Causes profondes des migrations

dimanche 11 octobre 2015
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Causes profondes des migrations

Begoña / ATTAC – Paris Centre

Le phénomène des réfugiés et des migrations actuel me fait penser au film « La grande marche » où des colonnes de migrants africains traversaient le désert pour arriver en Espagne et trouver « le mur » de la forteresse européenne. Mais cela me fait penser aussi aux Vandales qui vers la fin de l’Empire Romain avaient demandé la permission à l’Empereur pour rentrer et servir l’Empire. La corruption ayant annulé de facto le décret de l’Empereur qui leur permettait de s’installer à l’intérieur de l’Empire. Ce manque d’accueil a fait que 50 ans après ils prenaient Rome et c’était le début de la fin de l’Empire Romain.

Les causes des migrations sont multiples : politiques, économiques, sociales, culturelles. Ces causes se croisent et se renforcent. Une personne ne quitte pas son pays, sa famille, ses proches, sa culture, uniquement pour une seule raison. Différents facteurs l’ont poussée au bout des souffrances cumulées.
Les médias, la propagande politique, l’idéologie, les mots employés pour parler des migrants et les chiffres apportés conduisent l’opinion publique à oublier les raisons pour lesquelles les personnes choisissent de migrer. On occulte le vécu des personnes. La stratégie de communication des gouvernements européens est dans la limite de la malhonnêteté intellectuelle et politique.
En limitant l’immigration à des raisons exclusivement économiques, dont l’origine commune est la misère, on envoie un message à la population clair : « pouvons-nous accueillir toute la misère du monde ? ». La raison économique c’est l’excuse pour justifier une rigidité politique. Elle fournit un discours simple, qui fait fi de la complexité des situations et utilise la situation problématique de l’accueil des migrants pour justifier le repli politique, repli à la fois économique, identitaire, national.
De fait les migrants ne sont jamais les personnes les plus pauvres d’une population déjà pauvre qui choisissent de migrer ; car la migration a un coût assez cher, et implique pour le futur migrant d’être en mesure de réunir les ressources et les moyens nécessaires.

On essaie d’effacer de la mémoire collective le fait que la migration est depuis toujours inscrite dans le fonctionnement même de nos sociétés.
Malgré des mesures de plus en plus restrictives, les migrants se trouvent à nos portes, entrent dans nos pays, souvent au péril de leurs vies, s’y installent, et de plus en plus, de façon clandestine, ce qui les pousse dans des situations de détresse, de fragilité, d’exploitation.
Le débat sur les réfugiés, ignore souvent une des causes pour laquelle ils quittent leur pays : le manque de développement. Si l’Europe ne commence pas à traiter ces causes profondes, les réfugiés continueront à venir.

Facteurs qui influencent la migration
A. Facteurs d’ordre psychologique/culturel

  • Aider la famille : Dans beaucoup de régions et pays les aînés de la famille (homme ou femme) doit partir en Europe ou ailleurs pour trouver des moyens économiques pour aider sa famille.
  • L’Europe pays de rêve : Les médias ont une forte tendance à mettre le blâme, pour les échecs de développement des pays riches en matière premières, exclusivement sur des dirigeants africains corrompus et incompétents, ignorant que certains d’entre eux ont été mis et maintenus au pouvoir par des gouvernements occidentaux et par de puissants acteurs économiques. Peu de fois nous reconnaissons que les nombreuses politiques de l’UE et des institutions internationales sont également responsables de l’absence en Afrique de véritable développement local, de l’augmentation de la pauvreté et de la migration forcée de personnes.
  • Le rêve de partir : Très souvent le désir de trouver du travail et de gagner sa vie pousse les gens à partir. Beaucoup se laissent séduire par l’exemple des migrants de leur famille ou de leur village "qui ont réussi".
    Les médias, et films, et les écrans de TV qui présentent une société européenne de bien-être et d’abondance ont favorisée l’actuelle fascination des Africains pour l’Europe. D’où le rêve de migrer en Europe pour avoir une meilleure qualité de vie pour eux et pour leurs enfants. Le vieux continent est perçu comme le paradis culturel, historique, économique, auquel s’ajoute la liberté d’expression. La fascination que l’ancienne métropole exerce dans le subconscient… et le mythe… joue aussi sa part car ils associent l’Europe, avec son histoire, sa grande culture et l’architecture.
    Pour réaliser leur rêve ils sont prêts à passer toutes les difficultés et périls. De toutes façons ils sont désespérés, et ils n’ont pas grande chose à perdre… Donc ils continueront à venir…
  • La désespérance : Ce qui induit le départ est souvent basé sur l’impossibilité de sortir d’une situation (familiale, culturelle, économique ou autre), qui est bloquée, verrouillée dans le pays ou la société qu’une personne quitte.
    Lorsque aucune perspective de transformation n’est concevable, où toute initiative se heurte à l’inertie, à la corruption voire à l’oppression, et où aucune action collective ou familiale n’est possible pour changer la donne, la seule solution c’est de tenter le tout pour le tout et partir. Dans ces conditions, le départ est une option rationnelle.
  • Aspect culturel : Dans certaines traditions et cultures, le fait de partir, quitter le pays, la famille jouent un rôle important ; c’est, le cas de certaines sociétés dans lesquelles migrer fait partie du parcours que les jeunes doivent accomplir pour accéder au statut d’adultes :
  • Manque d’opportunités : Souvent leur avenir est fermé. Le grand taux de chômage leur pousse à quitter, à aller chercher ailleurs.

B. Facteurs environnementaux

  • Catastrophe naturelles ou technologiques : Ex. Le tsunami s’est suivi d’une vague de migrations dans les pays affectés. Des inondations au Pakistan, Bangladesh, Papouasie-Nouvelle Guinée.
    La catastrophe de Bhopal en Inde qui continue à tuer fait que beaucoup de la région partent. Facteurs d’ordre économique.
    Le tremblement de terre au Népal a encore augmenté la migration de ce pays. La catastrophe de Tchernobyl a poussé à émigrer à toute la population de la région avoisinante.
  • Destruction volontaire d’un habitat (projet économique, guerre)
    Éthiopie : les déplacements forcés provoquent la faim et la détresse.
    Construction des barrages à haut risque, comme celui des Trois Gorges (Chine). Déstabilise le delta du Yangtse où est située Shanghai. Plus d’un million de personnes ont été déplacées et connaissent aujourd’hui un sort incertain. + catastrophe environnementale.
    Les mines d’or au Chili (projet de la Barrick Gold Corporation).
    Migrations forcées et grands travaux hydrauliques en Chine : barrage des Trois Gorges (Chine)
    Bangladesh : la tragédie des chasseurs de miel.
  • Pollution et épuisement des ressources
    Les migrations causées par l’appauvrissement du sol (Sahel).

La migration en ville d’abord et après en Europe pour les peuples des régions semi-arides au Kenya, au Mali, au Burkina…

C. Facteurs économiques

  • La possibilité d’obtenir un travail : La possibilité d’obtenir un travail est une autre raison majeure de l’immigration. Le migrant est attiré par la possibilité d’un emploi au sein d’une société qui peut lui en offrir.
    Les chômeurs diplômés : En Tunisie, en Algérie, au Kenya et dans beaucoup de pays les diplômés universitaires au chômage sont en grand nombre. S’ils n’ont pas d’argent ou des parents qui ont de l’influence ils ne trouvent pas de travail.
  • Une croissance économique faible : Beaucoup des pays dont sont originaires les migrants ont une croissance faible et un manque de développement
    Une répartition inégale des revenus : Même lorsque les pays ont des taux de croissance forte, les revenues sont très mal distribués et souvent ce n’est qu’une minorité qui s’en bénéficie, pendant que la majorité de la population reste dans la pauvreté.
    Des taux élevés de chômage : Les politiques des pays ne développent pas l’emploi, et parfois ils sont même incapables de le faire. Heureusement l’économie submergée, même quand elle n’offre pas de bonnes conditions de vie, ni de travail, au moins elle permet de vivre à la majorité de la population dans les pays en développement.

D. Facteurs liés à la sécurité

  • Les conflits armés : Le cas actuel de la Syrie et de l’Iran le montre bien. Les déplacés et les arrivées des “boat people” du Vietnam…
  • Les persécutions : Les membres de minorités ethniques ou religieuses peuvent être en danger si un État tolère des actes de violence racistes.
    Les épurations ethniques : La migration des Kosovars lors de la guerre avec la Serbie.
  • Faible niveau de gouvernance : Lorsque des pays ont un niveau bas de gouvernance les migrations augmentent à cause de l’insécurité, le manque de politiques économiques et de l’instabilité à tous les niveaux. Comme preuve les grands mouvements migratoires de la Somalie (vers la Suède, la Norvège…) vers le Canada et les États Unis. La guerre entre Éthiopie et l’Érythrée a fait des grandes masses de déplacées.
  • Les violations des droits humains, les dictatures : En l’absence d’un État de droit et d’une garantie des droits de l’homme fondamentaux, les êtres humains sont donc souvent victimes de l’oppression et de la persécution pratiquées par les organes étatiques. Les opposants des dictatures peuvent craindre pour leur vie lorsque des forces dictatoriales s’emparent du pouvoir.

E. Facteurs démographiques
La surpopulation étroitement liée à une forte croissance démographique est un facteur qui facilite l’immigration, car cela suppose

  • La responsabilité de l’UE dans l’appauvrissement des pays ACP : Les Occidentaux ont une responsabilité particulière en ce qui concerne les migrations en provenance du Moyen-Orient.
  • Responsabilités économiques et sociales. Par des accords et de politiques de tout type faits avec ces pays dans des conditions de grand déséquilibre entre l’Afrique et les anciens maîtres coloniaux. Par des politiques de développement qui n’ont pas aidé au vrai développement du peuple et du pays.
  • Responsabilités politiques. Par des interventions militaires dans ces pays : Ex. Implication des États Unis, le Royaume Uni et l’Espagne d’abord et d’autres pays en Afghanistan, Iran, Libye, Syrie… Dans ce sens on rencontre aussi les interventions politiques ou autres qui ont mis en place ou ont protégé des dictateurs qui ne respectaient pas les Droits Humains.
  • Responsabilités sociales. La grande corruption dans beaucoup de pays du Sud ont eu leur origine dans la corruption propose à des politiciens et cadres des entreprises pour pouvoir exploiter plus facilement les richesses naturelles avec un moindre coût. Il n’y a pas de corruption sans corrupteur.

L’aide au développement
Cela n’a jamais été une réponse adéquate, car car trop souvent, elle favorise le donateur plus que le récepteur. L’Afrique a besoin d’être aidée à augmenter la productivité de ses petits agriculteurs, à développer ses propres marchés et à transformer ses propres richesses, qui sont considérables, en matières premières. Or, ce qu’on a fait est allé à l’encontre des vrais besoins de l’Afrique.
L’aide au développement et les programmes de développement ont bénéficié davantage les « donateurs » que les pays en développement.

L’Europe a contribué à l’appauvrissement des pays du sud

Exploitation/Pillage de leurs ressources naturelles  : minerais, forestières et agricoles.
Depuis l’époque coloniale les pays industrialisés, et maintenant avec eux les économies émergentes, pillent l’Afrique de ses nombreuses ressources en minerais, pétrole, gaz, poisson, bois et terre sans aucun profit tangible pour la population locale, détruisant souvent ses moyens de subsistance et l’appauvrissant encore davantage.

Les accords de Lomé
Sous le nom de “générosité de l’UE” on a empêché le développement de l’industrie locale dans les pays ACP. En permettant l’exportation des matières premières en Europe sans payer des frais de douane, mais où les produits à valeur ajouté devait payer des droits d’entrée a coupe le possible développement de l’industrie de transformation dans ces pays.

Les Programmes d’Ajustement Structurel du FMI & de la BM
Ils ont été l’équivalent des programmes et politique d’austérité en Europe (Grèce, Portugal, Espagne…).

Dans les années 80 le FMI & la BM ont contraint les pays endettés à modifier leurs politiques sous l’excuse de ‘assainir leurs finances’, ils ont fait tout pour orienter leur économie vers l’exportation pour qu’ils puissent payer leur dette.

Politiques imposées :
Coupure des budgets de l’administration  Mise au chômage ou à la retraite des millions de fonctionnaires.
Coupures dans les services publiques  Salaires congelés ; manque d’argent pour l’entretien des bâtiments et renouvellement de matériel  Détérioration des systèmes de santé et d’éducation. Élimination ou diminution des services sociaux…
Orientation de l’agriculture vers l’exportation  destruction de l’agriculture familiale et surtout de la production d’aliments (dans les mains des femmes).  Perte de la sécurité alimentaire. Les pays sont obligés d’importer de la nourriture.
Défense de subsides à l’agriculture.
Favoriser les exportations de bois  destruction des forêts  moins de pluie, donc perte de production agricole et les gens de la forêt sans moyens de subsistance.
Libéralisation forcée du textile ; chaussures ; donc la perte de l’industrie locale.
L’importation libre d’aliments a changé les normes alimentaires.
La dévaluation de la monnaie a été la ruine pour beaucoup de commerçants.

Accords de l’OMC
La libéralisation n’a pas favorisé les pays d’Afrique (les renards dans le poulailler)
Les Accords de partenariat économique (l’UE –pays ACP)
Obligation de libérer le commerce (85%)
Obligation des TRIP+ (propriété intellectuelle)
Libéralisation des services.
L’imposition forcée des accords de libre-échange et d’investissement tels que les Accords de partenariat économique (APE) ne font qu’enrichir les investisseurs étrangers et les élites locales tout en poussant les pauvres plus avant dans la pauvreté.

Exportation des excédents agricoles de l’UE vers les pays du Sud
Parce que ces excédents sont fortement subventionnés ils sont vendus à des prix de dumping aux marchés des pays en développement, donc les producteurs locaux ne peuvent pas rivaliser avec ces produits européens et donc leurs produits se sont pourris et les paysans ont été ruinés.

Le pillage de la pêche
Le pillage des eaux poissonneuses du Sénégal, des côtes de la Namibie, du Maroc, etc. qui affecte la vie des communautés des pêcheurs de ces pays. Des accords de pêche déséquilibrés et injustes permettent à des bateaux-usines de séjourner des mois durant tout près des pêcheurs locaux pour prendre leur poisson et le mettre en boîtes ou le dépecer pour le congeler.

Expropriation de leurs terres (land grabbing)
Depuis la crise de 2008, les pauvres sont privés de leur dernière ressource : leurs terres. Souvent sous la pression de la Banque mondiale et du FMI les gouvernements permettent aux investisseurs étrangers et locaux de déposséder les agriculteurs locaux. Les nouveaux propriétaires sont supposés produire des aliments pour les vaches et des biocarburants pour les voitures occidentales ! Pendant ce temps les personnes expulsées sont obligées de rejoindre les rangs des pauvres en milieu urbain ou d’essayer par tous les moyens d’atteindre l’Europe.

Dégradation de l ‘agriculture familiale
Les exportations des produits agricoles subventionnés dans les pays du Sud d’un côté, qui a empêché les agriculteurs familiers de vendre leur produit et les a oblige souvent à émigrer.
De l’autre côté les PAS du FMI et de la BM qui ont favorisé l’exportation des produits agricoles afin de pouvoir payer leur dette, a été un facteur important dans la destruction de l’agriculture familial.

Les Accords d’Investissements
Favorisés par la BM ces accords favorisent les investisseurs plutôt que l’industrie locale et la population locale. La prise des terres est un cas bien concret.
Ils favorisent la privatisation de la santé, de l’éducation, et de tous les services qui avant étaient publics. Donc c’est la fin des services publics.
Les compagnies peuvent traîner le gouvernement d’un pays devant un tribunal au cas des lois sociales qui défendent le bien-être de la population mais que les compagnies considèrent qui bloque leur bénéfices dont ils avaient rêvé.

Intervention et politiques de la Banque Mondiale

  • Politiques « d’aide » pour favoriser les investissements. Ces politiques favorisent l’investisseur, non pas le pays qui accueille ces investissements. Ex. Clause pour le tribunal arbitraire ; facilitation des bureaux pour réunir toutes les démarches dans le même bureau…
  • Intervention pour aider et donner des prêts aux investisseurs même pour des projets qui vont nuire au pays et aux pays voisins (ex. barrages Éthiopie)
  • Favoriser les droits de propriété privée sur les terres ancestrales régies par le régime traditionnel qui sont les terres des petits paysans. Cela a favorisé la spéculation de la terre et l’exode rurale vers les villes.

Manque d’industrie pour transformer leurs ressources naturelles en produits finis.
Tous ces accords sous le nom d’un “partenariat” qui ne l’est pas, empêchent le développement de l’industrie locale, ou bien détruisent les industries naissantes.

Begoña, 3 Octobre 2015


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