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Justice sociale, justice fiscale

Publié le lundi 4 mai 2020.


Le 17 Novembre 2018, des « invisibles » ont fait irruption sur le terrain politique, et ceux qui l’ont bien voulu, ont écouté, découvert les conditions de vie de grands secteurs de la population, et se sont solidarisés.
L’épreuve que nous vivons est une autre occasion d’ouvrir les yeux : ces travailleurs – qui ne font pas partie de ceux « qui ont réussi », mais plutôt de ceux « qui ne sont rien », les « premiers de corvée » - souvent mal considérés, parfois méprisés et mal payés … , eh bien, ce sont eux qui nous gardent en vie : caissières, éboueurs, livreurs, facteurs, personnels d’entretien, soignants de toutes sortes …
Ne nous contentons pas de les applaudir chaque soir, de les « héroïser », ces manifestations d’émotion ne seraient que des bulles de savon si elles ne se concrétisaient pas par une chose simple : la justice …

Justice sociale :
- stop à la précarisation de beaucoup de ces emplois : CDD, contrats de mission, ubérisation
- vigilance sur les conditions de travail, reconstitution des comités d’hygiène et de sécurité (que ce gouvernement avait fait disparaître)
- diminution du temps de travail, contrairement aux appels actuels – qui, de plus, permettrait un meilleur partage des emplois ; dans le cas des structures hospitalières, embauches massives, à l’inverse de ce qui s’est pratiqué depuis de nombreuses années, tous gouvernements confondus
- revalorisation salariale (et non pas des primes), hausse du SMIC - et cette fois-ci, sans le faux cadeau des cotisations sociales, qui coûte cher à la Sécu, donc à tous.
- réappropriation et développement des Services Publics

Et la justice sociale va de pair avec la justice fiscale. Pour que nous prétendions faire société, nous devons réduire – très fortement – les écarts abyssaux de revenus, que toutes les études dénoncent depuis si longtemps. Non, nous ne sommes pas « sur le même bateau ».
Pour cela, nous avons l’impôt, à la fois socle de notre démocratie, et outil puissant de réduction des inégalités. Le gouvernement avait fait semblant d’entendre, dans ce que criaient les Gilets Jaunes : « Moins d’impôts ! ». Non, ce qu’ils revendiquaient, c’était « Justice fiscale ! », ce qui est bien différent …
- moins de taxes, appliquées à tous, riches ou pauvres, de la même façon
- plus d’impôt sur le revenu, celui qui fait contribuer davantage les plus riches
Rappelons que Roosevelt, président des Etats-Unis, avait appliqué un taux marginal (donc sur les plus hauts revenus) de 90 % en 1944, et que ce taux était encore de 70% sous Kennedy, en 1964, sans que la santé économique des E.U. en soit affectée.
En France, ce taux marginal est passé de 65 % sous Mauroy, à 55% sous Chirac, puis à 41% sous Sarkozy, et il est maintenant de 45%. Appréciez la dégringolade, orchestrée par le dogme néolibéral.
Il est vital (et maintenant urgent, étant donnée la « facture » de la crise) :
- de multiplier les tranches de barème, pour étaler et mieux répartir l’effort
- de placer beaucoup plus haut le taux marginal (70% ?)
- de rétablir l’ISF
- de supprimer la flat-tax, qui impose les revenus financiers au taux unique de 30%
- de réduire les écarts d’imposition entre les PME et les grandes entreprises (en imposant le bénéfice là où il est créé, et non dans les Paradis Fiscaux, pas forcément très lointains, par exemple au Luxembourg, en Irlande, ou aux Pays-Bas, grands donneurs de leçons aux pays du Sud) )
- de taxer les transactions financières, ce qui serait à la fois un apport financier considérable et un frein à la spéculation
- de faire de la CSG une contribution progressive, et non plus à taux unique
- de revoir le CICE et le CIR (Crédit Impôt Recherche), qui coûtent des milliards à notre budget et sont souvent utilisés pour maximiser les profits

Et il faudra aussi, en arriver à une harmonisation fiscale au niveau européen, mais ce sera l’objet d’un autre texte.

pau@attac.org