Textes des interventions sur les migrations lors d’une réunion mensuelle d’Attac Pays d’Aix le 10 mai 2007

avec Jean Pierre Cavalié de la Cimade, Muriel de la commission femmes et mondialisation, Guillemette et Raymonde du groupe dette
dimanche 17 juin 2007

Nous publions ici deux des interventions.
- celle de Jean-Pierre Cavalié de la Cimade : "Migration : la bascule néo-libérale"
- celle de Raymonde et Guillemette du groupe dette d’Attac Pays d’Aix / CADTM : "Dette et Migrations" en document joint
Les autres suivont prochainement ainsi que le diaporama qui les accompagnait
Plusieurs textes sur les migrations sont publiés dans la rubrique femmes et mondialisation

Migrations : La bascule néo-libérale

Lorsqu’on regarde l’histoire moderne, on s’aperçoit que la question des migrations est directement liée à
l’évolution du système économique capitaliste. Dans sa phase récente, elle est l’une des expression majeure
de la mondialisation du modèle néo-libéral. Après une rapide présentation du nouveau visage de ces
migrations, nous étudierons les mécanismes qui générent aujourd’hui une nouvelle forme de servitude, les « 
sans papiers ». Une évolution de cette situation révoltante est inenvisageable sans une réelle transformation
de notre société et de nos modes de vie. Les migrations aujourd’hui nous mettent au défi d’une véritable « 
altermondialisation ».

1- Accroissement relatif et diversification

La question migratoire est aujourd’hui caractérisée par deux tendances principales : un accroissement
important mais relatif, et une grande diversification.
- a) L’accroissement :
200 millions en 2006 (175 en 2000, 140 en 1997, 111 en 1990), soit 2,8% de la population mondiale, un taux qui n’a
pas changé depuis 1990.
- b) Une répartition Inégale de la charge :

Plus de 60% des migrants et 75% des réfugiés restent dans un pays du sud. ; 90% vivent dans 55 pays seulement.
- c) La diversification :

. Géographique : Toute la planète qui est aujourd’hui concernée
(Avant il n’y avait que quelques pays de départ de pays d’accueil).

. Sociale : Toutes les classes sociales sont touchées
(44% des étrangers en France sont diplômés et la tendance est à l’augmentation).

. Des genres : Près de la ½ des migrants sont maintenant des femmes et on compte de plus
en plus d’enfants.

. Des causes : On compte généralement 1/3 de migrations familiales, 1/3 pour raisons de
travail, et 1/3 de réfugiés. Mais en fait, on part pour des raisons diverses et le
plus souvent très mêlées ; elles sont d’ordre :

Politiques : conflits armés, répression d’organisations, persécussion éthnique ou/et sexuelle...

Economique : Pauvreté, chômage endémique, mauvais salaires, manques de débouchés
professionnels

Existentielles : Désir de rejoindre un proche, sentiment de société figée, attrait des modes de vie
occidentaux,

Ecologiques : catastrophes naturelles, avancée de la désertification (en sachant que leur impact est
accru par les raisons précédentes).

Sources : ONU, « Atlas des Migrations » Revue Autrement mars 2005 par C. W. de Wenden

2- Utilitarisme et répression

L’Union Européenne a entamé, depuis les années 90, un processus d’harmonisation des politiques nationales
qui, dans sa phase actuelle dite du « programme de La Haye » (2005-10) se fait par le bas. Elle est
entièrement inspirée par la philosophie « utilitariste » qui s’intéresse aux biens et aux personnes, en
l’occurrence les étrangers, dans la mesure où ils « répondent à un besoin solvable », autrement dit où ils
rapportent de l’argent. Une véritable obsession de la « gestion efficace des flux migratoires » nie dans les
faits la notion de « droit d’asile » et se traduit par un gigantesque dispositif de blocage des étrangers en
dehors des frontières de l’Europe, afin de trier les « utiles » en fonction des besoins de nos économies et
surtout, comme nous allons le voir, des maîtres de l’économie.

3- Recul historique

Par quels mécanismes en sommes-nous arrivés là ? Ceux de la « mondialisation néo-libérale ». Remontons
un peu le cours de l’histoire.

La recherche et l’utilisation d’étrangers pour la satisfaction de nos besoins économiques remontent à la
deuxième moitié du 19° siècle*1 ; il s’agit alors essentiellement d’Européens proches (Belges, Allemands et
Italiens). Pendant la première guerre mondiale, l’Etat fait venir pas moins de 230.000 travailleurs étrangers*2
qui seront renvoyés après la guerre, mais les besoins persistent et poussent le gouvernement et le patronat*3 à
se tourner notamment vers les colonies nord-africaines et asiatiques pour organiser une immigration massive
qui fera de la France, à la veille de « la grande crise », la championne du monde dans ce domaine*4. Ce
premier chômage de masse enraye évidemment le phénomène*5, sans pour autant l’arrêter. Après-guerres, les
« trente glorieuses » années de croissance sont rendues possible grace à un apport constant et important de
main d’oeuvre étrangère, et notamment en provenance des colonies*6. Ces personnes arrivent irrégulièrement
et sont régularisées sur place*7. En 1974, la deuxième vague de chômage de masse se traduit, comme lors de
la première (en 1932) par la fermeture officielle des frontières, mesure qui ne deviendra effective que 10 ans
plus tard, sous la Gauche et en pleine mondialisation néo-libérale. Apparaît alors la question des sans
papiers. Pourquoi ? Tâchons de nous expliquer.

4- Le « cercle vertueux » du Fordisme

Les « trente glorieuses » années d’après-guerres, très utilisatrices de mains d’oeuvre étrangère et libérales sur
leur régularisation administrative, ont été caractérisées par un système économique libéral de type fordiste et
keynésien, alliant une production de masse, une politique de salaire minimum et de couverture sociale, le
tout impulsé et garanti par l’Etat. Cet « Etat providence » est de l’intérêt du patronat, car pour faire de gros
bénéfices, il faut vendre beaucoup, et pour cela il faut que les travailleurs soient solvables. Mr Ford qui
n’avait rien d’un humaniste disait : Mon intérêt est que mes ouvriers gagnent suffisamment pour acheter mes
voitures, sinon, à qui vais-je les vendre ? Ce système n’élimine pas l’exploitation, mais favorise l’intégration
sociale.

La locomotive économique
est alors la demande
soutenue par un « Etat
Providence » qui promeut le
salaire minimum et la
couverture sociale. Un cercle
« vertueux » fonctionne
alors : La demande tire la
production qui permet des
salaires corrects qui tirent la
demande, et ainsi de suite.

5- La logique néo-libérale

Ce système a cependant une limite : Il s’impose dans le cadre d’économies à dominante nationale qui
s’appuient essentiellement sur leur marché intérieur. Mais, dès la fin des années 60, la mondialisation
commence à se mettre en place, d’abord au niveau de la finance, puis, dans les années 70 au niveau de la
production des biens, puis des services. Cette évolution est favorisée par deux facteurs : la saturation
progressive des marchés intérieurs et la rapide évolution des progrès techniques qui accroissent
considérablement la productivité. Ces années 70 sont donc le théâtre d’une nouvelle problématique : l’enjeu
n’est plus de soutenir une forte demande intérieure, mais de mettre la main sur des marchés globaux (la
fameuse globalisation), par secteurs d’activité (de l’automobile et de l’électroménager...) et par zone
géographique (le marché européen, asiatique...).

On assiste alors à un renversement de la machine économique : La locomotive n’est plus la demande, mais
l’offre ; c’est celui qui offre le meilleur rapport qualité-prix, disons le moins cher, qui emporte le marché.

Pour cela, il faut agir sur le
poste qui est globalement le
plus lourd financièrement :
la main d’oeuvre. Une
première solution se présente
alors, en raison des
fantastiques progrès des « 
tiques » (informatique,
robotique...) : L’automation
de la production, afin de se
passer au maximum de main
d’oeuvre ; ce sera le cas, par
exemple dans une bonne
partie de la production automobile. Ce choix explique (et non le choc pétrolier) l’émergence du chômage de
masse qui a été d’abord une solution économique (Cf Michel Albert) avant de devenir un problème social.
Mais, certaines activités comme la gestion ou la production de chaussures ne pouvaient pas être (encore
entièrement) automatisées, elles seront alors l’objet d’une deuxième solution : la délocalisation de la
production dans un autre pays où la main d’oeuvre peut être jusqu’à 60 fois moins chère. Mais certaines
activités ne peuvent être ni automatisées, ni délocalisées, comme les grands travaux publics, une bonne partie
de l’agriculture, le tourisme. On va alors recourir à une troisième solution : la « délocalisation interne » ou,
dit sans artifices, le travail illégal. L’idée est d’embaucher en France, des travailleurs sous-payés, mais aussi « 
flexibles » à l’extrême, car les modes de vie sont devenus très volatiles et éphémères ; le « zapping »
généralisé permet de changer d’objet et de service avant qu’ils soient usés, ce qui accroit artificiellement la
consommation à travers le gaspillage.

6- La fabrique à « sans papiers »

L’entrepreneur doit pouvoir répondre « à flux tendus » à la demande. Une production flexible demande des
travailleurs flexibles, mais le problème du fait que le droit du travail ne l’est pas. La solution consiste alors à
avoir sur place des travailleurs qui ne soient pas astreints à ce droit, des employés « sans droits », un rôle que
seuls des étrangers en situation administrative irrégulière peuvent remplir. Le problème des « sans papiers »
naît dans ces années 80 d’un besoin structurel des économies occientales happées par la logique néo-libérale
de la mondialisation ; lui aussi a été une solution.

Voyons tout d’abord comment les changements de loi ont créé une véritable machine à « sans papiers ». En
1980, la loi Bonnet - Peyrefitte permet d’exécuter par la force une mesure d’interdiction du territoire et de
reconduite à la fontière d’un étranger en situation irrégulière, mais elle restera en sommeil car, quelques mois
plus tard, la Gauche arrive au pouvoir. Les deux premières années, de 1981 à 1983, elle applique une
politique keynésienne de relance de la consommation en augmentant le pouvoir d’achat. Mais, elle a oublié
un élément de taille : l’économie s’est mondialisée et les gens achètent beaucoup étranger. Concrètement,
cela se traduit par une hausse importante des importations et un déficit de la balance commerciale qui accroît
l’inflation ; les Français perdent d’un côté ce qu’ils avaient gagné de l’autre. En 1984, la Gauche change le
gouvernement et adopte le modèle néo-libéral et ses « impératifs » néo-esclavagistes. Ce sera Charles
Pasqua, deux ans plus tard, en 1986, qui mettra en oeuvre la machine administrative à créer des sans-papiers,
sur la base d’un mécanisme fort simple : Il est maintenant impossible de régulariser sa situation sur le sol
français ; il faut pour cela retourner dans son pays pour redemander un visa dont le ministre de l’Intérieur
généralise l’obligation à presque tous les pays. L’étranger est donc obligé de rentrer dans son pays, mais en
fait, le visa étant totalement discrétionnaire*8 et les réponses positives sont au compte goutte et l’attente sure
des mois, voire des années. Résultat : Si vous avez des attaches, surtout affectives, voire familiales en
France, et bien vous revenez... clandestinement. Et la nouvelle passera vite auprès des étrangers : Si tu pars,
tu as peu de chances de revenir ! Beaucoup vont donc rester en France en situation irrégulière.

7- La « flexibilité » dans l’agriculture

Concrétement, comment ce système va-t-il fonctionner ? Toutes ces personnes « sans papiers » vont trouver
à travailler dans les secteurs fortement utilisateurs de main d’oeuvre et structurellement soumis à la « 
flexibilité » et la « sous-traitance en cascade ».

Commençons par l’exemple de l’agriculture pour illustrer le mécanisme de la flexibilité. Aujourd’hui, les
grandes surfaces commercialisent les ¾ des fruits et légumes vendus en France. Comme je viens de
l’expliquer, ce sont elles qui fixent le prix capable d’emporter le marché dans la plaine de la Crau, spécialisée
dans les fruits et accessoirement des légumes. Ce type de quasi- monoculture se trouve devant la
problématique suivante : La production arrive a maturité à une période et dans une quantité que l’on ne peut
prévoir avec précision, car la maîtrise du temps n’existe pas ; et c’est d’autant plus gênant que la récolte ne
peut attendre longtemps. L’employeur se trouve donc devant un dilemme : S’il embauche trop de personnel
par rapport à la production, ses coûts de revient seront trop élevés et il ne pourra emporter le marché ou il
vendra à perte ; et s’il n’en embauche pas assez, sa production ne pourra pas être récoltée en totalité et à
temps ; il perdra donc aussi de l’argent. Dans les deux cas, il ne fera pas de vieux os. La « solution » est alors
d’embaucher légalement un minimum de personnes (des étrangers pour la plupart), et d’avoir à disposition
dans les verger, une quantité suffisante d’étrangers « sans papiers » et par là sans droits, que l’on paye bien en
dessous du salaire minimum et uniquement lorsque l’on a besoin d’eux. C’est ce que l’on appelle la « 
flexibilité ». Ils vivent là, à disposition, la plupart sous des toiles plastic récupérées, à même le sol, sous le
cagnard de l’été ou le mistral de l’hiver, dans une ambiance de pesticides ; les mieux lotis ont une vieille
caravanne ; certains n’ont pas pas accès à l’eau potable. Ce véritable néo-esclavage n’est pas une particularité
locale, car ce système*9 qui fonctionne à grande échelle en Espagne dans la région d’Alméria, est favorisé par
la Politique Agricole Commune de l’Union Européenne.
8- La sous-traitance en cascade

Pour comprendre le second mécanisme, celui de la sous-traitance en cascade, prenons l’exemple du BTP.
C’est l’offre, avons-nous dit, qui est le point de départ, le moteur ; c’est elle qui fixe non seulement le prix,
mais également la quantité à produire. Or, comme elle concerne un marché global, la plupart du temps, un
producteur ne peut à lui seul satisfaire cette commande. Il se passe donc un phénomène que l’on appelle de « 
sous-traitance en cascade » : Cela est courant dans le BTP notamment. Une société comme Bouygues
annonce un prix très bas pour prendre un énorme marché, comme par exemple une autoroute ou le TGV ;
puis, il sous-traite à des intermédiaires plus petits qui eux-mêmes sous-traitent des aspects spécificiques, et
ainsi de suite. Chaque intermédiaire prend « sa commission », son bénéfice et, passé un certain seuil, on
franchit la ligne rouge de la légalité, car on travaillerait à perte si l’on appliquait le droit du travail et les
conventions collectives. Alors, on a recours au travail non déclaré*10 ou « au noir » de personnes « sans
papiers ».

9- Tout un système

Les deux secteurs que nous venons de voir, l’agriculture et le BTP ne sont pas les seuls concernés, car on
retrouve, avec des nuances, les mêmes mécanismes dans la restauration et l’hôtelerie, les deux bras du
tourisme, premier secteur économique en France. A l’instar de l’agriculture, il est soumis aux aléas de la
demande dont on ne peut prévoir l’importance ni les périodes précises, car cela dépend de la météo, des
modes, éventuellement du climat politique, des différentiels de prix... Par ailleurs, après une période creuse,
il faut pouvoir travailler parfois plus de 12h par jour. Ici, on a donc « besoin » de bas prix pour attirer, et de
beaucoup de flexibilité...

Il y a aussi le secteur de la confection qui travaille pour la haute couture, l’un des fleurons français, et doit
faire face à la concurrence asiatique. Dans les années 90, un texte officieux du Ministère du travail -cité par
le chercheur Claude-Valentin Marie- préconisait « le modèle du Sentier » (ateliers clandestins dans les caves
du quartier du Sentier à Paris) pour éviter les délocalisations...

Cela signifie au moins que tout ce fonctionnement est parfaitement connu, accepté et même favorisé par les
administrations et pouvoirs publics concernés. Nous pouvons encore mentionner quelques secteurs de
moindre importance comme le gardiennage, le dépannage 24/24, le petit commerce, le nettoyage à haut
risque (le déflocage de l’amiante coûte très cher, alors il y a toujours le moyen de s’arranger...).

Il faut encore rajouter que ce système d’exploitation ne concerne pas que des étrangers « sans papiers », car,
même en situation irrégulière, ils peuvent être « utiles ». Citons le cas des 8000 médecins étrangers qui
officient dans nos hôpitaux : ils sont moins payés, travaillent plus et n’importe quand.
10- La fonction de la peur

Alors, me direz-vous, pourquoi, depuis 198611, les lois concernant l’immigration stigmatisent-elles et
punissent-elles aussi sévérement le travail illégal ? Ça n’est effectivement pas pour l’empêcher, mais pour
faire règner un climat de peur qui oblige les étrangers à se cacher, se taire, accepter leur sort et ne pas militer
pour le changer. Le grand sociologue algérien Abdel Malek Sayad disait que le « bon » étranger doit être poli
et invisible et non politique et voyant ; tant qu’il rase les murs et se montre soumis et « utile », il ne pose pas
de problèmes. La répression grandissante à l’égard des Français solidaires des étrangers a la même fonction :
Eviter des solidarités embarrassantes pour les autorités.

11- Quelles alternatives ?

Que faudrait-il faire pour mettre fin à ce véritable néo-esclavage totalement inacceptable ? Sans rentrer ici
dans le débat sur l’ouverture mondiale des frontières qui me semble fondamental sur cette question, je
voudrais indiquer quelques pistes.

Il me semble tout d’abord que les Etats occidentaux pourraient, dans l’immédiat, signer et ratifier la
convention des Nations Unies de 1990 sur « la protection des droits de tous les travailleurs migrants et des
membres de leur famille », car elle préconise, entre autres choses, les mêmes droits et rémunérations pour
tous les travailleurs, indépendamment de leur origine et de leur situation administrative (en règle ou pas).
L’intérêt de « la machine à sans papiers » tomberait de ce fait. Dans la foulée, la France pourrait dépénaliser12
le séjour irrégulier, supprimer la politique systématique des visas, et permettre la régularisation sur notre sol.

Ceci dit, tout le monde comprend bien que le fond de la question n’est pas une affaire de loi, mais de mode
production économique et au-delà, de conception de l’existence. Nous devons apprendre à vivre plus
simplement, trouver des modes de vie non-sacrificiels qui n’assoient pas le bien-être de certains sur le
malheur des autres. Il ne s’agit pas de se culpabiliser de tout, mais d’essayer d’avoir un peu plus de cohérence,
notamment en ne courant plus après le « moins cher », en posant des questions sur les conditions de
fabrication des produits que nous utilisons, en supprimant ceux qui sont superflus, voire nuisibles. Il est
possible également d’acheter collectif, d’auto-produire, de réparer, d’échanger... Tout ceci nous permettrait de
commencer à ne plus mettre l’argent au centre de nos préoccupations, mais l’humain, en acceptant
notamment de payer le juste prix des biens et des services.

Dans cette ligne, nous devons circonscrire le rôle et les domaines de la finance : On pourrait limiter la
spéculation en la taxant, mais aussi en développant le recours à la « monnaie affectée » (comme par exemple
le ticket restaurant) qui ne permet ni l’accumulation ni la spéculation.

Nous devons également avancer vers la notion de « biens publics mondiaux » selon laquelle les richesses de
la planète (eau, pétrole...) devraient être gérées pour le bien de toute l’humanité. Cela ne sera possible qu’à
travers une gouvernance mondiale. Elle existe déjà (OMC, FMI, ONU...) mais elle n’est pas démocratique.
Le défi est qu’elle le devienne sur la base des valeurs éthiques et non plus monétaires.

Au fond, la mondialisation s’est faite sur le mode de la guerre, économique avec la concurrence sans état
d’âme, politique avec la course au pouvoir personnel et absolu, et idéologique avec les intégrismes
sacrificiels des pensées uniques. Il s’agit aujourd’hui de bâtir une mondialisation en paix, dans laquelle
l’hospitalité, la coopération, le respect et la justice s’imposent dans les lois et les faits, mais surtout dans les
coeurs, car alors, l’autre, tout autre, est vu non comme un envahisseur à arrêter ou une force « utile », mais
comme une aide, une chance, un plus.

Voilà quelques uns des défis que nous lancent, indirectement ou explicitement les migrants, ceux qui arrivent
jusque « chez nous » comme ceux qui n’y parviennent pas.

Jean-Pierre Cavalié

NOTES
1 On passe de 378.000 étrangers (1% de la population) en 1851 au chiffre symbolique de 1 million (3%) en 1881.

2 130.000 Maghrébins et 100.000 Grecs, Portuguais et Espagnols.

3 Création en 1919 du SMOE (service extérieur de la main d’oeuvre étrangère) organisé par le Ministère de la Guerre,
et en 1924 de la SGI (Société Générale d’Immigration) par le patronat.

4 En 1930, la France compte 3 millions d’étrangers, soit 7% de la population, ce qui la fait passer, en pourcentage,
avant les Etats.unis.

5 En 1932, les frontières sont officiellement fermées ; jusqu’à la veille de la seconde guerre, ½ millions d’étrangers
doivent quitter la France. Cependant, ces mesures sont mal appliquées et ont pour effet secondaire de fixer les
étrangers déjà présents sur le sol français.

6 Il est intéressant de noter que les Algériens, à l’instar des autres colonisés, ont , à partir de 1946, les mêmes droits
que les nationaux, lorsqu’ils se trouvent sur le sol français, ainsi que la liberté de circulation. Cela cesse en 1968
lorsque ce droit passe aux travailleurs de l’Union Européenne.

7 Entre 1948 et 1968, le taux d’entrées irrégulières passe de 26% à 82%.

8 Le consulat pouvait mettre des mois pour vous répondre, et même ne jamais faire signe.

9 On l’appelle « le système californien d’agriculture ».

*10 Globalement, il est occupé, d’après le Ministère de l’Intérieur, à plus de 80% par des Français.

11 Premières lois Pasqua.
12 Par l’abrogation de l’article L.621-1 du CESEDA.
Migrations : La bascule néo-libérale 7


titre documents joints

Dette et Migration

8 juin 2007
info document : RTF
49.1 ko

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