L’imagination

jeudi 12 décembre 2019
par  Daniel Spoel
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On peut se demander “Qu’est-ce que l’imagination ?”, surtout lorsque la démocratie se trouve entravée par la pensée unique.

Revenons donc à la base de l’imagination et essayons de comprendre ce que cela implique.
Selon Wikipédia, l’imaginaire peut être défini sommairement comme le fruit de l’imagination d’un individu, d’un groupe ou d’une société, produisant des images, des représentations, des récits ou des mythes plus ou moins détachés de ce qu’il est d’usage de définir comme la réalité.

Si on considère l’imagination d’un être humain au singulier, on peut considérer que c’est l’essence de la psyché humaine, c’est-à-dire le flux ou le flot incessant des représentations, des désirs, des affects. Par exemple, si on ferme les yeux et que l’on se bouche les oreilles, il y a toujours quelque chose qui se passe “dedans”, c’est-à-dire dans le cerveau : des images, des souvenirs, de souhaits, des craintes, des états d’âme... que parfois nous pouvons expliquer et parfois non. Il en va de même avec nos rêves.

L’imagination a été reconnue d’abord par Aristote dans son traité De l’âme, il la définit comme une faculté psychologique. Cette définition persistera jusqu’à la seconde moitié du 18ème siècle. A partir de ce moment là, les penseurs feront la relation entre l’imagination et les questions du goût et de l’art, malgré que l’art existe depuis la préhistoire, les grottes de Lascaux peuvent en témoigner.
Au 18ème siècle donc, Kant découvre ce qu’il appelle l’imagination transcendantale, c’est-à-dire l’imagination requise pour qu’il puisse y avoir une connaissance certaine et non empirique. Il donne une place essentielle à l’imagination dans le rapport de l’être humain au monde. Castoriadis fait la différence entre le “cartésien” ou “rationnel” et “l’imaginaire”. Depuis, il y eu ce traitement de l’imagination dans l’histoire de la philosophie avec ses recouvrements successifs : émotions, sentiments, affectivité, symbolique et communication.
Actuellement, Jean-Didier Vincent, neurobiologiste, nous apprend que l’homme est capable de partager l’affect, il a de l’ocytocine dans le cerveau qui va lui donner de l’imagination pour créer des modes d’expression et créer un langage et participer a la communication et à la culture.

Et on peut constater que les personnes qui mettent le plus en oeuvre leur imagination dans leur vie quotidienne et leurs oeuvres sont les artistes, soit les écrivains, les poètes, les musiciens, les cinéastes, les peintres, les sculpteurs, les comédiens, les architectes, les chefs cuisiniers, les parfumeurs, les danseurs, les acrobates, les clowns, les humoristes, etc..

Si on constate depuis longtemps que l’on peut comprendre et expliquer le fonctionnement de l’imagination au niveau individuel par la conscience de soi, la réflexivité, la capacité à trouver du plaisir dans une représentation et dans une sensation , il est très difficile de comprendre l’imaginaire social parce qu’on se trouve devant l’évolution de l’histoire par des facteurs naturels, biologiques, sociologiques ... mais pas par des facteurs rationnels, que ce soit une activité “rationnelle” ou un être “rationnel”.
Le langage, les coutumes, la communication, les normes, les techniques ne peuvent pas “être expliqués” par des facteurs extérieurs aux collectivités humaines.
La science fait aussi appel à l’imagination pour construire de nouvelles théories comme la relativité générale ou le principe d’incertitude quant à la localisation et la vitesse d’une particule élémentaire.
L’imagination est tout-à-fait fondamentale dans la compréhension du monde humain , elle nous montre clairement que ce ne sont pas seulement des facteurs “rationnels”, ni des considérations “d’intérêt” économique qui dominent les motivations des humains et qui permettraient de comprendre leurs comportements.
L’économie aujourd’hui, dont certaines théories néolibérales et monétaristes, est devenue une idéologie ou une nouvelle théologie. La faute de cette dérive provient de la croyance que l’économie est le moteur principal, sinon unique des civilisations et de la civilisation occidentale en particulier.
Or il n’en est rien, l’économie n’est pas une science, tout au plus un savoir-faire.
C’est ce que semblent ignorer beaucoup d’économistes et aussi beaucoup de dirigeants politiques qui se croient devoir être soumis à des lois scientifiques immuables alors qu’il n’en est rien.
Un économiste a toujours pris de la distance avec cette manière de voir, il s’appelle John Kenneth Galbraith. Il n’a jamais été un idéologue de l’économie, bien au contraire : il a d’ailleurs publié un livre intitulé “Economie hétérodoxe” aux éditions du Seuil en 2007, qui est un recueil de ces prises de positions.
Si l’économie n’est pas une science exacte, par contre, il y a actuellement une “pensée unique”, qui est sans imagination et qui prône une seule forme d’économie néolobérale que personne n’ose remettre en question malgré ses absurdités, en particulier par rapport au changement climatique résultant de la définition du “progrès”.
Ce conformisme dans la définition du progrès est un retour général de l’hétéronomie, soit le fait de croire dans la primauté du marché et de la concurrence comme l’institution et le milieu social l’imposent, même s’il y a une contradiction entre une partie de la science exprimée par le Groupe d’experts intergouvernemental sur le climat, soit en abrégé le GIEC, et cette “pensée unique”.
Or, si on se rapporte à la science, on constate que l’économie capitaliste néolibérale ne tient pas compte de l’entropie, qui caractérise l’irréversibilité des phénomènes en physique, et donc que l’économie basée sur la croissance exagérée de la consommation d’énergie conduit nécessairement, comme l’impose les trois lois de l’entropie :
- l’entropie thermodynamique, au réchauffement climatique et à la pollution,
- les lois de l’entropie biologique à la destruction de la biodiversité
- et les lois de l’entropie informationnelle à la destruction de la noodiversité ou diversité de l’esprit.

Il faudra donc de l’imagination à l’humanité pour arriver à sortir de la pensée unique et éviter sa disparition de l’humanité, tout en permettant à la terre de continuer à bien mieux se développer après cette disparition.
Seule l’imagination nous permettra de composer avec la nature et de nous ré-approprier la politique en sortant de la conception néocapitaliste de l’économie et du progrès. Certains, dont Thomas Piketti et Joseph Stieglitz, l’ont bien montré.

Je voudrais encore mettre en garde contre les GAFAM, et citer deux auteurs : Jeremy Rifkin et Bernard Stigler.

Rifkin est souvent présenté comme le principal théoricien de la troisième révolution industrielle, présentée dans l’un de ses ouvrages comme permettant de répondre à long terme au triple défi d’une crise économique mondiale, de la sécurité énergétique et du changement climatique.
Après avoir publié un livre sur l’économie de l’hydrogène, il a travaillé à la fois aux États-Unis et en Europe pour faire avancer politiquement la cause de l’hydrogène provenant de sources renouvelables.
Il écrit dans “La nouvelle société du coût marginal zéro” : L’internet des objets va connecter tout et tout le monde dans un nouveau paradigme économique qui est infiniment plus complexe que les première et seconde révolutions industrielles, mais dont l’architecture est distribuée et non centralisée. ... L’effet de tout cela est clair : les monopoles du XXIème siècle sont aujourd’hui confrontés à une menace de déstabilisation d’une puissance incalculable, portée par l’infrastructure émergente de l’Internet des objets.

Bernard Stiegler est philosophe et fondateur du groupe Ars industralis et de l’école en ligne pharmakon.fr. Il écrit dans “Qu’appelle-t-on panser ?” : le world wide web a concrétisé une réticulation planétaire, installant ainsi un nouveau type de milieu, soit la Société automatique et la Télécratie des Gafam contre la démocratie.


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