Aurélie Trouvé * : "Des exploitations ravagées par les marchés financiers" | VENDREDI, 19 JUIN, 2015 HUMANITÉ DIMANCHE

vendredi 24 juillet 2015

*Aurélie Trouvé, ingénieur du génie rural, des eaux et des forêts et docteur en sciences économiques, membre d’ATTAC. Elle dénonce une industrialisation de l’agriculture à courte vue. Entretien.
HD. Qu’est-ce qui caractérise les fermes-usines, à part leur taille ?

AURÉLIE TROUVÉ. En France, la plupart des exploitations sont encore familiales. À partir de l’après-guerre, on a assisté à une grande restructuration : le nombre d’agriculteurs a baissé fortement, les exploitations se sont concentrées. Le travail salarié s’y est développé, prenant le pas sur le travail familial et affirmant une agriculture patronale. Plus récemment, les capitaux sont devenus extérieurs au monde agricole, c’est le cas de la ferme des 1 000 vaches où Michel Ramery, entrepreneur en BTP, investit. On passe alors d’une exploitation patronale avec des salariés à une exploitation détenue par des financiers. Ces exploitations capitalistes sont présentes partout dans le monde. Aux États-Unis, la production de lait provient pour moitié de fermes de plus de 1 000 vaches.

HD.comment ce modèle s’est-il imposé ?

A. T. La politique agricole commune y a contribué, en versant les aides selon le niveau de capital. Plus on a d’hectares, plus on touche d’aides. Évidemment, cela pousse à l’agrandissement. L’autre responsable est la dérégulation des marchés, les prix varient désormais en fonction des cours internationaux. Cela a mis en concurrence les exploitations entre elles, en France comme dans le monde. Pour être plus compétitif, il faut baisser les coûts de production, s’endetter ... Les fermes-usines répondent en partie à cela. Prenons la ferme des 1 000 vaches : 8 millions de litres de lait et 18 salariés. Or, une exploitation moyenne – 240 000 litres – fait vivre 3 salariés. Cette ferme produit donc un gros volume de lait par vache et par travailleur, même en cas de baisse des prix puisqu’il faut rembourser des coûts fixes importants. Au risque de contribuer à la surproduction et à la chute des prix et de fragiliser les exploitations n’ayant pas le même niveau de trésorerie.

HD. Qui a intérêt à ces fermes-usines ?

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