FORUM SOCIAL AFRICAIN : ANNULEZ LA DETTE À 100% par - collectif

lundi 20 décembre 2004

La déclaration suivante qui a circulé au Forum social africain de Lusaka en Zambie se veut une réponse à l’annonce par les gouvernements britannique et américain de l’annulation de 100% de la dette multilatérale. Les signatures qui suivent ont été réunies en quelques heures ; davantage apparaîtront par la suite au fur et à mesure de diffusion de cette déclaration.

Nous demandons l’annulation pleine et entière de la dette multilatérale de l’Afrique et du Sud dans son ensemble.

Annulez la dette à 100% - tous les pays pauvres - sans conditions économiques !

En tant qu’organisations de la société civile de tout le continent africain, nous sommes confrontés jour après jour à la réalité dévastatrice de la crise de la dette. Les remboursements de dette à de riches institutions comme le FMI et la Banque mondiale dépouillent nos pays de ressources dont nous avons désespérément besoin pour assurer la santé, l’éducation, combattre le HIV/SIDA, et rendre l’eau potable disponible. La dette est un instrument de domination utilisé par les pays riches et les créanciers comme le FMI et la Banque mondiale. Les conditions liées à l’allégement de dette et aux prêts sont dévastatrices pour nos économies et minent nos choix en tant que nations souveraines.

Pour les nations appauvries, les créanciers multilatéraux - en particulier le FMI et la Banque mondiale - sont les principaux créanciers. Ils sont aussi les plus puissants à cause de leur statut de « créancier privilégié », les pays doivent rembourser leurs dettes d’abord à ces institutions. Si les pays ne paient pas, ils sont pénalisés et exclus de la plupart des formes d’aide et d’assistance.

L’initiative Pays pauvres très endettés (PPTE) a été lancée par la Banque mondiale en 1996 pour donner « une issue solide » à la crise de la dette dans laquelle sont plongées les nations appauvries. Au bout de huit ans, ce programme a échoué. L’initiative PPTE a procuré trop peu d’allégement, à trop peu de pays avec des conditions dévastatrices. Il est temps de choisir une autre approche : l’annulation entière (100%) de la dette multilatérale pour toutes les nations appauvries, sans conditions dommageables.

Nous sommes informés des discussions qui se tiennent maintenant au sein du G7 (en particulier des propositions des gouvernements britannique et américain), du FMI et de la Banque mondiale et d’autres forums à propos des possibilités pour 100% d’annulation de la dette multilatérale. Il est encourageant qu’après plusieurs années de demi-mesures on en vienne à envisager une annulation à 100% à de tels niveaux de pouvoir. Cependant, nous devons être clairs sur les principes pour que ces discussions rencontrent les objectifs et les aspirations de la société civile africaine.

Premièrement, 100% d’annulation de la dette multilatérale est décisive. Des tentatives pour déterminer un niveau de dette « soutenable » pour les pays pauvres qui tentent désespérément de trouver une réponse aux crises dues au HIV/SIDA et à l’injustice économique doivent être rejetées. Pour les nations appauvries qui luttent pour garantir la satisfaction des besoins humains de leurs populations, l’annulation à 100% de la dette multilatérale est la seule option.

Deuxièmement, cette annulation ne doit être accompagnée d’aucune conditionnalité économique. Le programme PPTE et les Documents stratégiques de réduction de la pauvreté (DSRP) sont combinés à des conditions comme la privatisation, la libéralisation indiscriminée du commerce, l’ouverture des marchés, des objectifs fiscaux et monétaires. Ces conditions ont suffisamment dévasté nos économies. L’annulation de dette doit se faire sans qu’aucune conditionnalité économique y soit liée. De plus, nous rejetons le programme de Facilité pour la réduction de la pauvreté et la croissance (FRPC) et trouvons que celui-ci doit être démantelé et aboli. Le FRPC n’est pas une force pour le développement de nos pays ; les conditions liées aux prêts de cette facilité de crédit ont dévasté nos économies. Il est temps de mettre fin au rôle du FMI dans les pays pauvres une fois pour toutes ; mettre fin au FRPC est un pas décisif en ce sens.

Troisièmement, l’annulation de la dette multilatérale doit concerner tous les pays appauvris et pas seulement les 42 PPTE. Nous rejetons les propositions qui concernent seulement ceux des PPTE qui sont parvenus au « point d’achèvement ». Beaucoup de pays seront exclus de cette approche. De plus, les pays non PPTE doivent également être considérés pour une annulation de 100%. Des pays comme Haïti, la Jamaïque ou le Nigeria ne font pas partie des PPTE bien qu’ils soient très endettés.

Finalement, nous pensons qu’il est temps que les institutions financières multilatérales paient leur juste part et contribuent par leurs ressources au financement de l’annulation de la dette. Le FMI et la Banque mondiale sont deux des institutions les plus riches du monde. Le FMI se trouve à la tête de 30 milliards de dollars en or qui ne sert pour l’instant aucun but productif. Le FMI pourrait vendre cet or et utiliser les ressources obtenues pour couvrir la dette due à la Banque mondiale et aux autres banques multilatérales. La Banque internationale pour la reconstruction et le développement (BIRD) pourrait facilement mobiliser plus de 10 milliards dans ses profits accumulés et ses réserves et pourrait consacrer une part de ses profits annuels (représentant plusieurs milliards de dollars) à l’annulation de la dette. Ce sont des institutions riches. Aussi il est grand temps pour elles de payer leur juste part. En annulant la dette, elles commenceront à reconnaître leur rôle et leur responsabilité dans la crise de la dette.

Nous ne croyons pas que les préoccupations concernant « l’additionnalité » de l’aide publique au développement puissent permettre de postposer l’annulation pleine et entière de la dette multilatérale. L’annulation est significativement plus valable pour nos peuples que l’aide additionnelle. L’aide arrive avec ses propres conditions et souvent contribue à gonfler la dette. Les ressources dégagées par l’annulation de la dette peuvent être utilisés par les gouvernements du Sud - avec une très large participation de la société civile -. L’aide est une promesse trop souvent non tenue. Les bénéfices de l’annulation seront durables.

Cette déclaration est approuvée par les membres des campagnes dette dont le nom suit :

Tafadzwa Muropa - Zimbabwe
Sy Koumbo S. Gale - Tchad
Constancia de Pina - Cap Vert
James Kashiki - Zambie
Godfrey Mfiti - Malawi
Rev. Lumu Shabani Republique démocratique du Congo (Kinshasa)
Benoit Essiga - CGT Liberte - Cameroun
Hassan Sayouty - Espace Associatif Maroc - Maroc
Demba Moussa Dembele - Forum pour des alternatives africaines - Sénégal
Taoufik BenAbdallah - ENDA - Sénégal
Engudat Bekele - PAC - Ethiopie
Bakary Fofana - CECIDE - Guinée
Archinson Mhlata - PCO - Afrique du Sud
Pat Dooms - Orange Farm Vision - Afrique du Sud
Dao Dounantie - Jubile 2000 / CAD - Mali
Kone Solange - FNDP/ASAPSU - Côte d’Ivoire
Ouattar Diakalia - FNDP - Côte d’Ivoire
Dieng Amady Aly - Forum Tiers Monde - Sénégal
Seydou Ndiaye - ACAPES - Sénégal
Abubacar Ndiaye, RADI - Sénégal

FORUM SOCIAL AFRICAIN
Lusaka, Zambie
Le 14 décembre 2004


Traduction à partir de la version anglaise par le CADTM. 


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