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Il n'y a pas de fatalité démographique

Isaac Joshua

in : Les retraites au péril du libéralisme, éd. Syllepse
Résumé par Emmanuel Prusker pour Attac Paris 15e

L'article d'Isaac Joshua se propose de démystifier les menaces démographiques qui pèseraient sur le financement du système de retraite par répartition. A travers l'analyse de l'évolution de 5 ratios de dépendance, il montre qu'il n'y a pas d'aggravation de la charge pesant sur les actifs à l'horizon 2040. D'autre part, l'auteur fait l'inventaire des solutions actuellement proposées face aux problème du vieillissement de la société française. Après avoir écarté les fonds de pension, il passe en revue les 3 types de réforme qu'offre tout système par répartition


Un ratio de dépendance mesure le rapport entre l'effectif d'une population " dépendante " et celui de la population censée la soutenir : ici la dépendance est entendue au sens économique. Le rapport Charpin, comme d'autres rapport officiels avant lui, insiste surtout sur des ratios de dépendance basés sur les prévisions démographiques, qui sont fiables sur une période de 40 ans. Examinons selon ces prévisions l'évolution de deux ratios de dépendance :

  • celui qui rapporte la population des 60 ans et plus à celle des 20-59 ans :
    38.5% en 1995, 72.6% en 2040 soit une progression de 86% du ratio,

  • celui qui rapporte la population des 60 ans et plus à la population active :
    46% en 1995, 84.3% en 2040 soit une progression de 83% du ratio.

Cette évolution résulte de la pyramide des âges, c'est à dire de l'entrée des premières générations (nombreuses !) du baby-boom à la retraite, et d'autre part de l'allongement de l'espérance de vie.


Si ces ratios mettent bien en évidence le vieillissement de la population française, ils laissent de côté les inactifs de moins de 60 ans qui sont d'une façon ou d'une autre à la charge de la collectivité. Ils laissent également de côté l'influence déterminante des évolutions économiques et sociales sur l'équilibre du financier du système de retraite. Les deux ratios que propose d'étudier Isaac Joshua permettent de prendre en compte ces considérations.

Le premier est le ratio de dépendance entre inactifs (inactifs âgés, jeune inactif, femme au foyer et handicapés) et actifs : 1,23 en 1995, 1,54 en 2040, le ratio ne progresse plus que de 25%.

Plus intéressant est le ratio de dépendance qui rapporte la population des inoccupés à celle des occupés qui tient compte du fait que la population active est composée de chômeurs. Ce ratio dépend donc non seulement des prévisions démographiques mais également des prévisions de croissance et de chômage qui ne sont pas pertinentes à un horizon de 40 ans :

  • Hypothèse pessimiste du rapport Charpin : taux de chômage de 9% de 2005 à 2040. Dans ce cas, ce ratio de dépendance n'augmente plus que de 10.5% en 45 ans, c'est à dire : 1,62 en 1995 à 1,79 en 2040,

  • Hypothèse optimiste : taux de chômage de 4.5% de 2015 à 2040. L'augmentation du ratio devient alors insignifiante, 4.4% en 47 ans : 1,59 en 1993 à 1,66 en 2040.

Ces ratios montrent donc, qu'en mettant sur le même pied l'ensemble des inoccupés et non plus seulement les retraités, et qu'en tenant compte de la diminution du chômage due à l'entrée de générations moins nombreuses sur le marché du travail, la charge pesant sur les actifs de 2040 sera à peu de choses près la même qu'aujourd'hui.


Deux objections peuvent cependant être soulevées : est-ce qu'un jeune inactif coûte à la collectivité autant qu'un retraité. Même question pour un chômeur un retraité. Si tel n'était pas le cas, un jeune ou un chômeur en moins ne compenserait que partiellement un retraité un plus.

  • Le montant mensuel moyen d'une retraite était de 6000 F en 1993( INSEE). La même année, les dépenses publiques mensuelles d'éducation en 1993 pour un jeune français étaient estimées à 2300 F (Education Nationale). Le décalage vient de ce que les autres dépenses pour les jeunes sont privées, c'est à dire au sein de la famille : le coût mensuel d'un enfant a été estimé à environ 4100 F en 1989. Si l'on intègre les dépenses privées, ce qui revient à mettre sur le même plan les retraités et les jeunes inactifs, le coût de leur prise en charge par la société est le même.

  • Qu'en est-il pour un chômeur ? Il suffit de prendre en compte les dépenses publiques pour l'emploi, actives et passives mais à l'exception des dépenses de formation professionnelle. En 1993, ces dépenses étaient d'environ 200 milliard de F, soit 5600 F par chômeur.

Le coût pour la société d'un retraité, d'un jeune inactif où d'un chômeur est équivalent : les évolutions démographiques n'aggraveront que très faiblement la charge pesant sur les actifs.


Isaac Joshua examine ensuite les solutions qui sont envisagées dans le débat actuel.

Concernant la solution de compléter le système de répartition par des fonds de pension, il rappelle que quel soit le système adopté, les actifs qui verseront des cotisations de retraite ou épargneront, n'auront que des droits à valoir sur les biens et services qui seront produits durant la période où ils seront à la retraite : en aucun cas, ils ne bénéficient de garantie quant aux montants de bien et de services qu'ils pourront consommer.

La question est de savoir quel système fournit de meilleurs à valoir. L'avantage décisif de la partition sur la capitalisation est qu'il permet de décider collectivement et publiquement des ajustements à effectuer.

Les trois autres solutions proposées se situent en répartition.

La première consiste à repousser l'âge à partir duquel on peut prendre sa retraite. Si cette solution permet d'un seul coup d'augmenter la population active et parallèlement de diminuer le nombre de retraités, elle augmente aussi d'un seul coup le nombre de chômeurs : quel est l'intérêt pour la société de prendre en charge des chômeurs plutôt que des retraités ? Cette solution n'a de sens que si le chômage est à un niveau faible, ce qui n'est pas le cas aujourd'hui.

Une deuxième réponse consiste à réduire le niveau de vie relatif des retraités par rapport aux actifs, en diminuant le taux de remplacement ou en sous-indexant les retraites après leur liquidation. La réforme de l'assurance vieillesse de 1993 va dans ce sens puisqu'elle prévoit une indexation des retraites sur l'évolution des prix et non plus sur celle des salaires moyens et quelle allonge de 150 à 160 trimestres la durée de cotisation pour une retraite à taux plein. Cette solution n'est pas acceptable pour deux raisons : d'une part elle remet en cause le rattrapage de niveau de vie des retraités sur les actifs qui sont équivalents depuis les années 1990 ; d'autre part, elle affecte surtout les catégories modestes pour qui le retraite représente 85 % des revenus disponibles.

L'auteur retient la troisième proposition qui revient à augmenter le niveau des cotisations. Pour maintenir la parité de niveau de vie entre retraités et actifs d'ici à 2040, il faudrait multiplier par 1,6 le niveau des cotisations, chose que les " experts " jugent insupportable pour les actifs, et pour les entreprises qui chercherait à économiser le facteur travail devenu trop cher. Aucune étude n'a pourtant réussi à établir une sensibilité forte du niveau d'emploi au coût salarial.

En conclusion, il n'y a pas de fatalité démographique qui menacerait de faillite notre système de retraite, mais une réalité du vieillissement de la société française à laquelle nous pouvons faire face collectivement au sein de la répartition. Il est nécessaire pour cela de changer la perspective, et de considérer que les enfants et les chômeurs sont tout autant à la charge des actifs que les retraités.



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Dernière mise à jour : 24 février 2000
Page réalisée par Roland Vergnioux (web.paris15@attac.org) pour Attac 15ème