Coronakrach par Frédéric Lordon, 11 mars 2020 dans les blogs du Monde Diplomatique La pompe à phynance

vendredi 13 mars 2020

Donc c’est reparti pour un tour ? En réalité, avec la mondialisation financière, on sait bien que le manège ne connaît pas la pause : la convulsion y est de droit et la tranquillité d’intervalle. Depuis belle lurette on voit venir la crise d’après — elle est désormais la crise présente.

Il ne faut cependant pas se tromper quant à sa nature.

Dans la plupart des cas, les krachs proprement boursiers (c’est-à-dire n’impliquant que le compartiment des actions) sont davantage à grand spectacle qu’à grands effets. Celui de 1987 avait été absorbé comme une fleur, celui de la bulle Internet en 2001 était passé moins facilement, mais sans commune mesure avec les dévastations d’une crise de dette comme celle des subprimes. Au reste, sauf à tout confondre, la dégringolade des valeurs bancaires (c’est-à-dire du cours de leurs actions) n’a en soi aucune conséquence sérieuse : elle n’affecte que les détenteurs de ces valeurs, sans avoir en tant que telle le moindre effet sur la conduite des opérations des banques — et donc n’est, en soi, l’indice d’aucune nécessité de « sauver les banques ». Que BNP Paribas perde 50 % en trois semaines, c’est totalement anecdotique, et n’inquiète que la direction qui voit sa boutique tellement dévalorisée en Bourse qu’elle en devient une cible affriolante pour une OPA.

Dans les marchés d’action ou dans les marchés de taux ?

Une crise financière ne devient réellement sérieuse que lorsqu’elle gagne les marchés de taux, les marchés de la dette (qu’on appelle aussi, à tort mais de manière parlante, les marchés de gros du crédit (1)), où elle initie une vague de défauts en chaîne qui remonte immanquablement aux banques — puisqu’elles sont les principales créancières. Là, on peut commencer à paniquer. Le canal du crédit est atteint : les banques réagissent dans la crise avec la brutalité symétrique de leur laxisme dans le boom : elles prêtaient n’importe comment, elles ferment le robinet n’importe comment, dès qu’elles réalisent combien leurs créances sont douteuses, et restreignent toutes les lignes de financement dont la continuité est vitale pour les entreprises. Mais plus encore, les banques sont unies entre elles par des liens de dettes-créances d’une densité sans équivalent dans le reste de l’économie, si bien que la propagation des défauts de paiement au sein de cet isolat particulier prend immédiatement des proportions nucléaires.

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