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Accueil du site > Actualités > En trente ans, l’euroscepticisme n’a cessé de croître sur tout le continent

LE MONDE | 08.04.05 | 16h15

Une partie des Européens est-elle en train d’abandonner l’Europe à son sort ? Constat alarmant pour les partisans de la construction européenne : « En plus de trente ans de sondages Eurobaromètre l’indifférence n’a jamais aussi été marquée que depuis le début de ce siècle. » Telle est l’une des conclusions de L’Opinion publique européenne en 2005, sixième édition d’un ouvrage collectif piloté par la Fondation Robert-Schuman (La Table ronde, 300 p., 18 €).

A l’automne 2004, 43 % des citoyens de l’UE affirmaient qu’un éventuel abandon de l’Union les laisserait indifférents, 13 % avouaient même qu’ils s’en satisferaient. En somme, ce sont 56 % des Européens qui se préoccupent comme d’une guigne de l’avenir du Vieux Continent, explique Ruben Mohedano-Brethes, ancien directeur de recherche des Eurobaromètres.

L’Eurobaromètre, créé en 1973, est un organisme dépendant de la Commission européenne qui réalise, notamment, deux grandes vagues d’enquêtes annuelles (mai-juin, septembre-octobre). Les chiffres de 2004 mettent cependant l’euroscepticisme à la hausse sur tout le continent.

Autre source d’inquiétude pour les europhiles : le niveau de connaissance sur l’UE demeure « invariablement et désespérément faible ». Il atteint la note de 4,3 (sur 10) alors que la « connaissance moyenne » est évaluée à un niveau minimal de 5,5. Seuls 66 % des citoyens, qui font partie d’une catégorie dont le niveau de connaissance est jugé « moyen », savent, par exemple, que l’UE compte aujourd’hui plus de 12 Etats !

Pourtant, ce n’est pas tant la construction européenne qui est remise en cause, que ses résultats. Ainsi, on note une forte déception en matière de politique sociale et d’emploi. Et si la moitié des personnes interrogées continuent de faire confiance à l’UE, c’est une confiance conditionnée. En tout cas, les motifs des pères fondateurs de l’Europe (assurer la paix sur le continent) ne suffisent plus à lutter contre cette tendance à l’indifférence et à l’apathie.

Le recueil a été rédigé avant le retournement en faveur du non dans les sondages sur le référendum français. Mais les commentateurs, interrogés aujourd’hui, continuent à espérer une victoire du oui le 29 mai.

Pour Dominique Reynié, directeur de l’Observatoire interrégional du politique, « l’aspect actuel du débat français ne porte pas vraiment sur l’Europe ni sur les valeurs mais sur les effets prêtés au texte constitutionnel ». Mais « il faut quand même remarquer que, par rapport à Maastricht, l’option souverainiste n’en est plus une. La mondialisation a balayé tout cela. Il est clair, cependant, qu’une partie de l’opinion rejette sous le vocable de libéralisme à la fois l’hyperpuissance américaine et l’ensemble que forme l’Europe ».

Les croisements des enquêtes montrent en tout cas qu’en Europe la population qualifiée d’« eurofragiles », ceux que l’UE « n’intéresse » décidément pas, rassemble plus d’un tiers des sondés (31 %). Les « euromilitants » et les « eurosympathisants » représentent 47 % des échantillons (contre 13 % d’« eurocritiques » et 9 % d’« antieuropéens »).

Le profil type de l’Européen convaincu est celui d’un homme, citadin de moins de 39 ans, éduqué, de centre gauche ou de centre droit. En revanche les femmes sont plus « eurosceptiques ». Elles sont également moins informées. 38 % des Européennes déclaraient, en novembre 2004, n’avoir jamais entendu parler du traité constitutionnel (contre 27 % des hommes).

Les mêmes caractéristiques se retrouvent en France comme le montre L’Etat de l’opinion 2005, d’Olivier Duhamel (professeur à Sciences Po) et Brice Teinturier (TNS/Sofres), qui vient également de sortir (Seuil, 318 p., 25 €).

L’effritement de l’enthousiasme européen, perceptible depuis quelques années déjà, est cependant plus sensible chez les plus jeunes (18-24 ans) et chez les plus vieux des Français (65 ans et plus). M. Duhamel croit toutefois pouvoir déceler une diminution de la réticence à l’Europe des milieux populaires. Tandis que 42 % des ouvriers avaient voté oui à Maastricht en 1992, 65 % affirmaient pencher pour le oui, en novembre 2004. Dans la même période, le oui des « cadres et professions intellectuelles » ne croissait que de 3 % (70 % à 73 %). Enfin, les Français semblent avoir été parmi les Européens les plus sceptiques face à l’élargissement, le 1er mai 2004, de l’UE à dix pays d’Europe centrale (42 % pour, 39 % contre). En décembre 2004, seuls 39 % des interviewés s’y disaient favorables.

Tous ces chiffres n’ébranlent pas Jean-Dominique Giuliani, président de la Fondation Robert-Schuman, qui attribue la vague du non à un « coup de colère » et souligne que « 98 % des Français disent reconnaître le drapeau européen ».

Nicolas Weill

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