« Cette crise qui n’en finit pas :

Par ici la sortie »

GLAV : synthèse 2017

 Groupe de lecture d'Attac Vienne

Version du 7 mars 2018.

Plan :

1. Historique de la constitution du groupe de lecture

2. Ce qu’ont voulu faire les auteurs

3. Remarques et critiques

4. Et après !

 

1. Historique de la constitution du groupe

L’idée de former un groupe de lecture du livre d’Attac, « Cette crise qui n’en finit pas : Par ici la sortie » a germé dans la tête de quelques-uns au plateau de Glières après l’acquisition du livre.

Le groupe s’est constitué en juin 2017 mais n’a réellement fonctionné qu’après la rentrée de septembre.

Les membres du groupe ont mis à profit les mois de l’été 2017 pour faire une première lecture complète de l’ouvrage (9 chapitres et une conclusion).

Ils ont ensuite tenu des réunions régulières dès septembre 2017 et jusqu’à ce jour. Le rythme est mensuel et en alternance avec les réunions du conseil d’administration de l’association, soit environ quinze jours après.

Le principe de fonctionnement est simple :

Une réunion = un chapitre

Chacun lit le chapitre étudié.

Un membre du groupe, qui s’est proposé lors de la précédente réunion, présente le chapitre : résumé, ses demandes d’explication sur tel ou tel terme, ses interrogations personnelles, ses critiques, ses remarques, ses réflexions, etc. Il n’y a pas de cadre préétabli.

Puis viennent la discussion et l’échange.

2. Ce qu’ont voulu faire les auteurs du livre

Ce livre est un ouvrage collectif. Ses auteurs sont : J.-M. Harribey, M. Husson, E. Jeffers, F. Lemaire et D. Plihon. C’est donc un ouvrage riche rédigé par petit groupe de membres du Conseil Scientifique d’Attac France pour tirer un diagnostic sévère sur la situation mondiale et proposer une voie de sortie de ce que l’on nomme « crise ».

La chose ne manque pas d’étonner en effet : depuis le début des années 1970, la crise est là, ininterrompue, avec le chômage, les pauvres qui s’appauvrissent, les riches qui s’enrichissent, les gouvernements qui promettent l’embellie et qui font celle des banquiers et des actionnaires des multinationales. Pendant ce temps, le climat se déglingue et la nature est pillée. Il faut donc cesser de parler de crise en général mais caractériser celle-ci comme la crise produite par le capitalisme mondial ayant saccagé les deux piliers de sa prospérité : les humains et la nature.

Le livre décortique les raisons pour lesquelles la productivité du travail progresse aujourd’hui beaucoup moins fortement qu’après-guerre, ce qui entraîne une fuite en avant dans la financiarisation des activités, mais qui ne peut être qu’un palliatif non durable et surtout dangereux. Dangereux pour l’équilibre des sociétés, dangereux également pour l’équilibre des écosystèmes érigés en nouveaux supports financiers soumis à la spéculation. Face à cela, les politiques économiques sont réduites au mieux à des expédients, au pire aggravent les choses en laissant toujours la bride sur le cou aux activités spéculatives des banques et autres institutions financières. La crise vieille de plus de quarante ans n’en finit pas et de nouveaux risques de krachs se profilent.

Mais il n’y a pas de fatalité. Le livre présente une voie de sortie réaliste parce que mettant en cohérence les aspects sociaux et écologiques de la vie dans nos sociétés. Il est construit autour de trois parties.

La première partie montre que, derrière les frasques de la finance, qui met régulièrement le monde à genoux, se cache un système productif en panne. Il faut même craindre de nouvelles crises financières.

La deuxième partie inventorie les impasses des pseudo-solutions néolibérales : politiques monétaires non conventionnelles, avatars de réformes financières, réformes dites structurelles au détriment du travail, croissance faussement verte.

La troisième partie ouvre des perspectives, en proposant de saisir l’occasion offerte par l’épuisement de la croissance économique pour transformer nos systèmes productifs. Trois directions sont précisées : rupture avec la domination de la finance, réduction du temps de travail, et bifurcation des modèles de production et de consommation pour sortir du productivisme et de la crise sociale.

(d’après la présentation par Jean-Marie Harribey du 1er février 2017)

3. Remarques et critiques

Mes remarques porteront sur trois points.

1. L’analyse de la crise

2. L’absence d’une étude suffisamment approfondie de la mondialisation

3. Des propositions intéressantes mais qui conduisent à une interrogation fondamentale.

31. L’analyse de la crise

311. L’ouvrage insiste sur l’épuisement des gains de productivité (p. 40).

La finance qui est au cœur du système néolibéral d’aujourd’hui.

Question : Faut-il creuser le lien entre l’économie financière et l’économie réelle ?

La cause commune des crises serait la mise en œuvre de politiques néolibérales depuis les années 1970 (chapitre II), notamment la libéralisation des opérations bancaires, l’ouverture des marchés boursiers, la libération des mouvements de capitaux entre les pays et la libération des marchés des changes (monnaie) ;

Ces politiques ont incontestablement amplifié l’instabilité des systèmes financiers et il faut les dénoncer haut et fort.

Ces politiques ont incontestablement amplifié l’instabilité des systèmes financiers et il faut les dénoncer haut et fort. Toutefois elles ne constituent pas la cause de la crise du système capitaliste mais seulement des causes permissives de celle-ci. La cause réelle de la crise endogène au système capitaliste lui-même, elle réside dans les fondements du système qui abouti à ce qu’une poignée de personnes possède plus de la moitié des richesses de la planète ?

312. L’analyse présentée pour expliquer la crise est bien connue en science de gestion : c’est une application au niveau macroéconomique de la formule Du Pont de Nemours, utilisée par le grand groupe chimique américain dès les années 1950. Selon cette formule la rentabilité peut se décomposer en deux facteurs explicatifs : une relation flux/flux, multipliée par une relation flux/stock. On peut en effet écrire1 :

 

mesure le taux de profit, 

est la « productivité apparente » du capital productif, parfois assimilé à nombre de rotations du capital et

, le taux de marge.

Cette formule permet d'exposer une stratégie de gestion d'une entreprise visant à maximiser sa rentabilité en optimisant à la fois le taux de marge et la rotation des capitaux. Elle est opérationnelle en contrôle de gestion interne des « firmes » mais a peu de sens en théorie macroéconomique.

Au niveau conceptuel on passe de façon imperceptible d'une définition de la productivité réelle2 à la productivité apparente du travail qui ne reflète que très imparfaitement la première. En particulier du fait de la globalisation-mondialisation la productivité réelle du capital productif délocalisée en périphérie du système capitaliste mondial (pays du sud est asiatique pour l'essentiel) s'est considérablement accrue (cumul des technologies les plus modernes et d'une main-d’œuvre qualifiée mais mal payée) mais la productivité apparente mesurée dans les pays du centre (c'est particulièrement vrai pour les pays européens et en particulier pour la France) diminue sensiblement. Cette dernière n’est donc nullement une cause de la crise mais une conséquence de la mondialisation et de flux d'investissements productifs non pas dans les pays du centre mais dans les pays de la périphérie du système (là où les rentes différentielles sont les plus importantes).

Notons aussi que les auteurs de l’ouvrage semblent adhérer à la thèse selon laquelle moyennant des gains suffisants de productivité il serait possible de rendre compatible à la fois un taux de profit en hausse ainsi qu’un accroissement des salaires réels et une diminution de la composition organique du capital.

Cette thèse fait référence au théorème d’Okishio, aux travaux de Joan Robinson, de P. Samuelson, etc.

313. Certains membres du groupe de lecture seraient plus favorables à une analyse de la crise en lien avec la baisse tendancielle du taux de profit, analyse qui n’est pas abordée dans l’ouvrage (mais qui est clairement critiquée et rejetée dans d'autres textes par certains auteurs du livre).

Cette analyse montre que le taux de profit baisse non pas en raison d’une baisse de la productivité mais au contraire du fait de l’augmentation de la productivité liée à une croissance du ratio K/personne.

La véritable question n’est-elle pas celle-là : Les dernières décennies ont été marquées par un formidable développement de nouvelles technologies (informatiques, internet, robotisation, etc.), comment se fait-il qu’elles n’aient pas permis une « sortie de crise », comme cela aurait dû être le cas si on en croit les disciples de Schumpeter ?

La réponse pourrait être trouvée dans une analyse plus fine de la « globalisation » ou mondialisation du système capitaliste occidental que l'on a connue dans les dernières décennies.

32. L’absence d’une étude de la mondialisation

Le capital est une masse de moyens financiers (argent, crédits) qui rapporte à son tour de l’argent (A-M-A’). Le capital en mouvement prend alternativement trois formes :

- le capital argent (capital financier)

- le capital productif (capital industriel, usines),

- le capital commercial.

La mondialisation-globalisation porte sur ces trois éléments :

- une mondialisation du capital financier avec l’apparition de vingt-neuf groupes bancaires et financiers dits systémiques par les autorités internationales (car leur disparition mettrait en cause la survie de tout le système), cf François Morin.

- une délocalisation du capital productif de plus-value vers les pays où la main-d'œuvre est peu onéreuse (pays asiatiques)

- une mondialisation des échanges dont l’essentiel se fait à l’intérieur des groupes (80 % du commerce mondial se fait entre les filiales des firmes multinationales). Il s’agit de produire dans les zones à faibles coûts et de vendre principalement dans les zones où le pouvoir d’achat est (encore ?) élevé (Amérique du Nord, Europe, Japon).

L’examen de statistiques purement nationales a perdu de sa pertinence. A l'heure de la mondialisation du système productif l'étude "en soi" de l’évolution du taux de rentabilité d’un pays comme la France a peu de signification.




À la décharge des auteurs, il est vrai qu’il n’existe pas de mesure du taux de profit (consolidé) mondial (à ma connaissance tout au moins). Malheureusement il n’existe pas de statistiques qui permettent une analyse de l’état actuel du capitalisme mondialisé. Au mieux on dispose des compilations de statistiques nationales ou par continent mais aucune statistique sur une « consolidation » (au sens comptable du terme) des données des firmes multinationales.



3. Les propositions du livre sont intéressantes mais conduisent à une interrogation fondamentale : faut sortir du néolibéralisme pour revenir à un capitalisme d'antan ou faut-il sortir du capitalisme pour en finir avec ses crises périodiques ?

Résumé des principales propositions :

- rompre avec la domination de la finance (chapitre VII) : mettre les institutions financières « sous la surveillance des citoyens », séparer les activités de banque de dépôts des activités de banques d’affaires, un financement de l’économie sous contrôle démocratique, construire un nouvel ordre monétaire international stable et équitable,

- réduire le temps de travail,

- sortir du productivisme et de la crise sociale. On ne peut que souscrire à ces propositions mais ne faut-il pas aller plus loin ?

Faut-il mettre un terme au libéralisme qui serait la politique à l’origine de la crise pour revenir à un capitalisme d’antan ou faut-il sortir du capitalisme pour en finir avec ses crises périodiques, notamment la crise actuelle que l’on pourrait qualifier de crise du système capitaliste au stade de la mondialisation et du néolibéralisme ?

Ne faudrait-il pas mieux socialiser les institutions financières de manière qu’elles soient au service de la société (mondialiser, nationaliser, collectiviser), former un service financier public ?

Au lieu de rejeter les « gains de productivité », ne faudrait-il pas mieux mettre un terme à l’accaparement des gains de productivité par une minorité de rentiers, actionnaires et capitalistes et de les mettre au service de l’amélioration des conditions de vie des populations ?

Faut-il mettre un terme au néolibéralisme qui serait la politique à l’origine de la crise pour revenir à un capitalisme d’antan ou, plus fondamentalement faut-il sortir du capitalisme pour en finir avec ses crises périodiques, notamment la crise actuelle que l’on peut qualifier de crise du système capitaliste au stade de la mondialisation et du néolibéralisme ?

4. Et après !

Faut-il poursuivre l'activité du groupe de lecture d'Attac Vienne, malgré un nombre insuffisant de participants ?

Faut-il élargir notre approche en analysant d'autres ouvrages ? Mais lesquels ?

Faut-il inviter des intervenants extérieurs ? Peut-être en liaison avec l'UPOP Vienne ?

Autant de questions soumises à votre réflexion.

Vincent


Notes :

(1) EBE = Excédent brut d'exploitation = profit brut ; K = capital engagé ; PIB = Produit Intérieur Brut.

(2) La productivité du travail est le rapport de la production à la quantité de travail nécessaire. Elle peut se mesurer par tête ou à l’heure. Par tête, elle est égale à la production divisée par le nombre d’emplois. À l’heure, elle est égale à la production divisée par le nombre d’emplois et la durée individuelle du travail.

Elle dépend évidemment des moyens de production dont dispose le travailleur productif.

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