Samedi 13 novembre de 11h30 à 12h00 : Cercle de silence - à Aix en Provence à la Rotonde, allées provençales - à Salon de Provence Place de l’Hôtel de Ville

suivi de “la circulaire anti-Roms : quel passage à l’acte ?”, par Serge Portelli
samedi 13 novembre 2010

Rappelons qu’Ali Hounat, père de famille aixois, est depuis bientôt deux mois séparé des siens.
Le grand mouvement de solidarité qui s’était exprimé pendant sa rétention au centre du Canet à Marseille
doit se reformer dès maintenant car, à la fin de ce mois, le lundi 29 novembre à 14h, aura lieu à la
Cour d’Appel d’Aix-en-Provence l’audience relative à sa demande de relèvement d’interdiction
du territoire. Nous devrons être présents massivement ce jour-là pour soutenir sa requête.

Le prochain cercle de silence d’Aix-en-Provence, se tiendra donc samedi prochain 13 novembre 2010 sur la place de la Rotonde - du côté des allées provençales de 11h30 à 12h - afin de protester contre l’enfermement des étrangers, les conditions de cet enfermement et les expulsions quotidiennes que nous constatons au mépris total des droits fondamentaux de la personne.

Les rassemblements appelés par une centaine d’organisations nationales au début du mois de septembre avaient montré qu’il y avait un large rejet des discours xénophobes et nous avions alors souligné la convergence de ce rejet et des préoccupations propres aux cercles de silence.

Entre-temps, les nombreuses journées de manifestation contre la réforme des retraites ont monopolisé l’attention et ont en partie occulté l’actualité qui intéresse directement les étrangers, notamment les discussions sur la loi Besson au Parlement et sur le projet de loi de finances 2011 au chapitre de l’Aide Médicale d’Etat.

Les cercles de silence ne peuvent à eux seuls reprendre le flambeau de la protestation contre la xénophobie et la politique du pilori, mais par leur régularité et la singularité de leur expression ils sont un perpétuel rappel à travers tout le pays du refus des discours de stigmatisation et d’exclusion de l’étranger, pauvre, malade ou sans-papier.

C’est pourquoi il est important d’être nombreux et déterminés. Déterminés à ne pas nous résigner, déterminés à "crier" ensemble notre indignation devant le traitement que l’on fait subir à certains de nos frères et sœurs étrangers.

Rappelons à ce sujet qu’Ali Hounat, père de famille aixois, est depuis bientôt deux mois séparé des siens. le grand mouvement de solidarité qui s’était exprimé pendant sa rétention au centre du Canet à Marseille doit se reformer dès maintenant car, à la fin de ce mois, le lundi 29 novembre à 14h, aura lieu à la Cour d’Appel d’Aix-en-Provence l’audience relative à sa demande de relèvement d’interdiction du territoire. Nous devrons être présents massivement ce jour-là pour soutenir sa requête.

En attendant, à bientôt pour le cercle de silence d’après-demain.

Pour le groupe de coordination du cercle de silence d’Aix-en-Provence
Philippe Chouard.

Le Cercle de Silence d’Aix-en-Provence est composé de citoyen (ne)s et de membres engagés individuellement au sein de divers mouvements et associations qui le soutiennent :

ACAT Aix, Aix-Solidarité, Amnesty International Aix, ASTI d’Aix-Marseille, Attac Pays d’Aix, ATMF Pays d’Aix, CADTM Aix, CCFD Aix, Cimade Pays d’Aix, CLCV Aix, Emmaüs Cabriès, Entraide de l’Eglise réformée de France, Féminin Pluriel en Pays d’Aix, Fraternité Franciscaine Aix, LDH Ligue des Droits de l’Homme Aix, Maïs International, Missionnaires Oblats Aix, Pastorale des Migrants Aix, Relais de St Donat, RESF13, RESISTER Aujourd’hui, Secours catholique Aix, SAF Syndicat des Avocats de France Aix.


“la circulaire anti-Roms : quel passage à l’acte ?”, par Serge Portelli

article de la rubrique roms et gens du voyage > la France et les Roms “européens”
date de publication : jeudi 21 octobre 2010

Serge Portelli s’interroge sur la scandaleuse circulaire du 5 août concernant les Roms, cette circulaire qu’il a fallu réécrire – un aveu ! [1]
Comment en est-on arrivé là ? Comment un haut fonctionnaire a-t-il pu signer un tel texte ? Comment d’autres hauts fonctionnaires ont-ils pu appliquer et faire appliquer de telles injonctions, sans sourciller, sans protester ?... Autant de questions auxquelles il faudra répondre.

La circulaire anti-Roms : quel passage à l’acte ?

Le passage à l’acte, ce moment où le crime est commis, où la main se tend pour voler, pour frapper, pour tuer..., ce moment sur lequel se penchent tant de scientifiques, ce moment qui, malgré tout, reste toujours quelque peu empreint de mystère, qui fait l’objet de tant de débats devant les cours d’assises, qui désespère tant d’experts, ce moment-là ne concerne pas que les individus. On retrouve les mêmes processus et les mêmes interrogations lorsqu’un État faillit, lorsqu’un pouvoir se met à la faute, lorsque lui-même délinque.

C’était à Paris, le 5 août 2010, depuis temps non prescrit, comme disent les juristes, lorsque le ministère de l’intérieur du gouvernement français a commis une circulaire appelant les préfets, en exécution des “objectifs précis” du président de la République, à démanteler systématiquement les campements illicites de Roms, à reconduire les Roms à la frontière, à donner le maximum de publicité à ces actions contre les Roms. “Roms”, “Roms”, “Roms”... Il n’était presque question que d’eux dans ce texte de la République. Leur nom revient huit fois sur deux pages. Le pire, peut-être, étant ces tableaux, annexés à la circulaire, où une colonne spécifique répertoriait le nombre des enfants Roms concernés. Pour la première fois, depuis très longtemps, un gouvernement français ciblait un groupe ethnique pour le soumettre à des mesures répressives.

Stupeur dans le monde entier. L’image de la France, déjà ternie, est devenu exécrable et pour longtemps. À la suite d’un rude bras de fer diplomatique, notre pays a échappé - provisoirement - à une procédure européenne d’infraction pour “discrimination”. Mais personne n’est dupe. Face à tollé, il a fallu réécrire la circulaire. Le ministre en personne a dû gommer les mots “Roms”. Trop tard. Le repentir n’était qu’un aveu. Le mal était fait.

Comment en est-on arrivé là ? Comment un haut fonctionnaire a-t-il pu signer un tel texte à la suite d’une réunion regroupant les compétences de plusieurs ministères ? Comment d’autres hauts fonctionnaires ont-ils pu appliquer et faire appliquer de telles injonctions, sans sourciller, sans protester ? Pourquoi la France s’est-elle retrouvée au ban des nations ? Pourquoi avons-nous honte ?
Il ne s’agit ni d’un acte gratuit, ni d’une erreur de plume, ni d’une maladresse d’écriture. Ce passage à l’acte est l’aboutissement d’une longue dégradation. Il n’est pas un acte isolé, inattendu, incompréhensible. Il se relie à une évolution lente mais continue de la société française et du pouvoir en place. Si faible soit la force d’une circulaire, elle fait partie du droit et comme telle, elle traduit l’état de notre société. Certes les Roms ont toujours été méprisés, pourchassés, persécutés. Eparpillés, pauvres, mal représentés, ils constituent un bouc émissaire idéal, en France et ailleurs. Mais ce passage à l’acte en dit bien plus long sur l’état d’un régime. Il sonne comme une alarme terrible dont on aurait tort de ne pas mesurer la portée.

Quand l’identité nationale devient un ministère, quand ce même ministère est présenté comme une “machine à fabriquer de bons Français”, quand la délinquance est associée sans cesse à l’étranger, à l’immigré, quand la déchéance de la nationalité devient une arme politique, quand des préfets ou un ministre sont poursuivis pour injure raciale, quand les reconduites à la frontière deviennent massives, par charters... comment s’étonner que dans un texte, frappé du sceau de la République, on en vienne à stigmatiser une communauté ? Nous sommes effectivement face à une “machine”. Ce passage à l’acte n’a rien de surprenant. Il traduit la banalité du fonctionnement d’une administration qui a perdu ses repères ordinaires, d’un État-limite qui entraîne la France vers des extrêmes, vers la négations de ses fondements. Qui peut prédire l’avenir ? Qui peut dire si cette circulaire sera une dernière tâche de honte ? Ou la phase expérimentale de plus vastes discriminations ?

Paris, le 21 octobre 2010.

Serge Portelli

P.-S.
Sur ce sujet, on pourra lire cette autre page : le devoir de désobéissance à des ordres illégaux.
Notes
[1] La circulaire du 5 août a été remplacée par une circulaire du 13 septembre.


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