Nous ne voulons pas dʼun nouveau martyr !


Il y a plus de trois ans, dans le Tarn, Rémi Fraisse a été tué par un tir de grenade
offensive. Localement, de nombreux habitants, citoyens, militants, sympathisants de la
lutte contre le barrage de Sivens avaient été choqués par la violence et la brutalité
déployées par lʼEtat pour tenter dʼimposer son projet. Une concertation est aujourdʼhui en
cours visant à mettre en place un “projet de territoire” durable. Mais personne ici nʼoublie
que le Préfet avait envoyé lʼarmée contre de jeunes défenseurs de lʼenvironnement
et assassiné un homme.


Il semblerait que rien nʼait changé. Alors que toutes les composantes du mouvement antiaéroport ont fait un pas vers le gouvernement en participant aux négociations sur lʼavenir de la zad et en y portant des revendications claires, celui-ci choisit dʼemployer la méthode forte. 2500 militaires, chars blindés, hélicoptères, maître-chiens, grimpeurs etc. Pour libérer une route, vraiment? En piétinant des jardins potagers, en rasant des cabanes faites de bois, de terre et de paille, des serres et des bergeries? Pur mépris des existences qui se sont construites depuis des années dans le bocage. Pire, Collomb le bien-nommé met gravement en danger des vies humaines. Les blessures par flash-ball, grenade offensive, tirs tendus de lacrymos se comptent par dizaines. Nous nʼavons pas besoin dʼun nouveau martyr pour avoir envie de lutter! Que cesse ce déchaînement gratuit de violence!


LʼEtat nʼest pas capable de diminuer dʼun iota les pesticides utilisés en agriculture malgré
lʼargent investi depuis des années dans le plan EcoPhyto mais il attendrait des
habitant.e.s de la zad de ré-inventer lʼagriculture en quelques mois? Laissez-nous rire! La
zad pourrait être un “laboratoire” de lʼagriculture de demain, mais surtout sans rien
changer des règles du jeu actuelles? Non-sens! Comment expérimenter si on ne change
rien? Les habitant.e.s de la zad réclament à ce titre des formes juridiques plus collectives
pour leurs installations ce qui est légitime quand on voit lʼétat de désarroi de nombreux
agriculteurs isolés aujourdʼhui, souvent au bord du suicide, mais la Préfecture nʼen veut
pas. Cela fait la différence entre une démocratie où les luttes sociales victorieuses
peuvent faire bouger les lignes du droit et un régime de plus en plus autoritaire et
brutal.
Avant quʼil ne soit trop tard,
Stop au déchaînement de violence à lʼencontre des militants sur la zad!
Stop à la destruction de tout ce qui fait la richesse de la zad!
Pour imaginer un avenir commun dans le bocage!
La ZAD vivra!
Des habitant.e.s du Tarn


Communiqué 10 avril 2018
    

L’actuel conflit entre les cheminot·e·s et le gouvernement est décisif : comme lors de la « grève des mineurs » en 1984-85 en Grande-Bretagne sous Thatcher, nous savons que si cette digue saute, le rouleau compresseur libéral va emporter tous les acquis sociaux. Au contraire, si les cheminot·e·s l’emportent, ce sera un coup d’arrêt décisif à la casse des services publics et au démantèlement des droits sociaux.
    

Nous devons donc tout faire pour construire la solidarité avec les cheminot·e·s, ainsi que la convergence entre les différentes luttes pour la défense du service public ferroviaire, éducatif, hospitalier... La bataille du rail est une bataille de l’opinion et elle se gagnera en organisant la solidarité avec les salarié·e·s en lutte. Nous appelons nos comités locaux, nos adhérent·e·s et sympathisant·e·s à construire localement cette solidarité, en participant aux mobilisations prévues le 14 avril, le 19 avril et le 5 mai, ainsi qu’au 1er mai. Nous les appelons à participer à la création de collectifs pour soutenir les cheminot·e·s, défendre les services publics et s’impliquer dans les mobilisations.

Nous devons tout faire pour montrer que les privilégiés, ce ne sont pas les travailleuses et travailleurs à statut, mais les ultra-riches et les multinationales qui profitent de la politique du président des riches et échappent à l’impôt. Notre campagne « en France l’évasion fiscale fait 67 millions de victimes » tombe à pic. Dans un contexte où Emmanuel Macron explique qu’« il n’y a pas d’argent magique » pour financer les services publics, nous voulons montrer que de l’argent, il y en a, et qu’il faut aller le chercher là où il se trouve.

Nous appelons donc à multiplier les actions symboliques en utilisant le matériel de campagne #67MillionsVictimes et en ciblant les multinationales qui échappent à l’impôt : il s’agit de montrer qui sont les vrais privilégiés et où se trouve l’argent manquant pour les services publics.

Attac France — 2018

Attac France
21 ter rue Voltaire
75011 PARIS
France

Philippe Corcuff : « Aujourd’hui, c’est “Je lutte des classes” avec les cheminots »
Entretien réalisé par Pierre Chaillan
Vendredi, 23 Mars, 2018
L'Humanité

 


Enseignant-chercheur à Lyon et membre du laboratoire Centre de recherche sur les liens sociaux (CNRS-université Paris Descartes-université Sorbonne nouvelle), le politiste est signataire de l’appel réunissant plus de 160 intellectuels initié par la Fondation Copernic et Attac.
Entretien.
Pourquoi, selon vous, l’exigence des services publics est-elle au cœur aujourd’hui de la convergence des luttes sociales ?

Philippe Corcuff : Les services publics associent la valorisation de biens communs (comme le transport ou les conditions écologiques de l’humanité) et la solidarité (entre catégories sociales, entre générations, entre sexes, entre territoires, etc.). Ils incarnent le sens noble de la politique défendu par la philosophe Hannah Arendt dans un livre inachevé rédigé entre 1950 et 1959, Qu’est-ce que la politique ? : « La politique traite de la communauté et de la réciprocité d’êtres différents. » Or, dans le sillage de la dérégulation néolibérale du capitalisme, la politique s’est progressivement dégradée pour ne devenir principalement qu’une compétition d’intérêts politiciens concurrents autour de la primauté accordée à la plus grande « rentabilité » des logiques privées. Dans ce cadre, la solidarité a été remplacée par un individualisme de la compétition censé récompenser « les meilleurs ». Emmanuel Macron cristallise cette évolution, qui était encore freinée avant lui par l’opposition historique entre la gauche et la droite, avec simplement un relookage marketing jeuniste.