SCIENCE
01/04/2020 19:55 CEST | Actualisé il y a 14 heures

L'épidémie de Covid-19 semble autant toucher les deux pays, mais la courbe des décès y est très différente. Plusieurs pistes permettent d'expliquer cet écart.

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SCIENCE - C’est une question qui intrigue chercheurs et politiques depuis des jours. Alors que l’épidémie de Covid-19 touche toute l’Europe, un pays semble déjouer les statistiques en termes de mortalité: l’Allemagne.

En France, le nombre de morts a atteint 4032 ce mercredi 1er avril, avec 509 nouveaux décès, a annoncé le directeur général de la Santé Jérôme Salomon. La veille, l’Allemagne dénombrait 732 personnes décédées à cause du nouveau coronavirus Sars-Cov2. Soit un taux de mortalité brut (à prendre avec des pincettes, comme nous allons l’expliquer) d’environ 1%, contre 7% pour la France, si l’on rapporte au nombre de cas officiellement déclaré.

Pourquoi notre voisin a-t-il des chiffres si bas? “C’est difficile à démêler (...) Nous n’avons pas de vraie réponse et c’est probablement une combinaison de différents facteurs”, admettait le 19 mars Richard Pebody, responsable à l’Organisation mondiale de la santé (OMS). La courbe ci-dessous est ainsi assez parlante:

Pour comprendre, il faut se plonger dans les statistiques et les courbes de différents pays et prendre les hypothèses une à une. C’est certainement un ensemble qui permet d’expliquer cette différence, dont notamment la stratégie allemande de tests massifs et ses implications.

Les explications qui ne suffisent pas

Pour commencer, on pourrait penser que, comme le Covid-19 est plus meurtrier chez les seniors, la population allemande est plus jeune. Sauf que l’âge médian chez nos voisins est supérieur (47,1) au nôtre (41,4).

On pourrait aussi se dire que l’épidémie a démarré plus tard en Allemagne. Cette explication n’est pas inintéressante, nous y reviendrons, mais ne suffit pas: au 1er mars, l’Allemagne dénombrait 111 cas, contre 100 en France.

Il est par contre avéré que la France et son voisin ne comptent pas les décès de la même manière. L’Allemagne ne réalise pas de test post-mortel sur des personnes décédées qui ne sont pas positives au Covid-19. La France réalise ce genre de tests, précise l’AFP. Pour autant, le gouvernement français ne communique pour l’instant que les morts en hôpitaux, ce qui devrait rapprocher le décompte allemand du décompte français.

Enfin, l’Allemagne dispose de plus de lits en soins intensifs que la France (25.000 contre 7000). Si la préparation du système hospitalier va clairement jouer un rôle, ici aussi, l’explication ne permet pas vraiment d’y voir clair: pour l’instant, le système français n’est pas saturé.

Des tests massifs aux nombreuses implications

L’un des éléments clés pour comprendre la différence entre les deux pays semble résider dans la politique de dépistage du coronavirus Sars-Cov2. “Au début, quand nous avions relativement peu de cas, quand il s’agissait de les trouver et de les isoler, nous nous en sortions assez bien en Allemagne”, explique au Washington Post Reinhard Busse, chef du département de gestion des soins de santé à l’université de technologie de Berlin. “C’est la raison principale”.

Et avec le temps, l’Allemagne a démultiplié sa capacité de tests pour rivaliser avec la Corée du Sud, laissant la France loin derrière, incapable de suivre pour l’instant la cadence. L’Allemagne pratique aujourd’hui près de 300.000 à 500.000 tests par semaine contre 35.000 à 85.000 en France, où seuls les cas sévères ou en milieu hospitalier sont dépistés.

Cette différence fondamentale pourrait avoir deux conséquences importantes. La première, c’est que Berlin a peut-être une vision plus claire de l’épidémie que Paris. “Nous ne savons pas exactement combien il y a de cas inconnus, mais nous estimons que ce nombre n’est pas très élevé”, a déclaré à NPR Lothar Wieler, directeur de l’agence fédérale allemande de la Santé. Alors qu’en France, le nombre de cas bénins de coronavirus est très certainement bien plus important que les chiffres officiels.

Cela veut dire que le fameux taux de mortalité évoqué plus haut est certainement plus proche de la réalité en Allemagne qu’en France. D’ailleurs, si les estimations varient et s’il est très difficile d’estimer le taux de mortalité pour les personnes atteintes par le Covid-19, de nombreuses études l’estiment aux alentours de 1% (entre 0,5% et 3% le plus généralement).

La France “en avance” sur l’Allemagne?

L’autre impact très important du dépistage massif, c’est la temporalité. “Je crois que nous faisons simplement beaucoup plus de tests que dans d’autres pays, et nous détectons notre épidémie de manière précoce”, explique à NPR Christian Drosten, directeur de l’institut de virologie de l’hôpital de la Charité à Berlin.

Avec des tests plus étendus, l’Allemagne a peut-être vu démarrer l’épidémie plus vite que la France. Le graphique ci-dessous compare l’évolution du nombre total de cas de Covid-19 à partir du moment où les deux pays ont dépassé officiellement la barre des 100 infectés, le 1er mars. On remarque que l’Allemagne a mis 8 jours de plus avant de franchir un autre cap, celui des 10 morts.

Cela voudrait donc dire que si l’Allemagne a moins de morts que la France, c’est peut-être parce que l’épidémie est beaucoup plus développée dans l’Hexagone aujourd’hui, mais moins “visible”, vu que le nombre de cas officiel est inférieur.

D’ailleurs, quand on regarde le nombre de décès quotidien en France, Italie et Allemagne (ici aussi, mis sur un pied d’égalité: le graphique démarre quand le cap des 10 morts est dépassé), on remarque que la progression allemande n’est pas si aberrante.

Une question d’âge

Dans les jours ou semaines à venir, l’Allemagne pourrait donc suivre un chemin similaire à celui de la France ou de l’Italie, même si l’impact des différentes mesures peut évidemment endiguer l’accélération.

D’ailleurs, le taux de mortalité de l’Allemagne continue de monter. Il y a une semaine, il était de 0,5%, contre 1% aujourd’hui. C’est exactement ce qu’il s’est passé pour la Corée du Sud, qui avait un étonnant taux de mortalité de 0,5% au début de son épidémie. Il est progressivement monté pour se stabiliser à 1,6%. C’est logique: un patient atteint du Covid-19 met du temps à développer des symptômes, puis une forme sévère et enfin, parfois, décéder.

Le pays asiatique a plusieurs points communs avec l’Allemagne. Il a mis en place une politique de dépistage massive. Également, les premiers cas touchaient plutôt de jeunes personnes de moins de 50 ans. C’est le cas aussi pour l’Allemagne, rappelle l’épidémiologiste Jark Lauterbach, interrogé par le Washington Post. Le Covid-19 a d’abord touché chez nos voisins des jeunes “revenant de vacances”.

Ces deux éléments laissent penser que le taux de mortalité en Allemagne devrait continuer de monter, sans pour autant atteindre ceux que l’on voit en France ou en Italie, qui ne reflètent encore une fois pas la réalité. Car à l’inverse de la Corée du Sud, qui a réussi à endiguer l’épidémie (via des tests massifs, mais également des mesures de distanciation sociale très respectées), l’épidémie de coronavirus n’a pas encore entamé sa chute en Allemagne.

L’évolution de ces prochains jours et prochaines semaines permettra peut-être de mieux comprendre si ces hypothèses suffisent à expliquer le faible nombre de morts en Allemagne ou si d’autres facteurs sont en jeu.

 Unknown

Mercredi, 25 Mars, 2020 -L'Humanité
Roland Gori, psychanalyste : "Les gens voient la vie de leurs proches exposée, ils ne le pardonneront pas aux libéraux"

Maud Vergnol
"Distanciations sociale", inégalités de traitement, mondialisation en accusation... Le philosophe et psychanalyste, professeur honoraire de psychopathologie clinique, éclaire les débats que suscite la crise liée au coronavirus et analyse les effets du confinement sur les individus et sur nos sociétés. Un entretien décapant de la directrice de rédaction avec le président de l'appel des appels.

Le pays vit sous confinement depuis plus d’une semaine. Quelle analyse le psychanalyste que vous êtes fait-il de cette « distanciation sociale » imposée pour juguler le coronavirus ? Quels peuvent en être les effets à moyen terme, tant au niveau individuel que collectif ?


Roland Gori.

Le terme de « distanciation sociale » est inapproprié et maladroit. Bien au contraire, il convient d’inviter à la proximité et à la solidarité sociales, tout en exigeant une « distanciation physique ». Il ne s’agit pas de se replier individuellement mais au contraire de mettre à profit ce temps suspendu pour être affectivement et socialement ensemble. De ce point de vue, les nouvelles technologies sont un moyen formidable pour « être seuls, ensemble ». Ce qui est péjoratif en temps normal est formidablement palliatif en période d’épidémie. Sinon, on finira par devenir dingues, persécutés et phobiques pour les uns, hypocondriaques graves pour les autres, désespérés et suicidaires pour certains, transgressifs et compulsivement en prise de risques pour d’autres encore. Il faut relire le récit de Thucydide de la peste à Athènes au Ve siècle avant J.-C. sur les risques qui menacent une cité en temps d’épidémie : chaos, panique, dégradation morale, terreur religieuse, compulsion à jouir sans entrave pour conjurer l’échéance fatale… Le risque qui menace chacune des cités ou chacun des pays en proie à une grave épidémie, c’est l’anomie, la perte des normes et des lois qui les régissent pour réguler les comportements sociaux et intégrer les individus. C’est l’heure de vérité de tout gouvernement, de son potentiel à réagir au choc. Faute de confiance dans le gouvernement, la peur s’installe, durablement. C’est une émotion morale et politique dont Hobbes, celui du Léviathan, fait le principe fondateur de toute religion et de tout État. Que l’on adhère ou pas à ses analyses, il nous faut reconnaître que toute terreur, quelle que soit son origine, pandémique, climatique, sociale, économique ou militaire, est un défi pour un État et ne peut le laisser indemne. Toute la question est de savoir ce qu’il en sortira…

 

 
S’ABONNER
2ème version de la chansonnette des balcons. On est là ! Paroles et accords de la chansonnette ici :
 
À l’heure où nous postons ce clip, nous venons d’apprendre la disparition d’Aïcha caissière dans un grand supermarché de St Denis, notre ville. Notre colère lui est dédiée ainsi qu’à ses proches camarades et collègues. SALOPERIE DE VIRUS ! N’hésitez surtout pas inventer vous-même de nouveaux couplets, c’est tout le principe de cette chanson de manif des Gilets Jaunes !
 
 
 
Jean-Luc Mélenchon, en 2017, annonçait un possible Krach sanitaire. Nous y sommes:
 

 https://www.youtube.com/watch?v=aZ8rVzxFoLA

 

Voici une très bonne synthèse sur cette question.

Vincent.

https://www.youtube.com/watch?v=HY_rWiQEJD4

Frédéric Taddéi interroge Paul Jorion et Gael Giraud sur les conséquences de l'épidémie dans l'émission "Interdit d'interdire"

https://www.pauljorion.com/blog/2020/03/24/interdit-dinterdire-paul-jorion-et-gael-giraud-le-24-mars-2020/

François Ruffin avait lui aussi dialogué avec paul Jorion dans son émission

https://www.youtube.com/watch?v=PiWBykyHimI

 

| Alain Bourdon, cardiologue

Il n’est pas dans les habitudes de notre « Lettre du Pays Basque » d’entrer dans des polémiques politiques ou autres, éloignées des objectifs que nous nous sommes fixés lors de notre création, il y a quatre ans. Mais  en cette période fertile en difficultés et dangers de toutes sortes qui nous affectent à tout moment, il nous a semblé utile de porter à la connaissance de nos lecteurs les éléments suivants à propos du Dr Raoult et de la chloroquine comme remède contre le coronavirus. Notre confrère « L’Express » avait d'ailleurs retrouvé  le rapport que l’universitaire marseillais avait rédigé en 2003 et qui « ne souffre pas la critique. Son objet : les atouts et – surtout – les failles de notre système de santé en cas d’épidémie. 17 ans après, ce texte n'a pas pris une ride. Ce manque d’anticipation est d’ailleurs l’une des raisons qui rendra également plus difficile la sortie du confinement. Car, pour la réussir, il faudrait multiplier les tests, une ambition qui se heurte à des obstacles technologiques et matériels ». A lire dans « L’Express ».

Par ailleurs, nous reproduisons ci-dessous un texte publié chez notre confrère "lafautearousseau" par le Dr Alain Bourdon, médecin spécialisé en cardiologie et maladies vasculaires dont le cabinet se trouve à Marseille, qui récapitule, sous forme brute, les informations essentielles du dossier Raoult. Quoiqu’il en soit des suites de cette affaire à ses différents stades et niveaux, cette récapitulation conservera tout son intérêt. ALC

Nombre de morts du coronavirus en France :

enquête sur un recensement incomplet

par Léa Guedj

publié le 25 mars 2020 
Chaque jour, le bilan des décès dus au virus s’alourdit, mais il serait loin de la réalité, compte tenu du mode de recensement. Basé uniquement sur les chiffres hospitaliers, il exclut notamment les décès en Ehpad et à domicile.
Lors de son point quotidien, lundi, le directeur général de la Santé, Jérôme Salomon, déplore « 1110 décès à l’hôpital », mais « les décès à l’hôpital représentent probablement une faible part de la mortalité », glisse-t-il dans une réponse à une question de la presse. De quoi remettre en question le bilan journalier des décès dressé depuis le début de l’épidémie.
La méthode française de recensement minimise-t-elle le nombre de morts dus au Covid-19 ? Cela peut-il expliquer en partie le décalage avec d’autres pays comme l’Italie ? En Italie, on réalise des dépistages post-mortem, mais ce n’est pas le cas en France, nous indique la Direction générale de la Santé (DGS). Concrètement, cela signifie que lorsqu’une personne non dépistée, en Ehpad ou à domicile, décède, elle n’est pas comptabilisée.