Manifeste de Tronçais : pour la forêt française, notre bien commun

samedi 20 octobre 2018
par  Attac Vichy
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Le 25 octobre 2018 à l’issue de plusieurs marches pour la forêt, s’est tenu un grand rassemblement pour la forêt. Ce rassemblement à l’ appel de l’intersyndicale de l’ONF et d’organisations environnementales (voir ci-dessous) a réuni autour de 1300 personnes. Il s’est achevé par l’écriture d’un manifeste pour la forêt.

Ce rassemblement était majoritairement composé par les agents de l’onf mais pas seulement puisqu’il a touché aussi des associations environnementales et plus largement toutes celles et toutes ceux qui ne veulent pas que la forêt devienne une usine à bois (pour reprendre la chanson de HK et des agents solidaires de l’onf) ! Une délégation d’attac bassin de Vichy y était et nous avons pu constater le succès du rassemblement... Car à l’issue des suppressions massives d’emplois à l’onf, ce service public de la forêt regroupe toutes catégories confondues autour de 8000 agents... Réunir au centre de la France autant d’agents d’une même branche est donc tout simplement un exploit !

A l’issue du rassemblement, l’intersyndicale de l’onf et des associations environnementales en lien avec la forêt ont rédigé un manifeste "Le manifeste de Tronçais : pour la forêt française, notre bien commun" :


Manifeste de Tronçais : pour la forêt française, notre bien commun

« La planète Terre n’a pas besoin d’émissions de CO2 supplémentaires. Elle a besoin de résilience et de forêts qui la refroidissent. »

C’est en ces termes que le 25 septembre 2017, 190 scientifiques de la communauté internationale ont interpellé les responsables de l’Union Européenne, posant ainsi en termes clairs l’enjeu vital pour la biosphère d’une gestion forestière réellement durable.

La forêt n’est pas un objet de spéculation financière de court terme.

C’est le rempart de nos enfants face à une crise écologique et climatique qui s’emballe. C’est l’eau potable, la biodiversité et la résilience, l’épuration de l’air, le stockage d’une partie du carbone en excès dans l’atmosphère et la possibilité d’en stocker dans le bois matériau. C’est aussi notre lieu de connexion avec la Nature.
Renoncer à tous ces bienfaits serait pure folie.

C’est pourtant ce qui se profile en Europe et en France, métropolitaine comme dans les départements ultramarins, avec les incitations croissantes à transformer les forêts pour satisfaire des appétits industriels de court terme non soutenables.
Comble du cynisme, ces orientations sont présentées depuis le Grenelle de l’environnement sous couvert d’écologie.

Les forêts publiques françaises incarnent particulièrement ces enjeux. Bien qu’elles ne représentent que 25% des surfaces forestières de France métropolitaine, elles correspondent aux cœurs historiques des massifs forestiers. Ce sont des surfaces boisées depuis de nombreux siècles, qui concentrent les écosystèmes les plus matures, et ainsi les stocks de biodiversité et de carbone les plus conséquents de tous les écosystèmes.

Le droit forestier français, vanté dans le monde entier comme une préfiguration historique du concept de gestion durable, consacre la forêt comme bien commun. Il prévoit des outils de protection des forêts privées et publiques par les pouvoirs publics. Pourtant le principal instrument de cette politique, l’Office National des Forêts, subit un véritable détournement de ses missions d’intérêt général. La privatisation en cours de ses activités régaliennes préfigure la disparition de ce service public et une politique forestière au rabais.

Ces évolutions actuelles à l’ONF et celles à l’œuvre dans le privé menacent de tirer vers le bas toutes les « garanties de gestion durable », en forêt publique comme en forêt privée. La démarche de privatisation de l’Office National des Forêts, et l’industrialisation croissante qui l’accompagne doivent être reconsidérées au regard des multiples enjeux des forêts pour la société d’aujourd’hui (climat, biodiversité, emploi et économie).

La notion de bien commun impose par ailleurs que la société civile prenne part aux décisions forestières, et dispose d’un droit de regard sur la gestion des forêts publiques qu’elle reçoit en héritage et doit transmettre à ses enfants.

Nous soussignés, citoyens et représentants d’organisations concernés par le sort de la biosphère, réunis ce 25 octobre 2018 au pied des chênes pluricentenaires de la forêt Domaniale de Tronçais, demandons solennellement la convocation d’un grand débat public, que la forêt française mérite aujourd’hui plus que jamais depuis plus d’un siècle.

Mobilisés, vigilants et unis, nous entendons nous rencontrer régulièrement pour débattre des orientations cruciales de la politique forestière, élargir et amplifier la dynamique enclenchée ce jour.

Les signataires : Les syndicats de l’ONF, les Amis de la Terre, Global Forest Coalition, France Nature Environnement, Action Nature Rewilding France, la Ligue pour la Protection des Oiseaux, Humanité et Biodiversité, Greenpeace, Agir pour l’Environnement, Forêt citoyenne, le Réseau pour les Alternatives Forestières, les syndicats forestiers membres de l’intersyndicale de l’ONF, SOS Forêt France.


Revue de presse
- Une longue marche lance le combat contre l’industrialisation de la forêt(Reporterre)
- Appel à un grand débat public sur la forêt, notre bien commun (Reporterre)
- Convergence des marcheurs pour la forêt à Tronçais : une journée fondatrice (Regard d’Actu)
- La France veut-elle privatiser ses forêts et se débarrasser de l’ONF ? (Bastamag)


D’autres infos sur le site du syndicat majoritaire de l’ONF, le SNUPFEN Solidaires