Le partage, une nouvelle économie ? Compte rendu du débat.

dimanche 12 juillet 2015
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Un débat à poursuivre...

Le partage, une nouvelle économie ?

Un débat a été organisé par la revue Esprit en partenariat avec la Gaîté Lyrique le mercredi 8 juillet 2015.

Compte rendu par M.M. (Attac Paris-Centre).

Contexte
J’ai assisté en 2012 à une conférence organisée par une journaliste, docteur en économie Anne Sophie Novel (http://www.co-lab.fr/) sur le thème « Vive la co-révolution ! ». Il y a seulement 3 ans, son enquête concluait positivement à l’avènement d’une économie plus durable. Depuis, l’intervention des Venture Capital dans le financement de ces starts up est venue peu à peu pervertir l’économie du partage et le ton a changé.
Pour Nicholas Carr, l’auteur de « L‘internet rend –t-il bête ? », il semble difficile de célébrer le succès d’une économie de la débrouille, qui est plus la manifestation de l’échec de nos économies que de leur succès. Comme le rapporte le magazine Forbes, ce que louent les gens sur ces plateformes, c’est bien souvent ce qui leur reste : leur voiture, leur appartement, leurs objets pour obtenir un revenu complémentaire le temps d’une difficulté voire en faire une modalité de revenus. Nicholas Carr semble peu à l’aise également avec ces entreprises qui prennent un bénéfice sur la bien-pensance.
 http://www.internetactu.net/2013/01/31/la-regulation-de-leconomie-collaborative-en-question/
 
Le partage, une nouvelle économie ?
Résumé :
Airbnb, Blablacar, Leboncoin… La consommation collaborative fait aujourd’hui partie du quotidien de nombreux Français. Partager plutôt que posséder, échanger plutôt que vendre ou acheter. S’agit-il là d’une alternative, plus solidaire, plus écologique, au modèle capitaliste dominant ? Ou d’une manière pour le capitalisme de se réinventer, en mettant en danger les acquis sociaux ?
 
Intervenants : Débat animé par Alice Béja, rédactrice en chef de la revue Esprit
· Emmanuel Arnaud, fondateur de GuestToGuest, site d’échange de maisons
· Bernard Perret, auteur de Au-delà du marché. Les nouvelles voies de la démarchandisation (Paris, Les petits matins, 2015)
· Valérie Peugeot, chercheuse à Orange Labs, qui a mené une étude sur la consommation collaborative
· Richard Robert, directeur de ParisTech Review

Thèmes abordés :

1/Une définition mouvante selon les pratiques :
Les intervenants ont défini la consommation collaborative comme une transaction marchande ou non marchande entre 2 particuliers, tout ou partie de l’offre étant faite par des individus. La condition sine qua non étant la médiation des utilisateurs par une plateforme numérique.

2/ L’économie du partage n’est plus :
L’évolution rapide des pratiques a rendu le terme « partage » suranné. En effet, la consommation collaborative n’est plus gratuite et la réelle notion de partage désintéressé tend à disparaître. Emportées par l’effet de mode, les start up et désormais les entreprises de l’économie classique se sont appropriées le terme dans un seul but marketing et de communication corporate.

3/ La première motivation des acteurs : s’octroyer un revenu complémentaire quand le salaire de base ne suffit plus
D’après Valérie Peugeot, il n’y a pas de partage de propriété dans la consommation collaborative, il s’agit d’un partage d’usage.
Son étude a démontré que la première motivation était de loin la motivation financière : contrainte (revenu de subsistance), bon plan ou intérêt pour un revenu complémentaire.
Ensuite viennent les formes de sociabilité créées : les liens éphémères avec des inconnus, les motivations écologiques….
Impossible de quantifier la motivation à la possession : soit cette forme de consommation permet d’accéder à un bien que l’utilisateur n’aurait jamais eu les moyens de se payer (renforcement), soit il renonce totalement à le posséder (renoncement).
On assiste donc soit à des comportements de décroissance (vente à 1 euro sur le Bon coin) soit à des comportements compulsifs d’hyper-consommation (vide dressing).

De manière générale, la réduction drastique des coûts de transaction serait à l’origine de la création de nouveaux services, en augmentant la productivité des ressources matérielles et améliorant naturellement la production par une contribution volontaire des acteurs.
 
4/ L’économie du web en question : l’augmentation de la précarité et la création de monopoles
Tous les intervenants sont d’accord pour dire que l’économie collaborative créée très peu d’emploi vs. la valorisation en CA et le nombre d’utilisateurs.
La première motivation étant la contrainte financière, le modèle de l’auto-entrepreneur – travailleur pauvre par excellence (seulement 5% d’entre eux gagnent plus que le SMIC et le revenu annuel moyen est de 4 300 euros/an) devient dominant. Ainsi, 98% des chauffeurs Uber PoP souffrent de discrimination sur le marché du travail.
La consommation collaborative devient une réponse à une situation de croissance nulle (ou de croissance sans emploi). Un nouvel équilibre se met en place, avec une redistribution du travail sur le consommateur et un rapport de force non plus employé/employeur mais travailleur indépendant/client.
Quid des cotisations sociales, de la défense des intérêts des auto-entrepreneurs utilisateurs, au final de l’officialisation d’un marché autrefois noir de petits boulots ?
 
S’agissant de la création de monopoles, la règle du winner takes all s’applique ici plus qu’ailleurs. Celui qui exécute le mieux mais surtout qui obtient les financements nécessaires peut rapidement atteindre une suprématie mondiale. A ceux qui penseraient que cette économie est ouverte sur la diversité des profils et laisse la chance à chacun, 9 créateurs de start up sur 10 ont un parcours classique d’école de commerce ou de développement informatique. Une question se pose quant à la façon dont sont d’ailleurs attribués les financements, à qui, et pour quel monopole.
 
5/ Plus de création d’emploi et d’écologie ?
En matière de transfert - création d’emploi dans le secteur du numérique vs. disparition de métiers dans l’économie classique -, les études sont contradictoires et il est impossible de mesurer à ce jour le niveau réel d’impact.
 
S’agissant de la question écologique, les utilisateurs de Blablacar - la majorité des étudiants qui n’ont pas les moyens de se payer le train - ont témoigné penser avoir un impact écologique nul.
 
6/ Les solutions
Les alertes viennent désormais de la Silicon Valley elle-même puisque une décision de justice vient de requalifier en contrat de travail les activités d’une chauffeuse Uber Pop californienne.
De manière générale il va falloir s’adapter et repenser notre modèle social pour encadrer ces pratiques et créer de nouveaux modèles de protection.
 
S’agissant des auto-entrepreneurs, une solution serait de préférer à ce statut une adhésion à une coopérative d’activité et d’emploi, pourvoyeuse de protection sociale et permettant de regrouper les intérêts.
 
Enfin, une réflexion est menée sur la création de plateformes collaboratives publiques (par exemple la ville de Séoul a créé son propre service « Uber », la mairie de Paris développe des applications citoyennes…) ainsi que l’amélioration des dispositifs de contrôle fiscal à l’échelle internationale, puisque l’économie du web est devenue particulièrement maître en matière d’optimisation fiscale.
 
 
Pour en savoir plus : Revue Esprit, Le partage, une nouvelle économie ?, numéro de Juillet 2015, 20 euros
http://www.esprit.presse.fr/archive/review/detail.php?code=2015_7


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