire. Le covid serait une occasion, une aubaine, de servir d’autres visées politiques que la santé publique, à savoir l’isolement, la division des gens, la privation de plaisir, dans le but de continuer à régner.

Monique Pinçon-Charlot, sociologue qui a passé sa vie à étudier « les riches », confie aux Inrockuptibles : « Nous ne pensions pas que l’on réaliserait le rêve ultime de tout capitaliste : que des peuples entiers soient confinés chez eux, sans lien, atomisés ». Et d’ajouter : « Le confinement a en outre l’avantage de casser la dynamique des luttes et des mouvements sociaux divers qui se succédaient, de Gilets jaunes en cheminots rouges de colère. » Chacun a pu en effet constater les nouvelles difficultés de manifester, défiler, etc…

Cette hypothèse est-elle plausible ? Est-ce que la privation de plaisir social, par le confinement, est un outil qu’un pouvoir peut utiliser pour se maintenir ?

Je me souviens qu’écolier, en des temps antédiluviens, j’ai plusieurs fois été puni de 100 lignes « je ne dois pas rire en classe avec mes petits camarades  ». J’ai entendu dire que le pouvoir taliban interdisait la musique et les cigarettes.

J’ai appris les 7 péchés capitaux, capitaux signifiant non pas les plus graves, mais à la tête, à la source, ceux dont les autres péchés sont issus : l’orgueil, l’avarice, la colère, l’envie, la paresse, la gourmandise, la luxure. Les quatre premiers satisfont des pulsions, les trois derniers procurent du plaisir ! C’est dire que se prélasser au lit, s’empiffrer de choux à la crème, se vautrer dans le stupre seraient des péchés capitaux, alors que meurtre, vol, prédation, esclavage, pédophilie, ne seraient pas plus que péchés mortels ?

Il semble donc bien que le plaisir des dominés recèle quelque chose de très dérangeant pour des dominants. Jean Ferrat et Juliette Gréco ne nous chantent-ils pas : « Une femme honnête n’a pas de plaisir » ? Qu’est ce quelque chose que les dominants combattent, car c’est une menace, une remise en cause de leur pouvoir ?

C’est simplement que le plaisir du lien en société, issu du libre choc des paroles, du conflit des idées, de la communion des espérances, permet aux humains de se rendre agréablement, donc fortement, compte, qu’il existe d’autres possibles que ce qu’ils endurent ici et maintenant. Le plaisir et le lien social leur donnent la perspective d’échapper au pouvoir régnant, « leur donne des idées », aussitôt baptisées d’ « utopiques » bien entendu, comme marcher sur la lune. Si les gens se mettent à avoir des idées, où va-t-on ?

Un pouvoir a une parade : panem et circenses, du pain et des jeux.
Ce ne sont plus aujourd’hui les jeux du cirque, avec gladiateurs, lions, mises à mort et dévorations. Ce sont d’autres jeux, de grattage, de pari de football ou de chevaux, de loterie, …. Des jeux qui abrutissent au lieu de libérer, qui abêtissent au lieu de cultiver. Que les librairies soient fermées, c’est normal : le livre fait réfléchir, rêver, imaginer, enseigne : en un mot, il libère. Donc il ne faut pas en donner en pâture aux « chiens de lisards » qui pourraient y trouver de mauvaises pensées.

Est-ce que cette vision des choses est fondée ? Je ne sais pas. Mais j’observe qu’elle est une version de l’adage bien connu et vérifié « diviser pour régner ». Quoi qu’il en soit, le confinement nous isole les uns des autres. Maintenons quand même le plus possible le contact, restons libre dans notre tête, et, chaque fois qu’on le peut, prenons du plaisir.

Jacques Woda.


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