La faute à qui ? Réponse à Dominique Seux vendredi 3 avril 2020, par Esther Jeffers*

lundi 6 avril 2020

*Esther Jeffers, professeure d’économie à l’Université de Picardie, membre du Conseil scientifique d’Attac France. Tribune co-signée par Dominique Plihon, Jean-Marie Harribey et Pierre Khalfa, membres du Conseil scientifique d’Attac France.

Dans une opinion intitulée « Le libéralisme en mode 4X4 » et publiée le 26 mars 2020, Dominique Seux, commente l’actualité et la pandémie à laquelle le monde fait face aujourd’hui. À ses yeux, trop c’est trop.

Ainsi, écrit-il : « Au début de l’épidémie, on avait beaucoup entendu qu’elle était la fille cachée de la financiarisation de l’économie et du commerce mondialisé. Ensuite, l’austérité budgétaire a servi d’explication pour le dramatique débordement du système de santé. Et voilà que ces jours-ci, on lit que c’est au libéralisme (néo ou ultra, cela va de soi) qu’il faut en vouloir pour le manque de masques et de tests capables de détecter le Covid-19. N’en jetez plus, c’est trop ! ».

Qu’est ce qui provoque son indignation ? Le manque de tests et de masques, le manque de ventilateurs, de lits et de personnel soignant, ou l’austérité budgétaire qui a organisé la casse du système de santé ? Non, c’est le fait que le néolibéralisme et la financiarisation de l’économie soient jugés responsables de la situation actuelle.

Examinons les arguments avancés pour réfuter cette thèse. Dominique Seux écrit que « dans le pays qui affiche les dépenses publiques et de santé parmi les plus élevées, expliquer la catastrophe sanitaire que nous vivons par la casse des services publics relève de la mauvaise foi ». Or, cet argument est illogique : ce n’est pas parce qu’on aurait encore l’un des meilleurs système de santé au monde qu’il n’aurait pas subi un affaiblissement. D’autre part, si l’on retient comme indicateur la dépense courante de santé par habitant exprimée en parité de pouvoir d’achat (PPA), les dépenses de santé par habitant sont deux fois plus élevées aux États-Unis qu’en France. Et pourtant, tout le monde en convient, le système de santé américain est tout sauf performant : 27,5 millions d’Américains étaient sans assurance maladie avant la pandémie. Ce n’est sans doute pas ce modèle auquel aspirent les millions de Français qui, tous les soirs, applaudissent le personnel soignant et réclament plus de moyens pour les hôpitaux.

Cela fait près de quarante ans que les réformes néolibérales ont peu à peu déconstruit les services publics. En France, trente ans de politiques de réduction des dépenses ont mis l’hôpital public à genoux. Dès 2007, Nicolas Sarkozy a exercé une forte pression budgétaire sur l’hôpital et généralisé la tarification à l’activité. Les personnels hospitaliers ne cessent de tirer la sonnette d’alarme, pour prévenir que les services des urgences sont malades, que le corps médical est en crise avec la fermeture drastique des lits, ou encore le personnel insuffisant. Depuis plus d’un an, ils manifestent contre un manque de moyens criant qui empêche aujourd’hui de soigner correctement chaque personne. Ce gouvernement, comme ceux qui l’ont précédé, n’y a pas répondu. Aujourd’hui on en paye le prix fort.

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