1994 - 2004 : RWANDA, UN GÉNOCIDE OCCULTÉ

1994 - 2004 : RWANDA, UN GÉNOCIDE OCCULTÉ

Une semaine pour que ni les victimes, ni les complices ne soient oubliés...
lundi 5 avril 2004

Entre avril et juin 1994, plus d’un million de personnes
ont été tuées en 100 jours au Rwanda parce qu’elles
n’appartenaient pas à la "bonne race". Les Tutsi,
fichés ou identifiés "au faciès" (selon les préjugés
répandus), ont été systématiquement exterminés, des
vieillards aux nourrissons. Les opposants Hutu qui
ne voulaient pas participer aux massacres ont également
été sauvagement massacrés. Ce génocide prévisible,
et qui aurait pu être empêché, a été commis
avec la complicité des autorités françaises.

L’héritage colonial

Pourtant, avant la colonisation, le Rwanda était
depuis plusieurs siècles un État-Nation dont les composantes
démographiques (Hutu, Tutsi et Twa) éparpillées sur toute l’étendue
du pays partageaient la même langue, pratiquaient les
mêmes coutumes et une même religion. Hutu, Tutsi et Twa
n’étaient donc ni des races ni des ethnies, mais plutôt des
catégories socio-économiques liées aux différentes activités,
avec des possibilités de passage de l’un à l’autre.

Ce sont les colons, Allemands, puis Belges, avec
le soutien de l’église catholique qui ont appliqués aux
africains les thèses du "racisme scientifique".
Pour administrer
le pays, ils se sont appuyés sur les notables de l’aristocratie
Tutsi, décrétée "race supérieure" et ont mis en place
une classification raciale de la population. Mais lorsque les
idées d’indépendance et de laïcité prennent de l’ampleur, les
colons Belges opèrent un retournement d’alliance et appuient
une nouvelle politique ethnique du "peuple majoritaire" Hutu,
qui donnera lieu à des massacres à répetition et à un exode
massif de populations vers les pays voisins.

Arrivée de la France

En 1990, au début de la lutte pour la libération du
Rwanda par le Front Patriotique Rwandais (FPR, luttant pour
permettre le retour des expatriés), le gouvernement a lancé
une nouvelle vague de massacres. C’est la même année, à la
suite d’un débat parlementaire mouvementé sur la situation
au Rwanda et l’implication de la Belgique, que l’opinion
publique belge bascule, et pousse au retrait le gouvernement,
qui n’avait plus de toute façon les moyens de sa politique
impérialiste. Ce territoire laissé libre est une aubaine pour la
France qui n’hésite pas à y installer son armée. Le Rwanda
représente pour elle une pièce maîtresse sur "l’échiquier"
africain, notamment afin de contrôler le Zaïre voisin, et
ses immenses richesses
. C’est donc en 1991 que la France
intervient pour la première fois officiellement
afin d’aider le gouvernement du
dictateur Habyarimana à repousser les
attaques du FPR. L’armée française n’a
bien sûr pas fait que passer. Une fois
installée, elle est restée.

L’implication française dans le génocide

Le 7 avril 1994, la nuit est donc tombée sur le Rwanda,
après cette opération Amaryllis (qui avait pour but officiel d’évacuer
les ressortissants étrangers du Rwanda) pendant laquelle
les légionnaires et les paras français se déplaçaient au milieu
d’un bain de sang. Les tueurs en action, militaires et miliciens
qu’ils avaient formés, les saluaient avec respect, fusils ou
machettes au poing. Les "comités d’autodéfense populaire",
fruits de la coopération militaire franco-rwandaise, se livraient
sous leurs yeux, dans la connivence, à l’extermination des civils.

A la fin de l’opération Amaryllis, le tri était fait. Les
Blancs étaient évacués. On avait tiré le rideau. Les responsables
français avaient clairement donné leurs consentements
aux tueurs en laissant faire. Les massacres
pouvaient alors se développer dans tout le pays, sans
témoin étranger, dans "la nuit rwandaise"...

La question de la complicité de la France dans une
telle horreur reste difficile à concevoir. C’est presque une
question de bon sens : comment des dirigeants honorables
et respectés aurait-ils pu s’engager dans une telle abomination,
après la Shoah, après le "Plus jamais ça" unanime des
nations ? Mais malheureusement les faits sont là, difficilement
audibles mais véridiques : la France est impliquée au
plus haut point dans ce génocide.

La Françafrique au travail

De 1990 à 1994, des membres de l’armée française, le
Détachement d’Assistance Militaire d’Instruction (DAMI) ont aidé
à former l’armée officielle rwandaise, 100 % Hutu, en la faisant
passer de 5000 à 50 000 hommes, sans compter les escadrons
de la mort "Interahamwe". Cette armée a bien sûr besoin d’armes,
de matériel, de logistique... pas de problème, la France
pourvoit très bien à ses besoins... C’est ensuite cette armée,
bien entraînée et équipée par la France, qui va organiser,
encadrer et perpétrer, avec l’aide des miliciens et d’une
grande partie de la population, les massacres et le génocide.

Pendant le génocide, la France va continuer à soutenir
politiquement, financièrement, et matériellement le gouvernement
rwandais alors même que celui-ci est en train d’éliminer la
population Tutsi vivant au Rwanda. Ainsi les dirigeants français
ont reçu à l’Elysée et à Matignon les représentants de
l’Etat génocidaire rwandais le 27 avril 1994, alors que celuici
procédait depuis trois semaines à l’élimination systématique
des Tutsi.
Ils poussent parallèlement le désengagement
des nations unis au Rwanda par le vote au conseil de sécurité
de la Résolution 912, le 21 avril 1994, qui réduit la MINUAR à
moins de trois cents hommes sur le terrain.

Finalement, en juin 1994, à la fin du génocide grâce à
la fameuse opération Turquoise, faussement qualifiée " d’humanitaire
", la France va, sous couvert du mandat de l’ONU,
réussir à faire évacuer vers le Zaïre les principaux génocidaires,
dont des membres éminents du gouvernement, qui
avaient contribué à la planification et à l’organisation des
massacres.
Lors de la session annuelle de la commission des
droits de l’homme des Nations Unies de 1994, notre pays a tout
au contraire bloqué la mise en accusaiton "d’actes de génocides
contre les Tutsi" portée par la commission internationale d’enquête
sur les violations des droits de l’homme au Rwanda, pour
éviter que le Rwanda ne fasse l’objet d’un débat public. En
1998, la mission d’information parlementaire française sur le
Rwanda présidée par Paul Quilès, qui a écarté la demande
d’une commission d’enquête, a été manipulée pour que ne soit
pas reconnue la responsabilité de la France. Aujourd’hui encore
le Gouvernement Français et son ministre des Affaires étrangères
de Villepin participent au négationnisme ou au révisionnisme
en prônant la thèse du double génocide que tentaient déjà de
faire accroire en 1994 les services de propagande de notre
armée.

On pourrait retenir de tout cela, de même que les autorités
françaises que "dans ces pays-là, un génocide c’est pas
trop important" (confidence de François Mitterand à des proches
au cours de l’été 1994, rapporté dans Le Figaro du 12 janvier
1998).

Non, ce qu’il faut réellement retenir, c’est qu’un génocide
de cette ampleur - plus d’un million de morts en trois mois -
n’aurait pas pu avoir lieu sans le soutien avéré et décisif de la
France. Fin mars, se tiendra une Commission d’Enquête
Citoyenne dont nous rendrons compte. A l’initiative de Survie,
d’Aircrige, de la Cimade et de l’Observatoire des Transferts
d’Armements, cette commission se donne pour objectif de faire
la lumière sur la complicité de la France dans un des plus graves
crimes du XXème siècle.

Nous ne pourrons pas dire une seconde fois : "nous ne savions pas..."

Comment peut-on tolérer que le peuple français soit
maintenu dans l’ignorance ? On ne peut accepter que les plus
hautes autorités politiques et militaires aient pu, en toute impunité,
se faire les complices d’un génocide, pas plus que nous ne
pouvons accepter qu’aujourd’hui comme hier, la France continue
de soutenir des dictateurs qui oppriment de façon sanglante
les peuples Africains.
- Il nous faut dire non à tout ce qui a permis cette
complicité de génocide, et qui, s’il reste non dit et inchangé, permettra
sa répétition.
- Il faut que la question de la politique africaine de la
France occupe le devant de la scène médiatique française.
- Il faut briser le silence complice.
- Il nous faut (ré)agir et dénoncer cette politique
odieuse de la France en Afrique.

Premiers Signataires :
Survie 13, LDH Marseille Nord-SUd, Amnesty International,
CDATM, MRAP, CADTM, PCF, Les Verts, LCR, Résister, ATTAC
Marseille-Nord, ATTAC Pays-d’Aix, Mouvement de la Paix,
Ballon Rouge, Aix Solidarité, Témoignage Chrétien, Cimade,
Rouge Vif.

Pour plus d’infos :

- www.enquête-citoyenne-rwanda.org
- Alison des Forges (FIDH), Aucun témoin ne doit survivre,
Karthala, 1999
- Jean-Paul Gouteux, Un génocide sans importance, Tahin
Party, 2001
- Jean-Paul Gouteux, La Nuit rwandaise. L’implication française
dans le dernier génocide du siècle, L’Esprit Frappeur, 2002
- Michel Sitbon, Un génocide sur la conscience, L’Esprit
Frappeur, 1998
- Jean-Pierre Chrétien (dir.), Rwanda : Les médias du génocide,
Karthala, 1995
- François-Xavier Verschave, La Françafrique, Stock, 1998
- Roméo Dallaire, J’ai serré la main du Diable, Libres
Expression, 2003

Une semaine pour que ni les victimes, ni les complices ne soient oubliés...

- l u n d i 5 a v r i l, 1 9 h 3 0, E s p a c e
(22, rue M. Stilatti 13003)
Projection - débat :
Une République devenue folle,
de L. de Heusch
"L’intérêt de la démarche de Luc de Heusch est évident : proposer
une vision à la loupe des racines historiques du génocide
rwandais et apporter une contribution à cet immense travail de
la mémoire, essentiel pour l’avenir et la reconstruction du
Rwanda."(La République du Centre, 12 juin 1996, France)
- ma r d i 6 a v r i l,
1 9 h 3 0, Amp h i F a b r i
(Faculté Saint Charles)
Conférence :
Le rôle de la France dans le génocide rwandais,
P a r F. X . Verschave
F.X. Verschave, président de l’association Survie et auteur des
livres : La Françafrique ; Noir Silence ; Noir Chirac et Complicité
de génocide ? La politique de la France au Rwanda.
- mercredi 7 avril,
jour anniversaire du déclenchement
du génocide rwandais
RASSEMBLEMENT,
19 H - PRÉFECTURE

- Pour que ni les victimes ni les
complices ne soient oubliés,
- Pour une autre politique de la
France en Afrique.
- vendredi 9 avril 19h, Librairie Pharos
(19, rue Chevalier Roze 13002)
Lectures :
Autour du Rwanda, par H. Nhung Pertus et Ziza Pillot
de la compagnie Trafics d’Arts
Extraits de Dans le nu de la vie, récits des marais rwandais de
Jean Hatzfeld, et de Un dimanche à la piscine à Kigali de Gil
Courtemanche (sous réserve : accompagnées des croquis et
peintures originales d’Eva Gruber et de la projection d’un extrait
du documentaire de Christophe Gargot.)

Et aussi : Radio Zinzine, 88,1 lun. 29 de 17h à 18h
Radio Galère - 88,4 - ma. 30 - 13h30 à 14h30
Radio Galère - 88,4 - dimanche 4 de 11h à 13h
Radio Grenouille - 88,8 - sa. 3 avril de 13h à 14h

La semaine se déroulera en présence de Marie-Aymé Umulirgiwa, rescapée du génocide
et déléguée de l’association rwandaise "Unité et Réconciliation".


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