Notes sur le rapport d’Oxfam de janvier 2022

samedi 16 avril 2022
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"La fortune des milliardaires dans le monde a plus augmenté en 19 mois de pandémie qu’au cours de la dernière décennie. C’est la plus forte augmentation depuis que ce type de données est recensé. C’est le constat édifiant que révèle Oxfam dans son dernier rapport sur les inégalités mondiales publié le jour de l’ouverture du « Davos Agenda », une semaine de dialogues virtuels organisés par le Forum économique mondial."

Davos 2022 : "Nouveau rapport d’Oxfam sur les inégalités mondiales"

Notes sur le rapport d’Oxfam pour la réunion du comité Attac Paris centre le 17/02/22)

Avant -Propos
Présentation de personnalités

  • Jayati Ghosh : professeure d’économie à l’université du Massachusetts à Amherst, aux Etats-Unis et membre du Conseil sur l’économie de la santé pour tous de l’Organisation mondiale de la Santé.
    Elle parle des conséquences sociales et économiques de la pandémie et des différentes raisons de la mortalité des gens.
    Pour elle, la pandémie est traitée de manière très inégalitaire : un grand nombre de personnes défavorisées meurent, une minorité fortunée s’enrichit encore plus.
    Elle propose des solutions systémiques comme inverser les privatisations désastreuses ainsi qu’une nouvelle politique fiscale.
  • Abigail E. Disney est cinéaste documentariste, activiste.
    Elle parle aussi de morts. Après l’espoir d’une société nouvelle est venu le désespoir. Les fissures au sein de la société sont devenues des failles et en énumère les causes.
    Elle propose aussi des solutions systémiques ainsi qu’une nouvelle politique fiscale au niveau internat

1. Une augmentation sans précédent de la Fortune des milliardaires alors que des milliards de personnes souffrent

  • Inégalités, racisme et pauvreté
    Les riches se sont enrichis, les pauvres se sont appauvris, les inégalités se sont accrues et ont contribué à rendre cette pandémie plus mortelle surtout parmi les personnes racisées et les plus pauvres.
    Ces fractures actuelles trouvent leurs racines dans l’esclavage et le colonialisme desquels le racisme découle.
    73 pays sont confrontés à la perspective d’une austérité soutenue par le FMI avec risque d’aggraver les inégalités entre les pays, et tous les types d’inégalités au sein des pays ainsi que les droits des femmes et les progrès en matière d’égalité de genre.
    Les inégalités contribuent chaque jour à la mort d’au moins 21 300 personnes, c’est-à-dire, une personne toutes les 4 secondes.
    Les inégalités ont un impact négatif sur quasiment tous les aspects de la vie et sur tout espoir de progrès pour l’humanité car ces inégalités en hausse engendrent plus de criminalité, de malheur, de méfiance et de violences.
  • Une augmentation sans précédent de la fortune des milliardaires alors que des milliards de personnes souffrent
    17 millions de personnes sont mortes à cause de la COVID-19, un bilan humain sans précédent depuis la Seconde Guerre mondiale. Les inégalités économiques rendent la pandémie plus mortelle, notamment à cause des
    monopoles pharmaceutiques qui restreignent artificiellement l’approvisionnement et la distribution des vaccins contre la COVID-19 aux pays les plus pauvres et qui ont coûté la vie à des millions de personnes .
    Les données dont dispose Oxfam suggèrent que 85 % des 107 prêts COVID-19 accordés par le FMI pousseront 73 pays vers l’austérité une fois la crise contre la COVID-19 passée.
  • La fortune des milliardaires
    Pendant la pandémie de COVID-19, la fortune des milliardaires a connu la plus forte augmentation jamais enregistrée. Elle a augmenté davantage depuis le début de la pandémie qu’au cours des 14 dernières années.
    Les gouvernements ont injecté 16 000 milliards de dollars dans l’économie mondiale depuis le début de la pandémie. Les milliardaires ont alors vu leur fortune augmenter de plus de 5 000 milliards de dollars pour passer de 8 600 milliards à 13 800 milliards depuis mars 2021, l’intervention des gouvernements ayant fait grimper le cours des actions.
    D’après l’analyse et les nouveaux chiffres publiés en décembre 2021 par le World Inequality Lab, les 1 % les plus riches ont accaparé 19 fois plus de la croissance globale des richesses que les 50 % les plus pauvres de l’humanité depuis 1995.
  • Vers plus d’inégalités : Inégalités, discrimination, racisme et pauvreté
    1 % les plus riches du monde sont à l’origine de deux fois plus d’émissions de carbone que les 50 % les plus pauvres. En entravant les efforts de lutte contre le dérèglement climatique, un tel acte est destructeur pour toutes et tous, y compris dans les pays riches.
    Lorsque quelques entreprises puissantes parviennent à monopoliser la production de vaccins et de traitements vitaux en pleine pandémie mondiale, l’apartheid vaccinal qui en résulte est mortel.
    De plus, différentes inégalités peuvent se cumuler simultanément : certains groupes marginalisés, comme les personnes handicapées ou les personnes LGBTQIA+, subissent des impacts disproportionnés et les inégalités peuvent résulter de la religion, de l’âge, de la caste et d’autres facteurs.
    Dans certains pays, les personnes les plus pauvres sont presque quatre fois plus susceptibles de mourir de la COVID-19 que les plus riches.
    D’après les prévisions de la Banque mondiale, sans efforts pour lutter contre les inégalités, la pauvreté ne reviendra pas à son niveau d’avant la crise avant 2030.
    Les femmes, qui ont subi les impacts économiques les plus durs de la pandémie, ont perdu collectivement 800 milliards de dollars de revenus en 2020.
    Partout dans le monde, les groupes racisés ont été les plus durement frappés par la pandémie. Par exemple, lors de la deuxième vague de la pandémie en Angleterre, les personnes d’origine bangladaise étaient cinq fois plus susceptibles de mourir de la COVID-19 que la population britannique blanche.
    Il est essentiel de reconnaître, comme l’ont fait les chercheurs et chercheuses en justice raciale, que le racisme est également instrumentalisé à des fins stratégiques.
    Le « racisme stratégique » décrit les situations où le racisme est trop souvent utilisé comme une arme pour promouvoir le fondamentalisme du marché libre.
  • Choisir l’égalité
    La pandémie se nourrit des inégalités : elle tue davantage les personnes pauvres et historiquement défavorisées que les personnes riches et privilégiées. Ce n’est pas le fruit du hasard, mais le résultat de choix politiques et économiques faits dans l’intérêt d’une infime minorité.
    Faute d’action systémique et significative au niveau national et international pour s’attaquer à l’accumulation écrasante des richesses et des revenus entre les mains des personnes les plus riches, les inégalités ne peuvent qu’empirer. Une explosion extrême de la fortune des milliardaires n’est pas le signe
    d’une économie saine, mais un symptôme ou un sous-produit d’un système économique profondément néfaste et violent.
    Une petite lueur d’espoir : les dirigeants des deux plus grandes puissances économiques du monde, les États-Unis et la Chine, mènent certaines politiques ambitieuses pour réduire les inégalités, notamment en augmentant les impôts des particuliers fortunés et en prenant des mesures contre les monopoles.

2. Les constats
La violence économique structurelle tue.
Du fait des insuffisances des systèmes de santé majorées par la pandémie - de la violence basée sur le genre (violence- mutilations génitales …) majorée par la pandémie dont les effets sont + délétères pour les femmes).
Des catastrophes climatiques (les + riches + pollueurs, les + pauvres victimes).
De la pauvreté et de la faim également accentuées par la pandémie.

3. Les solutions

Retour sur les victoires et la vitalité actuelle des mouvements sociaux, à l’échelle mondiale (jeunes en grèves pour le climat, mouvement Black Lives Matter, féministe d’Amérique latine, paysan-nes en Inde, People’s Vaccine Alliance…). Hausse des mouvements de protestation et du nombre de manifestation, liée à l’augmentation des inégalités.
Selon Oxfam, les investissements débloqués en réponse à la pandémie ont prouvé que les gouvernements peuvent agir – et c’est à eux que s’adresse le rapport. Les mesures des programmes d’aide développés en réponse à la crise sanitaire doivent servir d’inspiration.
Parallèle avec le lendemain de la Seconde Guerre mondiale, et des mesures de reconstruction de l’économie de l’époque qui ont inclus : la construction d’Etats-providence, l’introduction d’impôts sur les personnes et les entreprises les plus riches, le renforcement des droits du travail.
Oxfam préconise des stratégies économiques gouvernementales axées sur plus d’égalité, et s’appuyant sur des jalons clairs et mesurables. Le rapport cite l’engagement de la Corée du Sud et de la Sierra Leone, et l’adoption par la Nouvelle-Zélande ou le Bhoutan d’indicateurs du bien-être plutôt que de la croissance du PIB pour leurs budgets nationaux.
• Mise en place de mécanismes de redistribution (budgets et fiscalités progressives), mais surtout distribution en amont.
Oxfam propose trois domaines d’actions concrets, non exhaustifs mais constituant une base sur laquelle construire l’égalité pour les gouvernements :

1. Débloquer des milliers de milliards de dollars dans les économies pour lutter contre les inégalités

Instruments fiscaux progressifs pour débloquer l’argent. Affectation des 400 milliards de dollars de droits de tirage spéciaux obtenus par le Fmi des pays riches aux pays vulnérables, sans endettement ni conditionnalité.
Annulation de la dette à grande échelle. Honorer l’engagement des pays riches à affecter 0,7% de leur revenu national brut aux pays aux faibles revenus.
• Récupération des profits réalisés par les milliardaires pendant la pandémie avec des impôts exceptionnels de solidarité.
Exemple : impôt exceptionnel d’urgence de 99% sur les nouvelles richesses amassées pendant la pandémie par les 10 hommes les plus riches, ils resteraient milliardaires tandis que 812 milliards de dollars seraient levés pour des vaccins pour tout le monde, financer les mesures climatiques, la protection sociale universelle, et lutter contre les violences de genre. Oxfam cite des exemples historiques d’une telle mesure : France post 2GM, Japon, et même USA.
• Impôts progressifs sur le capital et la fortune, fin des paradis fiscaux et de l’évasion fiscale des entreprises
Impôts permanents sur la fortune en plus de ceux exceptionnels, pour réduire fondamentalement les inégalités de richesse. Stratégie axée sur la minorité des milliardaires plutôt que sur la majorité (et surtout les femmes) à travers le travail et la consommation. Mettre fin aux paradis fiscaux, et aller au-delà du taux minimum d’imposition convenu par l’OCDE en octobre 2021.

2. Réorienter cette richesse pour sauver des vies et investir dans notre avenir

4 solutions proposées par Oxfam :
• Des soins de santé universels, de qualité et financés publiquement
Sauverait des millions de vies et empêcherait d’autres de basculer dans la pauvreté. « Les soins de santé universels jettent les bases d’une société plus saine, plus libre et plus juste ; ils contribuent à combler l’écart entre les personnes riches et les personnes pauvres ainsi qu’entre les femmes et les hommes, et ils favorisent l’égalité raciale et ethnique. Le marché ne devrait pas avoir priorité sur le droit des personnes à la vie. » (p43). Fin de la privatisation. Protection des soins de toutes mesures d’austérité, coupes budgétaires et privatisations, qui ont un impact plus important sur ceux qui en dépendent le plus.
• Protection sociale universelle
Sécurité du revenu, allocations, retraite. Oxfam recommande d’investir plus dans la protection sociale pour réduire les inégalités, y attribuer une part plus élevée des budgets gouvernementaux des pays à revenus faibles, pour assurer un plancher minimal. « Les pays riches doivent soutenir la création d’un Fonds mondial pour la protection sociale visant à renforcer les programmes de protection sociale universelle dans les pays à revenu faible n’ayant pas suffisamment de capacité d’investissement, financé par l’aide et l’allègement de la dette de la part des pays riches. »
• Financer l’adaptation au changement climatique des pays pauvres par les riches, compenser les pertes et dommages, et se libérer des énergies fossiles
Financement des pays riches vers les pays pauvres (50milliards par an, puis après 2025 entre 140 et 300 milliards) pour l’adaptation, mené localement. Compensation des pertes et dommages, qui se déroulent déjà : 200 à 580 milliards de dollars par an d’ici 2030. Soutien de la transition énergétique, ainsi que des travailleurs travailleuses et des communautés pendant cette transition. (Idée de « transition juste », telle qu’elle est mise en œuvre dans la stratégie espagnole impliquant 250 millions d’euros.)
• Investir pour renforcer les droits des femmes
Des investissements peuvent aider : programme de prévention et d’intervention (42 milliards de dollars dans 132 pays prioritaires d’ici 2030), soutien des organisations de défenses des droits des femmes.

3. La distribution en amont afin de réorienter le pouvoir et les revenus dans l’économie

Des changements législatifs et politiques pour que les « gains du marché, du secteur privé et de la mondialisation reviennent directement et plus clairement aux mains des travailleurs et travailleuses et des citoyen·nes ordinaires. » (p46) au lieu des plus riches et de la perpétuation des inégalités.
• Lutter contre les inégalités entre les pays riches et les pays pauvres : une dérogation aux droits de propriété intellectuelle
Dérogation à l’Accord de l’OMC sur les aspects des droits de propriété intellectuelle qui touchent au commerce (ADPIC) doit être convenue par les pays riches, justifiée par la situation d’urgence que représente la pandémie. Base pour ensuite une réforme large du système monopolistique de l’industrie pharmaceutique. Et plus largement encore, sur le fait que la propriété intellectuelle serve les intérêts de la société plutôt que financiers.
• Lutter contre les inégalités entre les personnes riches et la majorité : faire valoir les droits humains des travailleurs et travailleuses et des personnes
Etablissement de normes juridiques de protection pour se syndiquer et faire grève. Protection de la liberté d’expression et d’association, droits civiques et politiques. Limitation des monopoles et de la concentration du marché, obligations de diligence dans les chaînes d’approvisionnement de toutes les multinationales. (exemple de l’UE, première étape). Encourager les coopératives et les entreprises sociales au détriment du modèle du capitalisme actionnarial.
• Abolir les lois sexistes et discriminatoires envers les femmes et en créer de nouvelles, promouvant l’égalité entre les genres
Congé maternité payé d’au moins 14 semaines, application progressive d’un congé parental payé d’un an, droits des travailleur-ses du soin. Financer la collecte de données (par genre, race, âge etc) permettant de mieux comprendre et répondre aux besoins.
• Redistribuer le pouvoir en politique et dans le secteur privé en faveur de la majorité : faire des travailleurs et travailleuses une priorité dans la prise de décisions au sein des entreprises et stimuler la représentation politique des femmes, des groupes racisés et de la classe ouvrière
Rôle stratégique des travailleur-ses dans la prise de décisions au sein des entreprises, augmenter la participation des représentants (paritaires) des travailleur-ses dans les entreprises. Stratégie de diversité.
Efforts contre la disproportion de la présence politique des riches élites, et contre la sous-représentation des femmes et des personnes racisées en politique.


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