Comment les multinationales tentent de nous imposer les OGM

L’exemple du coton en Inde

débat au Jas de Bouffan du 21 décembre 2004
samedi 12 février 2005

Pourquoi l’Inde ?

L’Inde est le 2ème pays le plus peuplé au monde (un milliard d’habitants), après la Chine, et un grand marché agricole (80 % des revenus du pays sont issus de l’agriculture, 60% d’Indiens dépendent de l’agriculture).
Pourquoi le coton ?

20 % du marché mondial du coton est OGM.
Le coton OGM représente 12,8% des cultures OGM dans le monde (6,8 millions d’hectares), derrière le mais et le soja.

L’Inde est le 3ème producteur mondial du coton (21% des surfaces cotonnières mondiales ), derrière les Etats-Unis d’Amérique et la Chine, et devant l’Egypte et l’Afrique du Sud ; ces 4 pays produisent aussi du coton OGM .

Dans le monde, plus de 10% des herbicides et près de 25% des insecticides utilisés sont consacrés à la culture du coton*. L’emploi des pesticides et insecticides s’accroît alors que les prix mondiaux du coton diminuent, ce qui diminuent les revenus des producteurs, obligés de s’endetter. 50 à 60 % de la production en Inde est attaquée par les insectes.

Après la saturation des marchés américains, et face à la résistance de l’Europe aux OGM, (NB : petit producteur de coton, avec la Grèce et l’Espagne), les grands marchés tels que l’Inde étaient donc particulièrement attractifs pour les multinationales ; la « Révolution Verte », en créant une certaine unification des cultures, facilitait l’entrée sur la marché des semences.

Monsanto a ainsi racheté la plus grande compagnie semencière indienne, s’appelle localement Monsanto-Mahyco Biotech , et fournit le coton OGM indien, qui est le principal coton OGM : le coton Bt, variété Bollgard ; il produit son propre insecticide.

L’autorisation en Inde a été donnée en 2002. C’est toujours la seule culture transgénique autorisée : il couvre 100 000 hectares (contre 10 millions d’hectares en coton conventionnel) .

L’échec des cultures OGM est de deux ordres : meilleur rendement , mais qui ne marche pas, notamment en cas de sécheresse, et résistance insuffisante, malgré les promesses, aux maladies et pesticides ; il a entraîné la ruine des producteurs, suite à l’endettement auprès des banques pour acheter ces semences OGM 4 à 5 fois plus chères que les semences traditionnelles, aux factures de pesticides et insecticides qui ne diminuent pas et à la famine, beaucoup d’entre eux s’étant tournés vers la monoculture , sacrifiant même la culture de leur potager familial, dont le surplus fournissait un complément de revenus. Cet échec n’est pas réservé au coton (voir le soja en Amérique).

De même, les pratiques traditionnelles (diversité des plantes dans un même champ, utilisation médicale des mauvaises herbes) ont été abandonnées.

Poussés par le désir de rendement, et probablement insuffisamment informés, les agriculteurs n’ont pas non plus respectés les « zones refuges » (zone de culture non OGM qui permet de fixer les insectes et donc d’éviter qu’ils ne s’adaptent à l’insecticide de l’OGM) que les multinationales vendeuses ont été obligées de reconnaître. Il faut dire que cela était difficile dans un pays où la taille moyenne des exploitations est d’environ un hectare ; le risque de contamination est donc très important.
D’autres facteurs sont venus s’ajouter : acquisition de la tolérance à l’herbicide par les mauvaises herbes, repousses incontrôlées de coton les années suivantes menaçant les nouvelles cultures en cas d’alternance dans les champs ...qui obligent les agriculteurs à acheter encore plus d’herbicides.

Ces pratiques très « légères » ne sont pas surprenantes : il faut rappeler que les multinationales Syngenta et Mahyco-Monsanto , à l’image des autres groupes semenciers (Hindustan Lever, Advanta, Proagro) affichent nettement une politique de profit maximum (utilisation notamment du travail des enfants).

Danger supplémentaire : l’arrivée d’autres produits OGM tels que la pomme de terre (mise au point à l’Université de New Delhi), à prix réduits : changement des habitudes alimentaires par incitation de prix bas, avec les conséquences sur la santé, les producteurs locaux ... le légume de base de l’alimentation indienne est la lentille, dont la production nationale est désormais insuffisante .
Actuellement :
Recul des multinationales : Bayer se retire du marché (il n’était pas sur le coton ) ; pas assez rentable.
Mais pas de victoire pour l’instant, car l’Inde (pour améliorer la productivité agricole, réduire les dépenses en pesticides et assurer la souveraineté alimentaire) a investi massivement dans le secteur scientifique (n’oublions pas que l’Inde est l’un des pays à la pointe des combats des médicaments génériques dans le monde ) et notamment dans le secteur des bio-technologies : le secteur de l’agro-biotechnologie y représente en 2003-2004 6% du marché des biotechnologies.

Elle dispose des avantages suivants : ressources humaines qualifiées et peu couteuses, programmes de formation de qualité, accès à l’expertise mondiale avec les indiens non-résidents, une immense biodiversité humaine, réservoir unique de gênes humains pour la génomique et la pharmaco-génique , une structure administrative d’encadrement et de gestion très élaborée (nombreuses agences gouvernementales...) ;

Elle a le potentiel de devenir un fournisseur de premier plan mondial de graines génétiquement modifiées ;
Elle annonce la fabrication de ses propres cotons OGM : un d’origine américaine, un d’origine indienne ; la part du marché des graines de coton Bt dans ce marché est de 22 millions d’euros (6%) ; le prix annoncé est un tiers plus bas que celui de Monsanto ; de plus , les redevances resteraient en Inde, alors que 70% de celles à Monsanto sont transférées aux Etats Unis), ainsi que, dans le même temps la mise sur le marché de plantes (millet, arachide...), qui , par sélection naturelle, présentent les mêmes avantages que ceux affichés par les OGM. 

...Et les agriculteurs indiens ont trouvé un nouveau pesticide : le Coca Cola ..

Sources : revues « Inf’OGM »2002 à 2004 ; chiffres de 2002 -Business Line 11/08/2004 - l’Express 16/01/04 -l’essor n°15326 11/09/04-Jacques Hallard -Cahiers d’études et de recherches francophones/Agricultures. Septembre-Octobre 2004 volume 13 numéro 5-AFP 27/10/04, AFP 31/10/04, AFP 03/11/04- réseau-solidarité (appel n°276 )-CGBnetwork 24/11/04-agrihebdo/journal 05/11/04-livres de Jean Pierre Berlan, Vandana Shiva, Claude Aubert et Pochon- Politis 28/06/01- Greenpeace revue trimestrielle hiver 2001-Convergence janvier 2004- secteur Scientifique, 10/2004-.The Times of India, 27/09/03- the Pioneer, 14/09/04-bulletin des Biotechnologies, mai 2004, n°216-La Jornada, Mexico, 29/11/04 -Guardian Weekly 04-11/11).
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