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Finance, banques, multinationales : toujours les mêmes !
Les idées de Milton Friedman bougent encore, par Denis Chagnolleau (hiver 2007)

Extrait de la Lettre d’attac 45 n°40, hiver 2007


Milton Friedman est l’économiste qui, avec Friedrich Hayek, a le plus contribué à développer l’idéologie néolibérale. Et s’il est maintenant mort et enterré, sa pensée continue à influencer les pratiques économiques actuelles, comme le montrent les niveaux très élevés de rémunération du capital et les politiques monétaristes de la Banque Centrale Européenne (BCE).

De Pinochet à la Commission européenne...

En 1947, avec les économistes Hayek, Stiegler et Allais, il fonde la Société du Mont-Pélerin, qui se fixe comme objectifs de combattre le socialisme et les pratiques keynésiennes alors en place dans les pays occidentaux. Friedman est hostile à toute intervention macro-économique des Etats, et combat leur politique économique contre le chômage. Il soutient les leaders favorables à ses idées et inspire directement leur politique économique et sociale : deux de ses plus brillants et efficaces prosélytes sont Ronald Reagan aux Etats-Unis, et Margaret Thatcher au Royaume Uni.

Notons cependant que c’est dans le Chili du général Pinochet que le néolibéralisme trouve un premier terrain d’expérimentation. En effet, après le coup d’état du 11 septembre 1973, Pinochet mate les syndicats et les partis de gauche, et fait appel aux économistes libéraux de l’université de Chicago, les "Chicago boys" : ceux-ci n’ont aucune hésitation à conseiller le dictateur, qui fera son choix dans le menu proposé. Comme quoi le néolibéralisme ne s’embarrasse pas toujours de démocratie.

L’idée centrale de Friedman est la lutte contre l’inflation et les déficits publics. Pour lui, il faut baisser le rythme de création monétaire à un niveau tel qu’il rendrait l’argent plus cher, et remonter les taux d’intérêt des banques centrales pour interdire aux Etats de financer trop facilement leurs déficits.
De manière corollaire, il explique l’existence du chômage par des salaires et des prestations sociales trop élevés, qui incitent les chômeurs à refuser le travail au coût du marché. En même temps, c’est lui qui explique qu’il existe un taux de chômage dit « naturel », qui permet d’éviter l’inflation (s’il y avait trop d’emplois et pas assez de chômeurs, l’inflation repartirait). En France en ce moment, par exemple, il est de 8 %.
Concrètement, ces pratiques ont pour objectifs de garantir les capitaux contre l’érosion monétaire, mieux rémunérer les créanciers, réduire la progressivité de l’impôt et le niveau des salaires. Et depuis vingt-cinq ans, les recommandations de l’OCDE (Organisation pour la Coopération et le Développement Economique) vont dans ce sens...

Actuellement, plus que les Etats-Unis, c’est l’Union Européenne qui applique les politiques économiques énoncées par Friedman. En effet, alors que la Banque fédérale (qui obéit à la Maison Blanche) encourage la baisse du dollar pour faciliter les exportations et retarder une possible récession, la Banque centrale européenne, institution qui n’a de compte à rendre à personne, ne se fixe qu’un objectif : lutter contre l’inflation. Elle mène ainsi une politique de taux d’intérêts élevés et de crédit cher. La politique de l’Union, victime de l’activisme forcené (et du pouvoir démesuré) de la Commission européenne, concrétise ainsi les quatre dogmes néolibéraux (inscrits, pour mémoire, dans le "traité constitutionnel" que les Français et les Hollandais ont rejeté en 2005) :

Vivement les alternatives !

Or, bien loin de nous mener à des lendemains qui chantent, ces politiques ont contribué à provoquer une augmentation du chômage, des inégalités sociales et du nombre de personnes vivant en-dessous du seuil de pauvreté en Europe ; ainsi qu’une montée de la xénophobie et de l’extrême-droite, qui fait des étrangers les boucs émissaires de nos difficultés sociales.
Pour sortir de cette impasse, il nous faut rompre avec les pratiques néolibérales : pratiquer une politique macro-économique ambitieuse au niveau européen, en finir avec l’indépendance de la Banque centrale européenne et son objectif unique de lutte contre l’inflation, augmenter le budget de l’Union Européenne pour mettre en place des politiques d’investissement et de développement économique et social ambitieuses, fonder des services publics européens modernes, réformer les institutions et redonner leur voix aux peuples... Bref, redonner un sens à l’action collective !

Denis Chagnolleau

Attac 45

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A lire : « Milton Friedman n’est pas mort », par Serge Halimi, nov. 2006, monde-diplomatique.fr



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