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L’imposture Macron.
Compte rendu de lecture. 12.12.18. Quelques pages sur la santé (123-133). Christan

La santé est abordée dans l’objectif n° 2 du business model au service des puissants d’E.Macron : casser les services publics et les acquis sociaux. La santé est impactée par bien des points.
- Briser un peu plus les protections des salariés du privé
- Remettre en cause le statut de la fonction publique :
    . ne plus recruter au statut que les « vrais fonctionnaires » : police, justice, armée. 120 000 emplois de fonctionnaires doivent disparaître. C’est beaucoup.
    . la part des dépenses publiques dans le PIB doit être réduite de 54, 7 % à 51,1 %
    . création en octobre 2017 du comité d’action publique 2022 (CAP 22) constitué de 34 experts issus pour moitié de l’ENA + des créateurs d’entreprise numérique et des directeurs de fonds d’investissement. Le rapport du comité n’était pas encore rendu que le gouvernement en annonçait les conclusions (1°février 2018) : individualisation de la rémunération des fonctionnaires, recours accru aux contractuels, plans de départs volontaires, revoir le dialogue social en simplifiant les instances représentatives.
    . redéfinir le périmètre de l’action publique, voir ce qui peut être externalisé ou privatisé
    . autre formulation : les services publics sont-ils mieux rendus par des fonctionnaires rigides ou par des services privés plus souples ?
    . nouveau contrat social, rémunération au mérite. Valoriser « la France qui bouge,qui se modernise pour tenir son rang. La fonction publique est un bastion de résistance aux réformes néolibérales, il faut la casser rapidement mais habilement, c’est nécessaire pour l’émergence du nouveau monde.


    Ce programme est celui de Thatcher et Blair, il y a 30 ans !


- Fragiliser les collectivités territoriales et leurs services publics
    . étranglement progressif des communes, baisse de la dotation budgétaire (– 13Mds € en 5 ans), suppression de la taxe d’habitation (1/3 des recettes fiscales des communes), suppressions d’emplois aidés, baisse des budgets pour la politique de la ville ou l’aide à l’équipement.
Rappel des services publics locaux de base gérés par les communes :
    . écoles maternelles et primaires, crèches, foyers de personnes âgées, bibliothèques, musées, écoles de musique, salles de spectacles, équipements sportifs…
    . le nombre de fonctionnaires territoriaux baisse depuis des années
Résultat : risque grave d’insuffisance d’investissement dans les établissements publics

C’est une remise en cause de la libre administration des collectivités territoriales (dans la constitution depuis 2003) : les grandes villes devront signer un document d’engagement budgétaire avec l’État. Il faudra rendre des comptes, être soumis à des bonus-malus...Les préfets vont gérer les relations avec les communes.

- Poursuivre la casse des services publics de santé
    L’hôpital public est au bord de la rupture, en raison de
       - la dette liée aux emprunts, dont certains toxiques
        - la T2A (tarification à l’activité) qui pousse à des comportements déviants (multiplication des actes, pas toujours justifiés, sorties de + en + précoces).
        - injonction à faire des économies sur le personnel (1°poste de dépense), sur le matériel, et en même temps toujours augmenter l’activité (les actes) : c’est une injonction paradoxale
Dégâts collatéraux : exit la prévention, l’éducation thérapeutique, le temps relationnel, partie intégrante du soin.
        Scandale des médecins « mercenaires » en radiologie et anesthésie
    Privatisation de services logistiques : cuisine, lingerie, entretien.


Tout ceci est antérieur à Macron. On observe certains durcissements : mise en place au pas de charge des GHT (groupements hospitaliers de territoire), regroupements de services, qui se traduisent par des fermetures de services, voire d’hôpitaux, sur tout le territoire, avec pour résultat l’éloignement des structures de soin pour une partie croissante de la population, particulièrement sensible pour les maternités. La baisse de l’offre est une réalité perçue par tous.


    Conséquence triste (pas pour tout le monde) : le secteur privé se voit en situation de monopole dans certains territoires


    Le personnel hospitalier est sous tension, en raison des sous-effectifs voulus, de la gestion par pôles et non par services (un pôle regroupe plusieurs services, souvent très différents), du recours à l’intérim et aux CDD, tout cela désorganisant les équipes. D’ailleurs la notion d’équipe n’a plus cours, les objectifs sont individualisés. Le statut des soignants est attaqué : 20 % de contractuels dans les hôpitaux. Ces tensions en arrivent à des suicides sur les lieux de travail.

    Un mode de financement expérimental a été voté pour 2018, pour sortir de la T2A inflationniste en actes : le paiement à la séquence thérapeutique incluant l’hospitalisation et les soins de suite extra-hospitaliers impliquant les médecins traitants, pour une situation pathologique donnée (comme toujours on copie le monde anglo-saxon : il s’agit des « accountable care organizations »). Le financement est public et/ou privé. Le bénéfice attendu est le raccourcissement de la durée moyenne de séjour avec des sorties plus précoces.

    En psychiatrie, la situation déjà sinistrée se dégrade de plus en plus. Le secteur a connu plusieurs grèves en 2017 et 2018. À noter :
    . le recours croissant aux molécules thérapeutiques comme seul remède
    . la politique de secteur mise à mal faute de moyens en personnel
    . les regroupements d’établissements : le centre hospitalier de Vienne est concerné, les services d’hospitalisation adultes sont pris en charge par Bourgoin, structure privée.

    En médecine de ville, le parlement vient de voter la suppression du tiers payant généralisé chez le médecin traitant.
    La désertification médicale continue de progresser, en lien certain avec le recul des services publics locaux. Les maisons de santé ne résolvent rien. Le déficit est lié à des années de numerus clausus, bien loin d’être résorbé malgré un léger desserrement depuis 2 ans. La télémédecine, qui n’a pas fait ses preuves, ne réglera de toute façon pas le problème : c’est une aide au diagnostic améliorant la qualité de la prise en charge, mais ne soulage pas le médecin traitant.

    En conclusion, la notion de santé publique s’efface, l’État se démet d’une fonction essentielle qu’il sous-traite au secteur privé, qui reste soumis à la recherche du profit. Notre système de soins, qui a un moment été le meilleur au monde, plonge dans les profondeurs du classement international.

Christian

Catégorie : Le groupe de lecture collective
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